LE TOP DU OFF 2011 : Urgent Crier, Philippe Caubère

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URGENT CRIER, un superbe Philippe Caubère, émouvant et inspiré, autour des écrits d’André Benedetto… Dont nous avons vu la dernière ce 30 juillet au Théâtre des Carmes. (Cf NOTRE ARTICLE)

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LE MEILLEUR DU FESTIVAL 2011 : Maldito sea el hombre que confia en el hombre, un projet d’alphabétisation

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Angélica Liddell nous a donné un superbe Maldito sea el hombre que confia en el hombre, un projet d’alphabétisation, dans la ligne de son impressionnant Casa de la Fuerza de 2010.
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VOIR UN EXTRAIT VIDEO :
http://www.theatre-video.net/video/swf/ylbcfJM7

Photos : Christophe Raynaud De Lage

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LE MEILLEUR DU FESTIVAL 2011 : Au moins j’aurai laissé un beau cadavre

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Un splendide Vincent Macaigne, tout en fureur et en folie. Le très shakespearien Au moins j’aurai laissé un beau cadavre se jouait au Cloître des Carmes jusqu’au 19 juillet.
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Photos : Christophe Raynaud de Lage

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SUL CONCETTO DI VOLTO NEL FIGLIO DI DIO : Un Castellucci du tonnerre de Dieu

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VU : SUL CONCETTO DI VOLTO NEL FIGLIO DI DIO / Romeo CASTELLUCCI / Festival d’Avignon 2011 / Opéra-Théâtre / 26 juillet 19 h. (dernière).

Sans Castellucci, le théâtre probablement n’aurait pas la même puissance. Castellucci, cet artiste magistral, couillu, habité, invente chaque jour le théâtre d’aujourd’hui, le poussant encore et encore dans ses derniers retranchements. Son nouvel objet, à la frontière des genres comme toujours, est un magnifique acte de foi, au sens littéral du terme. Ode à l’amour, à la perte de soi et au délitement, ce Concetto est une pure merveille d’humanité. D’où le visage du fils de Dieu, terrible de douceur et de force, contemple, pour l’éternité, notre misérable et si ténue condition d’êtres perdus dans un troupeau égaré qui file, têtu et tête baissée, vers le néant.

Que des Chrétiens ultras lors de sa dernière, aient voulu perturber ce chef-d’oeuvre de déclaration d’amour à Dieu dépasse l’entendement… Que quelques obtus, animaux à sang froid sans chair ni passion, n’aient pas saisi le terrifiant -et cependant si bienveillant- miroir que nous tend Castellucci prouve bien que, souvent hélas, la nature humaine est à désespérer.

Sul Concetto est une expérience intense d’humanité, un moment comme vous n’en vivrez que fort peu, d’une beauté sans rémission. Un acte incandescent comme une comète dans l’obscurité du temps. Imaginez quarante minutes d’une scène insoutenable, en même temps empreinte d’une douceur et d’un amour sans égal, où un fils d’un dévouement illimité nettoie et lave sans relâche, le corps usé d’un vieux père qui se vide littéralement de toute sa substance…

Une expérience limite et universelle, éprouvante mais belle, qui va puiser aux tréfonds de chacun de nos êtres de chair et de sanie, de merde et de pourriture. Un chant paradoxal à la vie, à l’amour et à la beauté, et une performance extraordinaire de ces deux comédiens…

Mais ici on est au théâtre, et rien que cela. Si cette première partie de l’oeuvre évoque forcément les performeurs extrêmes des années 70, comme Otto Mühl et ses Actionnistes viennois, dont certains n’hésitaient pas à s’émasculer en public, l’on est bien ici dans un espace de représentation du monde, où le Théâtre conserve toutes ses prérogatives.

Un théâtre qui épuise les sens, n’hésitant pas, comme toujours avec Castellucci, à forcer les limites, à bousculer les bienséances, à inventer un théâtre plus proche encore de l’expérience du vivant. Mais un théâtre qui connaît ses codes, son histoire, sa culture et puise sa force dans l’extrême intelligence du monde.

Car Sul Concetto est aussi -en quelque sorte et à sa manière- une tragédie. Avec sa merde barbouillée à la face de Dieu, avec sa vie qui palpite férocement sous le regard d’une douceur infinie du fils de Dieu, cet Antonello de Messina qui occupe tout le fond de scène, magnifiquement vivant, et que l’on se surprend à surveiller et à en observer le moindre frémissement…

Et avec ces enfants, qui, dans la seconde partie, pratiquent l’iconoclasme comme un jeu libérateur, bombardant la face du fils de Dieu sous l’impassibilité du vieil homme maintenant anéanti, définitivement vidé, défait.

Jusqu’au final castelluccien, un happening d’une puissance inouïe qui viendra définitivement violer l’image de Dieu, n’en conservant qu’un squelette fiévreux, sculpture lumineuse d’acier électrique, qui avec la rage d’un arc de foudre, libère cette ultime injonction : you are (not) my shepherd*.

Marc Roudier

*tu es (ou non) mon pasteur.

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LE TOP DU OFF 2011 : Forever Young de Jean-François Matignon

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Forever Young de Jean-François Matignon, Compagnie Fraction, s’est joué du 12 au 22 juillet à La Manutention… (Cf notre article dans “le Top des Spectacles”)

VOIR aussi le vidéomaton de Jean-François Matignon sur Arte web :

http://download.liveweb.arte.tv/o21/videoweb/flash/arte-tv/player.swf?videoId=3825&admin=false&mode=prod&embed=true&autoPlay=false

LE TOP DU OFF 2011 : Pansori Brecht au Théâtre des Halles

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Pansori Brecht au Théâtre des Halles… Jusqu’au 29 juillet (Cf notre article)

Pansori Brecht Sacheon-Ga from Théâtre des Halles on Vimeo.

LE TOP du OFF 2011 : La Seconde surprise de l’amour à Villeneuve-en-scène

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La Seconde surprise de l’Amour, Compagnie Tandaim, à Villeneuve-en-scène, librement adaptée de Marivaux et Sophie Calle. Dernière ce soir 27 juillet…

VOIR AUSSI LA VIDEO :
http://www.dailymotion.com/embed/video/xeqclu
La seconde surprise de l'amour – MARIVAUX par CieTandaim

LA LIGNE de GIULIETTA # 11 : Sul concetto di volto nel figlio di Dio

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LA LIGNE de GIULIETTA # 11 :

UNO SCHIAFFO IN PIENO VOLTO…
Du théâtre vrai. Aussi dérangeant qu’essentiel. Bouleversant.

Sul concetto di volto nel figlio di Dio / Romeo Castellucci / Opéra-Théâtre 26 juillet.

MADEMOISELLE JULIE : Un Nicolas Bouchaud très présent, dans une petite mise en scène de Fisbach

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VU : Mademoiselle Julie / August Strindberg / ms Frédéric Fisbach / Lycée Aubanel / 18h00

A nouveau invité par le Festival, Frédéric Fisbach monte dans la série «Lutte des classes et jeux de l’Amour» cette pièce d’August Strindberg. S’entourant de Nicolas Bouchaud, star actuelle et homme à tout faire du théâtre français et de Juliette Binoche, star actuelle et femme à tout faire du cinéma français.

Une veille de Saint-Jean, Julie, fille de comte, invite son valet Jean à danser. S’ensuit un jeu de séduction durant lequel Julie va séduire Jean. Lui résiste, conscient du fossé social qui les sépare, puis va finir par céder, enivré par ce mélange acide d’arrivisme et d’Amour. Pour Julie, la chute n’en sera que plus brutale.

Cette oeuvre d’August Strindberg a été représentée pour la première fois en 1888, mais Frédéric Fisbach préfère recentrer l’oeuvre à notre époque, Julie passant plus pour une jet-setteuse tropézienne que pour une noble, et c’est peut-être en ce sens que Juliette Binoche correspond bien au rôle. Il est facile d’imaginer Nicolas Bouchaud en simple homme de maison, tentant de prendre de la hauteur sur une Juliette «Julie» en star du grand écran. Difficile cependant pour autant d’adhérer à cette transposition… Toujours présente, mais sur un autre terrain, la lutte des classes n’est plus ce qu’elle était… Peut-être est-ce une illusion, mais le fait est que certaines sentences sonnent vraiment anachroniques dans ce contexte.

Côté plateau, les deux personnages évoluent dans un grand loft qui n’a de nordique que le blanc immaculé. La scéno, quoique classique, est astucieuse, nous plaçant comme réel spectateur et voyeur de l’intérieur de l’héroïne. Est-ce une mode cette année au festival ? («Le Suicidé» et «Seconde surprise de l’Amour»…) mais la ficelle fonctionne et nous les épions avec intérêt.

Au premier plan, la cuisine-salon, véritable lieu de l’intrique, et au second, le plateau à nouveau scindé par des portes vitrées, lieu de débauche de la fête de la Saint-Jean, où les « petites-gens », invités de la fête impromptue organisée par Mademoiselle Julie, se trémoussent, lieu de tous les mélanges sociaux et culturels, et espace de permissivité aux yeux de Julie.

Plus pragmatiquement, les grands battants des portes vitrées empêchent souvent de voir les visages, et les sièges «bancs» ajoutés à la hâte par le festival juste au premier rang -et donc nécessairement à la même hauteur- occultent là encore les têtes des comédiens, lorsque ceux-ci évoluent côté «salon» …

Nicolas Bouchaud est une fois de plus réellement dans son rôle, et Juliette Binoche se contente d’une honnête prestation… Mais la différence flagrante de charisme théâtral, les inégalités de niveau entre les deux comédiens, se font cruellement sentir. Et il est difficile de détacher son regard de Nicolas Bouchaud …Même pendant le monologue de Julie, durant lequel Jean arpente les murs du loft…

Nicolas Bouchaud est là, presque animal, on le sent prêt à tout, transpirant, et elle si fragile entre ses mains. Le rôle de la cuisinière, pieuse vraie-fausse fiancée de Jean, est campé par Bénédicte Cerutti. Sa prestation est plutôt réussie, mais un problème de voix, de timbre ou de sono, empêchent souvent sinon toujours de l’entendre, au du moins d’en comprendre avec clarté le texte !

Le parti-pris de représenter la fête en arrière-plan sonore -subtilité de la palette des sons-, l’intrigue en premier plan (avec ce semblant de voix off lorsque Jean et Julie sont dans la fête) est plutôt risqué… Au final, l’écoute globale est souvent compliquée de surcroît par l’impossibilité de voir vraiment les comédiens.

Les deux se démènent néanmoins pour nous offrir sur un plateau cette lutte des classes version Strindberg, mais la sauce a tout de même du mal à prendre, tant la transposition à notre époque parait saugrenue.

Qui s’offusquerait aujourd’hui qu’une star, jet-setteuse ou aristo se fasse son valet ? L’on peut voir cela tous les jours, ici ou là, et personne n’en a que faire. Et comme dans toute tragédie, tout est exposé en entame de l’oeuvre, “la chienne de la noble Julie est partie avec le chien du gardien et cela s’est fatalement mal terminé…”

Au-delà de l’oeuvre, la vie même d’August Strindberg sera marquée par cette même tragédie, et l’identification de Strindberg en Jean, plausible à l’époque de sa création, paraît encore une fois bien plus complexe à appréhender, du fait de la mise en scène de Fisbach… Cela en dépit d’un Nicolas Bouchaud qui nous livre un Jean misogyne et manipulateur, amoureux surtout de lui-même.

Au final un «petit» Mademoiselle Julie avec un Nicolas Bouchaud constant, une Juliette Binoche télégénique, dans une petite mise en scène de Fisbach.

Vue également dans la foulée, à la TV, la captation théâtrale qui n’en est pas une… Et cela passe bien mieux ! Magie du montage ou de la prise de vue ? Ou du travail sonore ? Le fait est que cette Mademoiselle Julie est bien plus agréable comme téléfilm, qu’en tant que pièce de clôture (!) du Festival d’Avignon, même au Lycée Aubanel.

Pierre Salles

LE TOP DU OFF 2011 : Si Siang Ki au Chêne Noir

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Si Siang Ki, ou la Chambre de l’Ouest, un classique du Théâtre Chinois (XIIIe siècle) remonté par Gérard Gelas de la plus belle des manières… Jusqu’au 29 juillet seulement, 11 h., au Chêne Noir. Voir notre article (dans “Le Top des Spectacles”)

LE TOP DU OFF 2011 : La Fête, Collectif De Quark à La Manufacture

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la Fête, du Collectif De Quark jusqu’au 28 juillet seulement ! On se dépèche ! (Cf notre papier)
(MOT DE PASSE pour la vidéo : FETE)

LE TOP DU OFF 2011 : Rhinocéros au Théâtre des Halles

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Superbe Rhinocéros d’Alain Timar, au Théâtre des Halles jusqu’au 29 juillet (11h.)… Si vous ne l’avez pas encore vu, c’est le moment où jamais ! cf aussi notre papier (dans “Le Top des Spectacles”)

A LA MANUFACTURE : Une berceuse plutôt rock’n’roll

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VU : La dernière berceuse (le plus beau spectacle du monde) / Louis Arene / La Manufacture / 14h05 (jusqu’au 28 juillet)

Plateau nu à l’exception d’une chaise qui se révèlera être sa seule partenaire et un reflet de lui-même, un comédien s’échauffe. D’exercices physiques en allitérations, il se prépare à entrer en scène pour son triomphe. Submergé par le public qui l’ovationne, l’acteur voit brutalement son rêve s’effondrer. Eveillé, pour lui débute le cauchemar de l’auteur, qu’il est aussi, en manque d’inspiration.

Seul face à ses doutes et ses angoisses, il est perdu devant l’ambition de son projet : créer le plus beau spectacle du monde. Une gageure ? Peut-être, et poussé à l’introspection, il se lance dans un questionnement existentiel au cours duquel il s’interrogera sur sa légitimité à être sur un plateau, sur son travail voire sur son utilité. Le théâtre a besoin du public mais le public a-t-il besoin de lui ? Son œuvre, son entreprise ont-elles un quelconque sens ou n’est-il qu’à la recherche de la célébrité ?

“je fais du théâtre parce que je suis avide de gloire et puis c’est tout !

Si je veux faire un «pestacle» tout seul, c’est pour être adulé et qu’on ne voit que moi. Je ne suis qu’une merde ! Ça serait tellement beau si le théâtre changeait vraiment la vie des gens, ça me donnerait une excuse… Je ne suis qu’une merde !”

Une heure durant, Louis Arene tente avec humour de répondre à ces questions au cours de divagations qui le conduisent à incarner différents personnages. Nourrissant son spectacle de ses doutes mais aussi de sa colère et de ses souffrances, il entraine le spectateur dans les affres de sa réflexion. Gagnant en maturité le comédien prend conscience de sa responsabilité et de l’importance de sa tâche, celle d’atteindre quelque chose de plus grand que lui, quelque chose d’universel.

«Cogito ergo sum» écrivait Descartes dans le Discours de la méthode et, de fait, cette réflexion de Louis Arene, jeune acteur issu du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, sur sa condition d’auteur/acteur le fait véritablement exister.

Il prend possession de l’espace scénique et sa solitude sur le plateau soutient son propos tout en sensibilité allégée par un fort sens de l’autodérision. Il projette un décor imaginaire autour de lui et remplit l’espace vide, bien aidé en cela par une lumière bien ciblée qui réduit le champ de jeu quand c’est nécessaire.

A suivre.

Franck Glatigny

ANGELICA LIDDELL : La Casa de la Fuerza

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En ce jour 26 juillet
, où le Festival va clore ses portes, évoquons Angélica Liddell qui nous a donné un des quatre ou cinq meilleurs spectacles d’Avignon 2011 (avec Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, Oncle Gourdin, entre autres…) : Maldito sea el hombre que confia en el hombre… (NOTRE ARTICLE&). Déjà l’an passé, au Festival 2010, Angélica Liddell nous avait sidérés -le mot n’est pas trop fort- avec cette magnifique Casa de la Fuerza. Extrait.

DES FEMMES : Wajdi Mouawad au coeur de la Tragédie

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VU : Des Femmes / Wajdi Mouawad / Carrière de Boulbon / Festival d’Avignon / Dernière ce soir 25 juillet 21h30

Plébiscité durant le festival d’Avignon 2009 pour les représentations du quatuor «Le Sang des promesses» : «Littoral», «Incendies», «Forêts» et «Ciels»… et après un bref passage en Avignon avec «Seuls», Wajdi Mouawad est à nouveau invité par le Festival pour nous donner sa vision personnelle de l’une des bases même du théâtre, les tragédies de Sophocle.

Wajdi Mouawad n’a jamais caché lors de ses interviewes la passion sans mesure qu’il voue à ce théâtre, mais, comme il le précise lui-même, il s’agit ici d’une passion toute personnelle et sans prosélytisme : «Vous pouvez aimer vous promener dans nombre de jardins… Cependant il y en aura toujours un parmi tous que vous préférerez…».

L’ambition de Mouawad reste de monter les sept tragédies de Sophocle mais, cependant, sans en respecter l’ordre chronologique. Le jeune metteur en scène préfère axer son travail autour d’un thème, et surtout d’une «équipe». Il nous donne donc cette année «Des Femmes» avec «Les Trachiniennes», «Antigone» et «Electre».

Au cœur de la carrière, un plateau, plutôt chargé, couvre tout l’espace visuel. Ici, nulle utilisation de la rude minéralité pourtant si grecque de la carrière. Mais peu importe… La magie du cocon minéral et de la voûte étoilée opère.

Wajdi Mouawad ouvre ce bal poétique par Les trachiniennes, récit de la mort pathétique d’Héraclès, héros célébré tout au long sa vie, et mort misérablement sans même pouvoir combattre, assassiné involontairement par sa femme Dejanire qui, voulant sa reconquête et usant d’un philtre offert par le centaure Nessos agonisant, empoisonna son époux …

Une fois encore, le metteur en scène a pris le parti de la modernité. Comment lui en tenir rigueur sur ces textes de Sophocle, immuables cris d’amour, de résistance et de désespoir d’une actualité criante ?

La musique rock de Bertrand Cantat apporte un appui, un silence ou une respiration. Le choryphée «Cantatique», tant décrié, arrache le cœur par tant de poésie. Cette voix cassée, si terriblement touchante de Bertrand Cantat, à la fois empreinte d’amour, de résistance et de résignation, sonne parfaitement avec la poésie de Sophocle et la violence de la mise en scène.

La magnifique traduction du poète Robert Davreu, ajoute à la modernité voulue par le metteur en scène, sans jamais enlever à la beauté des mots de Sophocle. Quant aux comédiens, bien que tous une fois encore formidables, ils butent encore sur quelques mots, perturbant ainsi notre attention sans que cela soit une réelle gêne.

La deuxième pièce, Antigone, résonne là encore avec une extrême modernité. Résistance face à la tyrannie, devoir de désobéissance au nom de la Justice… Moins d’effets et de très belles images, entre autres l’emmurement d’Antigone sur scène, disparaissant peu à peu derrière un mur de pierre… Là encore l’utilisation de la poésie de Cantat et des effets sonores est parfaite.

La troisième oeuvre, Electre, semble la plus longue, le froid et l’heure tardive, tendant à nous dissocier du récit, servi par une mise en scène faisant une part bien trop grande au verbe de Sophocle…

Une fois de plus, Wajdi Mouawad a su proposer une vision convaincante de l’un des piliers du théâtre moderne. Comment imaginer que ces textes nous proviennent d’un passé de plus de 2500 ans et que leur poésie, leur force, leur profonde humanité, leur imprégnation d’un sens certain du politique et de la résistance, s’offrent à nous ainsi avec autant de justesse et de modernité ?

Comment monter autrement ces textes pour les recentrer sur notre époque sans en enlever toute la poésie, et mettre ainsi en exergue l’universalité du dramaturge grec ? Voilà bien le pari réussi de Wajdi Mouawad.

Pierre Salles

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