A LA MANUFACTURE : Une berceuse plutôt rock’n’roll

VU : La dernière berceuse (le plus beau spectacle du monde) / Louis Arene / La Manufacture / 14h05 (jusqu’au 28 juillet)

Plateau nu à l’exception d’une chaise qui se révèlera être sa seule partenaire et un reflet de lui-même, un comédien s’échauffe. D’exercices physiques en allitérations, il se prépare à entrer en scène pour son triomphe. Submergé par le public qui l’ovationne, l’acteur voit brutalement son rêve s’effondrer. Eveillé, pour lui débute le cauchemar de l’auteur, qu’il est aussi, en manque d’inspiration.

Seul face à ses doutes et ses angoisses, il est perdu devant l’ambition de son projet : créer le plus beau spectacle du monde. Une gageure ? Peut-être, et poussé à l’introspection, il se lance dans un questionnement existentiel au cours duquel il s’interrogera sur sa légitimité à être sur un plateau, sur son travail voire sur son utilité. Le théâtre a besoin du public mais le public a-t-il besoin de lui ? Son œuvre, son entreprise ont-elles un quelconque sens ou n’est-il qu’à la recherche de la célébrité ?

"je fais du théâtre parce que je suis avide de gloire et puis c’est tout !

Si je veux faire un «pestacle» tout seul, c’est pour être adulé et qu’on ne voit que moi. Je ne suis qu’une merde ! Ça serait tellement beau si le théâtre changeait vraiment la vie des gens, ça me donnerait une excuse… Je ne suis qu’une merde !"

Une heure durant, Louis Arene tente avec humour de répondre à ces questions au cours de divagations qui le conduisent à incarner différents personnages. Nourrissant son spectacle de ses doutes mais aussi de sa colère et de ses souffrances, il entraine le spectateur dans les affres de sa réflexion. Gagnant en maturité le comédien prend conscience de sa responsabilité et de l’importance de sa tâche, celle d’atteindre quelque chose de plus grand que lui, quelque chose d’universel.

«Cogito ergo sum» écrivait Descartes dans le Discours de la méthode et, de fait, cette réflexion de Louis Arene, jeune acteur issu du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, sur sa condition d’auteur/acteur le fait véritablement exister.

Il prend possession de l’espace scénique et sa solitude sur le plateau soutient son propos tout en sensibilité allégée par un fort sens de l’autodérision. Il projette un décor imaginaire autour de lui et remplit l’espace vide, bien aidé en cela par une lumière bien ciblée qui réduit le champ de jeu quand c’est nécessaire.

A suivre.

Franck Glatigny

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Comments
One Response to “A LA MANUFACTURE : Une berceuse plutôt rock’n’roll”
  1. doudou mariolo dit :

    des questions "existentielles" que j’aime , elles seront d’actualités encore de nombreuses années vois "advitam eternam" dans mon chemin de vie ai eu l’occasion de faire jouer dans des ateliers des "laissés pour compte de la vie" des "perdu de vue" de la société , et quand à la fin dans des petites salles de théâtre souvent archi comble , ils présentaient leur travail et rayonnaient car ils n’étaient plus "l’ombre de leur ombre "
    alors merci pour ce spectacle que j’irai voir ! si il tourne un jour dans l’ouest !

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