FESTIVAL D’AVIGNON : UNE « MOUETTE » QUI MANQUE CRUELLEMENT D’ALTITUDE

FESTIVAL D’AVIGNON 2012 : La Mouette / mes Arthur Nauzyciel / D’après Anton Tchekhov / Cour d’honneur / du 21 au 28 juillet 2012 à 22h.

Arthur Nauzyciel présente pour la première fois « La Mouette » dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Si la pièce est servie par une ambition esthétique affichée, plus ou moins efficace mais quelque peu facile, elle est en revanche largement desservie par la gaucherie de ses acteurs, dont on se demande pourquoi et comment ils se sont égarés dans cette Cour qui a accueilli nombre de leurs prestigieux et talentueux confrères.

La pièce commence par sa fin : le suicide de Tréplev, un apprenti auteur qui rêve d’offrir au théâtre un regard révolutionnaire. La quête de « formes nouvelles », cœur de la pièce, entre ainsi en écho avec les scènes chorégraphiées. Elles habitent l’espace et ne rendent que plus décevants les errements de la diction et de l’interprétation des acteurs. Si la chorégraphie symbolise les « tourbillons », le jeu des comédiens est asphyxié par un maelström bien plus grand, cette Cour d’honneur dont le plateau majestueux et difficile ne pardonne rien.

La présence des corps s’impose certes dans la grâce, mais les voix se perdent. Non que le mistral les ait déviées mais bien parce que, pour se faire entendre, certains comédiens forcent leur présence au détriment d’une interprétation nuancée de leur rôle. La mélancolie – cette triste nostalgie – qui habite les personnages de la pièce de Tchekhov disparaît sous la grandiloquence vaine de ses interprètes. Xavier Gallais s’exprime ainsi avec une emphase qui entrave la compréhension des enjeux de l’oeuvre : les quêtes et errances du personnage sont diluées dans le jeu pédant de l’acteur. Les passages chorégraphiés ne font finalement que mettre en scène le vide laissé par l’insuffisante finesse du jeu et la mauvaise direction d’acteurs de Nauzyciel.

La mise en scène empruntée et cadavéreuse lasse un spectateur qui aurait sans doute préféré ce soir là relire la pièce plutôt que d’assister impuissant à sa mise à mort. Arthur Nauzyciel crée un théâtre dynamique, dommage que cette dynamique se soit installée exclusivement du côté des gradins.

Chaque instant musical, qui ne font d’ailleurs que ralentir plus encore le rythme de cette « Mouette » dispensable, est l’occasion d’assister aux flux migratoires des spectateurs vers la sortie, seule bouffée d’air possible.

Quentin Margne

Visuel : C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

Comments
4 Responses to “FESTIVAL D’AVIGNON : UNE « MOUETTE » QUI MANQUE CRUELLEMENT D’ALTITUDE”
  1. TURGIS dit :

    Pour ma part, je n’ai pas vu de gaucherie ou d’insuffisance dans la diction des acteurs, j’ai eu l’impression qu’il s’agissait d’un choix : la plupart du temps les acteurs déclament leur texte avec emphase et de façon manifestement artificielle, de la sorte c’est le rapport au texte théâtral, mais aussi au langage et à la création littéraire, qui est questionné, c’est un langage « en marge », décalé, qui ne peut rendre compte de la profondeur de l’intériorité humaine, car l’art lui-même est incapable de rendre compte de cette intériorité. D’ailleurs pour démentir toute maladresse éventuelle des acteurs, il n’y a qu’à souligner les rares passages où la diction se fait plus « naturelle », les échanges se font sur un ton plus classique au théâtre, montrant ainsi que le talent des acteurs n’est pas en cause. C’était donc bien un choix volontaire que cette déclamation étrange du texte de Tcheckov, d’après moi bien-sûr.

  2. Aurélien Péréol dit :

    J’ai vu une belle mise en scène, qui prend un certain rapport au texte et le tient de bout en bout. Cela donne une transposition scénique du texte qui est en soi une création, une belle création. Avec des moments inoubliables..Mais qui est aussi en concurrence avec le texte. Ce n’est pas la meilleure façon de porter ce texte à la scène.

  3. Magnifique article, où tout ce qui est décrit est vrai. Cette Mouette volant trop bas faisait sans doute peur aux spectateurs qui s’échappaient par groupe et quittaient le Palais des Papes avant la fin.

    • Et il est vrai qu’à Avignon, au « in » en particulier, on met volontiers en avant de flatteurs taux de remplissage, en oubliant le taux de… vidage prématuré des gradins.

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