FAIRE MOUCHE : Ecarte la gardine, tu verras le proscénium, de Perez & Boussiron

VU : Ecarte la gardine, tu verras le proscénium / Sophie Perez et Xavier Boussiron / Compagnie Zerep / 25e heure / Ecole d’Art / nuit du 17 au 18 juillet.

Ces deux-là sont réellement épatants. Je sais, ce terme un peu obsolète, que l’on croirait sorti d’une planche d’Hergé, n’est plus guère en cour de nos jours. Cela dit, quel autre qualificatif pour singulariser cette oeuvre hors-norme que tissent Sophie Perez et Xavier Boussiron, dont les fragments ici-montrés dans ce 65e Festival d’Avignon sont un pur régal ?

Du brillant Oncle Gourdin, à ces deux formes courtes performées avec brio que sont Faire Mettre et ce Ecarte la gardine, toutes deux données dans le cadre de la 25e heure à l’école d’Art, les facéties ultra-théâtrales et vraiment intelligentes de la Compagnie Zerep réjouissent le critique comme elles fascinent l’amateur d’Art.

Objets parfaitement non-identifiables, les performances de ces deux maîtres du jeu ont quelque chose de purement délectable. Quelque friandise que l’on ne cesserait de vouloir indéfiniment lécher, espérant qu’elle ne s’évanouisse jamais. Une barbe-à-papa suave que l’on aimerait éternelle.

Ce coup-ci, donc, il s’agissait en réalité d’un court extrait d’El coup du cric andalou (scène dite "des positions") que les quatre acteurs de Zerep excellent à restituer, dans une tonalité parfaitement Buster Keatonienne. Un truc de ouf, que les références subtiles à la photographie, au cinéma et à tout l’art contemporain des années 70 rendent plus savoureux encore…

Intérieur petit-bourgeois branchouille mais kitsch, dans lequel quatre personnages prennent pause sur pause : bienvenue dans l’univers délirant de Perez & Boussiron, que cette Gardine projette excellemment. Séquence parfaitement muette de quarante minutes, cette forme restitue avec une élégance rare le processus synopsitique, un découpage arbitraire du plan-séquence qui flirte magistralement avec l’Art d’aujourd’hui, sans jamais pour autant intellectualiser le truc, gardant distance, ironie et savoir-faire comique, comme toujours avec ces deux géniaux arbitres de la contemporanéité.

Quelque part, le grand artiste Arte Povera Michelangelo Pistoletto disait de la contemporanéité qu’elle était "une distance sans délai".

En voici, sur le mode burlesque qui leur est propre, une brillante illustration.

Marc Roudier

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