CYRIL TESTE "RESET" : En attendant "Sun", création 2011 pour le Festival

Cyril Teste sera présent pour la 65e édition du Festival d’Avignon avec une nouvelle création, "Sun", qui sera jouée du 7 au 13 juillet à Benoît XII. Le 1er avril dernier sur la Scène Nationale de Cavaillon, il nous proposait "Reset" : Une oeuvre étrange, construite comme une effraction dans les connections de nos cerveaux. Un palimpseste que l’effacement conduit, métaphore formelle d’un récit de l’amnésie.

Ainsi paradoxalement, ce poème visuel qui s’est donné comme sujet la perte -d’identité, de repères, de mémoire- fait-il résurger tout un pan de la mémoire de nos images collectives. Un travail de mise à jour que l’Art contemporain s’obsède à opérer depuis les années 80, avec ses artistes de la photographie "mise-en-scène" (tiens !) et autres vidéo-intallateurs…

Bien sûr que Cyril Teste a beaucoup regardé ces artistes qui oeuvrent dans l’infra-mince de l’interstice, entre réalité et arrangement, entre fiction et non-fiction. Des photographes comme Jeff Wall ou Karen Knorr ont exploré ces territoires où le réel est recomposé en artefact du réel, plus criant de vérité encore que la banale évidence d’un monde désormais trop "joué" d’avance.

En faisant émerger cet archétype du monde intérieur, puisant dans l’inconscient et la typologie du rêve, le metteur-en-scène produit un objet hybride, un "théâtre d’ombre" qui glisse doucement sur une pente sensible. En ce sens, le choix d’une esthétique résolument cinématographique, avec ses champs/contrechamps, ses panoramiques et ses travellings opérés par la scénographie en mouvement, est-il raccord avec son objet.

On pense bien sûr à David Lynch, qui sait si bien déplacer les cadres, brouiller les séquences et habiter les passages. On y pense d’autant pour cette atmosphère si particulière de Reset, récit en suspension, en apesanteur, dont émergent quelques bribes vite emportées, un éclat de voix ou un ballon qui roule. Ectoplasmique.

Ce jeu d’apparitions, au sens fort du terme, façonne le récit qui s’étire dans un temps suspendu. Le cadre dans le cadre du dispositif scénographique -une boite blanche, évocation implicite ou explicite du "white cube" de l’art contemporain- est un plateau scénique dans le plateau, qui nous signifie la mise en abîme. En se déplaçant en permanence, comme l’objectif d’une caméra, ce dispositif est un acteur à part entière, qui participe à la narration à la manière du récitant de la scène antique. Il nous donne à voir les angles multiples de ce qui se joue, opérant travellings et focus, cadrages et décadrages. Un ballet cinématographique qui ne néglige pas les hors-champs, que Cyril Teste sait utiliser.

Les acteurs alors ne sont plus que les fantômes d’un récit qui leur échappe, tout comme le réel leur échappe. Errant dans ces tableaux à peine évoqués, effleurés même, ils glissent doucement d’un cadre à l’autre, d’une narration à l’autre, éperdument seuls. Le travail remarquable du son -voix off, nappes sonores organiques- enrobe le récit flottant d’un surcroît de distance, un halo d’étrangeté directement connecté à nos vortex.

Une maîtrise de l’espace, des images et du mouvement qui n’exclue pas cependant quelques interrogations. Si Cyril Teste réussit avec virtuosité ce poème onirique, le piège réside peut-être dans le lissage esthétique absolu, certes nécessaire au déploiement du récit, mais dont la perfection formelle même peut s’avérer mortelle. Un piège que le metteur-en-scène a pour l’instant évité, en retenant son objet toujours sur le fil, borderline. Suspendu, en somme.

Reste que Reset est une oeuvre à la beauté formelle certaine, qui se joue des territoires formatés de l’art avec brio et un sens affûté de l’introspection. Une séquence mémorielle qui vient puiser dans nos angoisses et nos mal-êtres pour nous hanter durablement. En ce sens, elle nous oblige.

Marc Roudier

Reset de Cyril Teste,s’est joué vendredi 1er avril 2011 à la Scène Nationale de Cavaillon.

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