Un bilan plutôt mitigé pour cette édition 2011, morne et sans surprise. Hélas, il semble bien qu’il n’y ait pas eu de miracles, ni dans les salles, ni dans la rue…

Une fréquentation en berne, quoiqu’en dise de manière surréaliste Greg Germain, beaucoup de salles ayant perdu environ 10% de leur taux de remplissage par rapport à l’an passé. Les soi-disant 100 000 visiteurs en plus du président d’AF&C, chiffre estimé plus qu’à la louche mais au bulldozer, ne sont dans la réalité qu’une vue de l’esprit ou un pieux souhait.

Nous ne reviendrons pas sur les raisons qui font que ce Off est de plus en plus boudé par un public informé du théâtre, exigeant, et qui désespère de la médiocrité des propositions… Nous en avons déjà largement évoqué les causes, et malheureusement rien n’a changé en 2011 : les mêmes causes produisant les mêmes effets…

Côté spectacles, donc pas de miracles : le niveau moyen des propositions est vraiment au plus bas : spectacles rejoués depuis 10 ans sans ciller, et sans en changer un millimètre, comédies vulgaires en abondance, solos indigents, sont malheureusement de plus en plus la “marque” du Off d’Avignon.

Pour notre part, et en guise de mise au point à l’adresse des mauvaises langues (ou des mauvais coucheurs), nos six chroniqueurs spectacles, de sensibilité et de ligne esthétique différentes, ont vu dans le Off 2011, après une présélection serrée mais ouverte, plus de 120 propositions, en ont chroniqué 80, pour en retenir au final 42 qu’ils ont réellement appréciées. Autant dire que ce n’est pas Bysance !

Hélas, trois fois hélas, le manque d’imagination de ces compagnies qui ne se servent du Off que comme d’un marché, au détriment de la recherche et de la créativité, est à mettre en cause au premier chef. La paresse intellectuelle des uns et des autres, les programmateurs comme le public, achevant de nous conforter dans cette mauvaise impression qu’il ne se passe, désormais, plus grand chose d’excitant dans le Off.

Certes, quelques très bons spectacles ont relevé ce sentiment d’abandon généralisé du théâtre, au profit des mauvais marchands de soupe : nous les avons chroniqués avec enthousiasme, et ils figurent en bonne place dans notre “Top des Spectacles”. Citons, pour mémoire, les excellents Urgent Crier, Seconde surprise de l’amour, Rhinocéros, Si Siang Ki, Forever Young, Pansori Brecht, The Keyman, Premier amour ou La Fête… qu’il fallait voir absolument. Sans oublier certains tout aussi bons, La Mastication des morts, Grammaire des mammifères, Le Songe d’une nuit d’été, On ne paie pas !… et quelques autres encore qui font notre sélection définitive.

Mais de réelle découverte, ce petit miracle tant attendu, hélas point. Dommage, car le Off devrait être ce territoire fabuleux de défrichage du théâtre de demain, un lieu ouvert aux découvertes et aux surprises. Il le fut, jadis, et nous regrettons tous ce qu’il est devenu… Espérons le retrouver ainsi bientôt, fort, puissant et beau, et débarrassé de tout ce qui le salit.

Souhaitons donc que l’édition 2012 compense la déception vécue dans celle-ci, un Off 2011 un peu raté, qui ne restera pas dans les mémoires.

Longue vie au Off ! Et à l’année prochaine…

Sophie Héliot, ce 31 juillet 2011

Photo : le superbe Au moins j’aurai laissé un beau cadavre de Vincent Macaigne, création pour le 65e Festival d’Avignon.

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