THE OLD KING : ROMEU RUNA, LA RAGE BRUTE D’UN PERFORMER HORS-PAIR

FESTIVAL D’AVIGNON : The Old King / Miguel Moreira et Romeu Runa / Ballets C de la B / Cloître des Célestins / Du 18 au 26 juillet à 22 h.

The Old King porte merveilleusement son nom. Car que voit-on au plateau durant ces 65′ d’une performance d’une densité extraordinaire, sinon la violence que s’inflige à lui-même un homme « abandonné par Dieu et tous les saints » ? Une pièce portée avec une rage brute par le formidable Romeu Runa, performer électrique et danseur magnétique.

The Old King est bien plus qu’un solo dansé ou une simple performance. L’incroyable puissance du danseur Romeu Runa magnétise le Cloître des Célestins, dès l’entame de la pièce. Maigre et sec, christique, Romeu Runa se tortille sur le plateau comme un ver coupé en deux. Contorsion après contorsion, il rampe, se traine et se tord avec une férocité à l’endroit de son propre corps inouïe, s’infligeant toutes les postures interdites, en un ballet désespéré d’insecte agonisant.

Le travail de Miguel Moreira, performer, poète et metteur en scène lisboète, est obsédé par le corps, qu’il retranche dans ses extrémités. En rencontrant l’extraordinaire Romeu Runa, danseur du ballet Gulbenkian de lisbonne, Moreira a trouvé là la matière brute et l’interprète idéal dont il allait pouvoir utiliser toute la force expressive et la parfaite virtuosité. Accompagnés par les Ballets C de la B sous l’oeil bienveillant d’Alain Platel, ces deux-là ont bénéficié d’une aide précieuse à Gand, ce qui leur a permis de monter ce superbe Old King, véritable coup de poing dansé.

La mise en scène et le dispositif scénographique imaginés par Miguel Moreira sont d’une sobriété absolue, elles servent parfaitement le danseur sans l’enfermer ni le contraindre. Mais la beauté et la force des tableaux sont telles qu’elles confèrent à cet Old King une dimension de tragédie shakespearienne.

Cette oeuvre qui célèbre à sa manière rageuse la Création et l’existence a la force dure d’un diamant noir. L’homme est au centre de l’oeuvre, mais il s’agit d’un homme défait, plié, criant son désespoir dans une adresse au peuple, juché dans la dernière partie de la pièce sur sa tribune de fortune. Un homme en lutte, affrontant les éléments comme sa pauvre existence usée et tordue, un vieux roi shakespearien fatigué et déjà-mort. Romeu Runa l’incarne avec toute la crudité dont il est capable, et c’est simplement magnifique.

Marc Roudier

Article publié en partenariat avec INFERNO-MAGAZINE

Visuels : The Old King / Festival d’Avignon 2012 / Photos C Renaud De Lage / Copyright Ballets C de la B et Festival d’Avignon 2012.

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