LE SIGNAL DU PROMENEUR, LE VOYAGE EGARE, ZIGGY STARDUST, L’ECHAPPEE, EN TRAVAUX, CLUB 27 : SIX SPECTACLES A LA MANUFACTURE

AVIGNON OFF 2012 : FOCUS sur La Manufacture avec six pièces : Le Signal du promeneur, Le voyage égaré, Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust, L’échappée, En travaux et Club 27 / Du 7 au 28 juillet 2012.

C’est dans une petite cour ombragée que commence la journée à La Manufacture, rue des Ecoles, juste en face du village du Off. La billetterie n’est pas encore ouverte que les salades et les steaks du repas de midi arrivent déjà. Les programmateurs et les groupes commencent à pointer leur nez suivis par le public des individuels. La Manufacture a deux lieux : une salle au bout de la cour avec un petit plateau et un petite centaine de places et un plus grand plateau (pour environ la même jauge) à la patinoire d’Avignon. Créée en 2007, organisé sous forme de collectif d’artistes depuis 2009, le lieu est géré en toute transparence.

Pour se rendre aux spectacles de la Patinoire, il vous faudra prendre la navette (le temps de spectacle inclut la bonne demi-heure de trajet aller-retour). Le bus est un vieux tacot pourri récupéré (on ne saurait trop vous conseiller de vous placer au centre du bus, dans l’accordéon…) et vous plonge dans l’ambiance du lieu : la Patinoire d’Avignon ! Ce vieux bâtiment délabrée reste un lieu très étrange, plein d’un mystère qui colle assez bien aux spectacles vus.

Le Signal du promeneur du collectif Raoul.
Cinq comédiens viennent raconter cinq histoires différentes qui doivent certainement se rejoindre quelque part, mais où ? A quoi sert ce spectacle ? Que nous dit-il ? Beaucoup de texte, mais peu de discours ou alors très stéréotypé sur l’état de notre monde. Dommage, certains des comédiens sont excellents.

La Manufacture possède une des cours les plus agréables du Off. Le service, bien que peu efficace, est très sympathique malgré les récriminations d’un public pressé entre deux spectacles. Le plat du jour (pintade au caramel et ses carottes) ainsi que la sèche à la plancha sont très appréciés, le fade tartare un peu moins. On appréciera la mousse au chocolat avec son rang de gaufre à la place de la traditionnelle cigarette russe.

Le voyage égaré : Aurélie Namur est seule en scène et présente l’histoire vraie de son incroyable voyage au cœur de l’Amazonie, recréée uniquement par des éclairages et des cordages. Si le texte est décevant (on reste dans un carnet de voyage personnel sans grand intérêt), la comédienne a une très belle présence et tient le plateau en haleine.

Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust : Un homme complètement barré exhibe sa fascination pour David Bowie et son double fictionnel Ziggy Stardust. Ce spectacle composite (textes, musiques, vidéos, entretiens, témoignages, lectures…) est un ovni du Off qui mérite le détour. Les manipulations vidéo, son et lumières sont complexes et fonctionnent très bien pour cette pièce multimédias. Ce spectacle foutraque est très bien rôdé, on rit beaucoup, toujours au second degré. Contrairement au plateau (Renaud Cojo aime la machine à fumée), cette pièce n’est pas de l’enfumage, elle est composée avec sincérité et connaissance du sujet.

Les spectacles s’enchainent mais ne se ressemblent pas ! La ‘Manu’, même si sa ligne éditoriale reste tournée vers les écritures contemporaines, varie les plaisirs.

L’échappée : une femme vient narrer son enfance, dans le garage, à regarder son père réparer son vélo, celui-ci faisant de longues balades en solitaire. Elle apprend la vie et la petite reine dans ces instants précieux, recrés avec simplicité et malice par des effets lumineux qui nous transportent dans un monde de l’enfance, les ombres démultipliant la taille des objets. Si le texte est sympathique et la mise en scène très jolie, la comédienne manque de finesse pour interpréter plus un profondeur son texte qui pourrait être plus poignant ou plus drôle. La musique redondante devient agaçante de répétition tout au long de la pièce.

En travaux : Le coup de cœur des spectacles de la manufacture. Sur un chantier, deux hommes prennent une pause. Sauf que sur les deux hommes, il y a une femme. Biélorusse. Intelligente, jolie et drôle. Trop de bonnes raisons pour exploser l’entente tacite du chantier ! La fable de Pauline Sales est un bijou d’écriture, à la fois conte de fée (pour adultes) mais d’une actualité écrasante, drôle, mais insérant très intelligemment de grands moments d’émotions. On s’attache à ces deux drôles de zigues qui nous embarquent dans leur histoire, dans leurs histoires pendant plus d’une heure. On applaudira plus que de raison les deux comédiens : Hélène Viviès et Anthony Poupard, qui sont aussi à l’aise dans le diptyque Racine vu il y a quelques années que dans la langue contemporaine de Pauline Sales. Les émotions sont complexes, transmises par le corps, un regard ou une inflexion de voix. Des comédiens qui sont à la fois capable d’imprimer la simplicité de la pensée des ‘cons’ mais aussi toute la complexité des relations humaines. A voir, absolument.

Malheureusement, il n’en sera pas de même pour Club 27 ! La pièce évoque les grandes stars du rock qui sont toutes mortes à 27 ans. Non seulement les acteurs jouent mal mais en plus ils osent, sans savoir chanter, reprendre les grands standards de Joplin, Cobain, Morrison… La pièce aligne les clichés les plus éculés sur le rock tout en (comme à chaque fois quand on n’assume pas vraiment son propos) désamorçant le tout en faisant son auto-critique : est ce que montrer sa chatte c’est rock ?

Tout comme L’Entrepôt (voir article), le dernier créneau est réservé à des pièces différentes selon les soirs. Ce que l’équipe appelle les Nightshots, qui permettent à plusieurs compagnies non-sélectionnées de ne pas rester sur le carreau et d’entretenir des relations amicales. Ces évènements permettent aussi d’entrer dans un spectacle sans vraiment savoir de quoi il en retourne puisqu’il change tous les jours. Malheureusement, le bouche à oreille ne peut pas fonctionner et il est difficile de remplir la salle.

Bruno Paternot

LABEL OFF® : spectacles recommandés par lebruitduoff.com.

Visuel : « … Ziggy Stardust » de Renaud Cojo à La Manufacture.

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