SUL CONCETTO DI VOLTO NEL FIGLIO DI DIO : Un Castellucci du tonnerre de Dieu

VU : SUL CONCETTO DI VOLTO NEL FIGLIO DI DIO / Romeo CASTELLUCCI / Festival d’Avignon 2011 / Opéra-Théâtre / 26 juillet 19 h. (dernière).

Sans Castellucci, le théâtre probablement n’aurait pas la même puissance. Castellucci, cet artiste magistral, couillu, habité, invente chaque jour le théâtre d’aujourd’hui, le poussant encore et encore dans ses derniers retranchements. Son nouvel objet, à la frontière des genres comme toujours, est un magnifique acte de foi, au sens littéral du terme. Ode à l’amour, à la perte de soi et au délitement, ce Concetto est une pure merveille d’humanité. D’où le visage du fils de Dieu, terrible de douceur et de force, contemple, pour l’éternité, notre misérable et si ténue condition d’êtres perdus dans un troupeau égaré qui file, têtu et tête baissée, vers le néant.

Que des Chrétiens ultras lors de sa dernière, aient voulu perturber ce chef-d’oeuvre de déclaration d’amour à Dieu dépasse l’entendement… Que quelques obtus, animaux à sang froid sans chair ni passion, n’aient pas saisi le terrifiant -et cependant si bienveillant- miroir que nous tend Castellucci prouve bien que, souvent hélas, la nature humaine est à désespérer.

Sul Concetto est une expérience intense d’humanité, un moment comme vous n’en vivrez que fort peu, d’une beauté sans rémission. Un acte incandescent comme une comète dans l’obscurité du temps. Imaginez quarante minutes d’une scène insoutenable, en même temps empreinte d’une douceur et d’un amour sans égal, où un fils d’un dévouement illimité nettoie et lave sans relâche, le corps usé d’un vieux père qui se vide littéralement de toute sa substance…

Une expérience limite et universelle, éprouvante mais belle, qui va puiser aux tréfonds de chacun de nos êtres de chair et de sanie, de merde et de pourriture. Un chant paradoxal à la vie, à l’amour et à la beauté, et une performance extraordinaire de ces deux comédiens…

Mais ici on est au théâtre, et rien que cela. Si cette première partie de l’oeuvre évoque forcément les performeurs extrêmes des années 70, comme Otto Mühl et ses Actionnistes viennois, dont certains n’hésitaient pas à s’émasculer en public, l’on est bien ici dans un espace de représentation du monde, où le Théâtre conserve toutes ses prérogatives.

Un théâtre qui épuise les sens, n’hésitant pas, comme toujours avec Castellucci, à forcer les limites, à bousculer les bienséances, à inventer un théâtre plus proche encore de l’expérience du vivant. Mais un théâtre qui connaît ses codes, son histoire, sa culture et puise sa force dans l’extrême intelligence du monde.

Car Sul Concetto est aussi -en quelque sorte et à sa manière- une tragédie. Avec sa merde barbouillée à la face de Dieu, avec sa vie qui palpite férocement sous le regard d’une douceur infinie du fils de Dieu, cet Antonello de Messina qui occupe tout le fond de scène, magnifiquement vivant, et que l’on se surprend à surveiller et à en observer le moindre frémissement…

Et avec ces enfants, qui, dans la seconde partie, pratiquent l’iconoclasme comme un jeu libérateur, bombardant la face du fils de Dieu sous l’impassibilité du vieil homme maintenant anéanti, définitivement vidé, défait.

Jusqu’au final castelluccien, un happening d’une puissance inouïe qui viendra définitivement violer l’image de Dieu, n’en conservant qu’un squelette fiévreux, sculpture lumineuse d’acier électrique, qui avec la rage d’un arc de foudre, libère cette ultime injonction : you are (not) my shepherd*.

Marc Roudier

*tu es (ou non) mon pasteur.

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Comments
7 Responses to “SUL CONCETTO DI VOLTO NEL FIGLIO DI DIO : Un Castellucci du tonnerre de Dieu”
  1. je n´ai jamais aimé Castelucci. je n´ai jamais pu comprendre son gout pour la provocation dans une société ou la provocation est quotidienne. nous vivons une époque sombre ou l´âme humaine se débat tous les jours dans un torrent d´informations pénibles…
    ceci dit, il faut de tout pour faire un monde! même au théâtre. et si d´autres aiment et en ont besoin, tant mieux…Vive Castellucci!

  2. Celui qui aime le théatre intello dit :

    Oui oui oui, tant mieux si ça choque!!
    L’ « art » de ces dernières années est si peu provocateur… Le monde manque de choqueries merdassières ambitieuses (je suis poète à mes heures), n’est-ce pas doudou le mariole…
    C’est vrai que dans le monde très terre à terre des gens hors l’ « élite », on manque un peu de galères, de cas de conscience et de vrais dilemmes…
    Rien de tel qu’un spectacle avec une scène vide, un vieux débris et de la merde pour se remonter!!

    Très bien tous ces artistes qui veulent tellement se « sacrifier » pour nous, pauvres pêcheurs, qu’ils passent des semaines et des semaines à préparer des spectacles avec l’argent économisé de leur travail de prolo…

    Des spectacles frais et lumineux qui respirent la joie de vivre et la common decency…

    Avec la modestie de mettre en scène des petits personnages du quotidien…

    Des spectacles où l’on ne court jamais, au grand jamais, le risque de laisser entendre que les provocations scatos (obsession d’une communauté intouchable) sont destinés aux crétins/naïfs (you name it) qui ont la stupidité d’être heurtés par l’association de Jésus et de couches pleines de merde.
    Non, bien sûr, les provocations (qui sont donc des index accusateurs?)
    sont destinés à nous, les tièdes, les impis.

    Et quoi de mieux pour nous montrer la voie/nous rappeller la bonne parole que de la merde, un décor moche et un vieux crouton à poil.

    Tout ça est tellement chrétien!
    Tout ça sent tellement l’amour de son prochain!!

    Je crois bien que le vieil homme représente Romeo Castellucci et le contenu des couches, son travail…

    Rigolos, escrocs, le peuple aura votre peau.

    p.s : hé Marc Roudier, il a quel goût le cul du Romeo?

  3. Baptiste dit :

    Bonjour,
    Rectification : ici « Shepherd » signifie berger.

    • Pasteur, berger, vous y voyez une différence ? Le pasteur, en religion, est le berger des croyants…

      • Baptiste dit :

        Que vous contestiez mon point de vue sur votre rubrique « La Rumeur du festival » peut se comprendre. Que vous osiez dire que le fait que quelqu’un est con peut-être une information vérifiée est déjà beaucoup plus contestable. Mais que vous poussiez votre mauvaise foi et votre refus à reconnaitre une erreur de votre part, jusqu’à nier une erreur de traduction, décidé par des forces « supérieur » à vous et moi est relativement hallucinant. En effet, même avec la meilleur des volontés, je n’arriverais pas à changer le contenu des dictionnaires, et si effectivement « Shepherd » signifie dans l’expression « Good Shepherd » Bon pasteur, il doit de toute évidence être traduit « Berger » dans ce cas-là. De plus, c’était cette traduction-là dans le livret distribué lors des représentations à l’Opéra (que l’on appelle officiellement La Bible)

        Et pour finir, non, le pasteur n’est pas le berger des croyants, puisque et je ne vous l’apprend pas, tous les croyants ne sont pas protestants.

        Ne croyez pas que je vous en veux pour quelques raisons que ce soit, ma première remarque était vraiment neutre et se voulait comme un simple Erratum, mais face à cette entêtement chronique, je n’ai pu que répondre par l’argumentation.

      • Et bien non, nous ne sommes pas d’accord avec « votre » interprétation. Désolée. si vous aviez lu le préambule (chapô) de l’article correctement, le sens de berger était parfaitement signifié…

        D’autre part, non, le pasteur n’est pas seulement un terme usité par le protestantisme, mais bien par tout le christianisme. Etes-vous vous même spécialiste de la langue anglaise ? Ou théologien ?

        Enfin, votre ton agressif me semble un peu disproportionné, en regard de ce que vous estimez -vous et vous seul, pourquoi nous fier à votre présumée « science » – être une « erreur » d’interprétation… qui n’en est pas une, je le maintiens.*

        Cordialement,
        EZ

        * pour en finir avec ce non-débat, étymologiquement pasteur a la même racine que pâture, pâturage et a strictement la même signification que berger. Dans la bible catho, comme ailleurs.

  4. doudou mariolo dit :

    tant mieux si çà choque , que çà remue ! le théâtre c’est aussi fait pour ! pas que pour l’autosatisfaction d’une élite !

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