BYE BYE. A L’année prochaine ! Le Bruit du Off, comme le Off, ferme ses portes…

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Nous voici arrivés au terme de cette saison 2011. Et avec le Off qui ferme ce soir 31 juillet, lebruitduoff.com lui aussi clôture. Que penser de cette édition ? Le bilan est contrasté : un 65e Festival plutôt réjouissant, avec quelques pépites dans la nuit théâtrale d’Avignon. Et un Off morose, ni particulièrement fréquenté, ni spécialement fréquentable.

Mais revenons au Festival. Celui-ci nous aura permis de découvrir l’extraordinaire Vincent Macaigne, qui avec son Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, nous aura époustouflés par son sens aigu du théâtre, un véritable coup de foudre, dans tous les sens du terme. Et puis, bien sûr Castellucci, toujours aussi déraisonnable, et pourtant si proche, tellement humain. Un Sul Concetto  di volto nel figlio di dio exceptionnel de beauté et de franchise, une oeuvre éblouissante comme seuls des Castellucci, Jan Fabre, ou Liddell peuvent en produire…

Angélica Liddell, justement, qui avec son Maldito sea el hombre que confia en el hombre nous a offert une oeuvre remarquable de beauté et de grâce. Et puisque l’on parle de grâce, qu’elle lui soit rendue pour avoir donné cette oeuvre splendide, forcément émouvante et élégamment pessimiste, qui nous a bouleversés.

Un Festival d’Avignon qui, s’il résiste aux sirènes politiciennes de nominations arbitraires parfaitement déplacées et inappropriées -le fait des princes- devrait continuer quelques temps encore à nous réjouir. Les artistes associés de ces deux prochaines éditions, du fait des actuels directeurs, nous garantissant encore de nombreuses découvertes, et d’exceptionnels moments de théâtre. Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui termineront leur mandat à la direction du Festival en 2013, ont choisi comme artistes associés l’excellence du théâtre européen, histoire de finir en beauté. Ce sera donc pour 2012 l’Anglais Simon McBurney, puis pour 2013, le Congolais Dieudonné Niangouna en binome avec Stanislas Nordey.

Le Off, lui, était loin, très loin d’être à la mesure de cette grande cuvée 2011 du Festival d’Avignon. Hélas, trois fois hélas, mais que dire de plus que ce que nous en avons dit (Cf le papier de Sophie Héliot aujourd’hui) ? Ce Off qui désormais est trop éloigné de la belle idée qui lui a donné naissance dans les années 67/68 -idée généreuse initiée par Benedetto et Gelas, telle qu’elle revit dans le beau Urgent Crier de Caubère joué cette année au Théâtre des Carmes- n’est plus qu’un vulgaire marché où l’on trouve le meilleur, rarement, comme le pire, trop souvent. Mais qu’y faire ? Nous le répétons depuis deux ans, la non-direction de ce Off, confiée aux affairistes sans scrupules d’AF&C est une véritable catastrophe. Quand donc les artistes et les compagnies se décideront-elles à en prendre la mesure, et se donneront-elles les moyens de changer tout cela ? La question reste posée.

Le Bruit du Off, lui, a mené sa “mission” jusqu’au terme, qui est celle d’informer et de critiquer, en profondeur et sans concession. Merci à vous, chers lecteurs, d’avoir été aussi nombreux : au plus fort du Festival, vous étiez quelque 3500 visiteurs uniques / jour, ce qui constitue un réel succès, n’ayons pas peur des mots, dont nous nous félicitons. Votre fidélité et votre réactivité nous encouragent dans la poursuite de cette formidable aventure.

Mille mercis à vous donc pour cette curiosité qui chaque jour vous pousse à ouvrir notre site. Merci également à tous ces artistes fantastiques qui, dans le Festival ou dans le Off, nous ont offert d’aussi beaux moments de théâtre. Et un grand merci à toute l’équipe qui a animé cette édition, nos six chroniqueurs spectacles -Giulietta, Floriane, Sophie, Pierre, Franck et Marc- qui se sont dépensés sans compter pour arpenter -sans a-priori et en conscience- le dédale de ces festivals d’Avignon : Plus de 150 spectacles vus, Festival et Off confondus, pour une centaine de chroniqués… Merci à eux donc, ainsi qu’à tout le reste de l’équipe du Bruit et à nos stagiaires.

Au revoir à tous. Que l’été qui continue vous soit extraordinaire et beau. Nous nous retrouverons l’année prochaine au 1er juillet pour une nouvelle édition, que nous suivrons tous avec le plus grand intérêt.

Longue vie à Avignon !

Eléonor Zastavia, ce 31 juillet 2011.

Photo : Maldito sea el hombre… d’Angelica Liddell au 65e Festival d’Avignon.

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LE MEILLEUR DU FESTIVAL 2011 : Maldito sea el hombre que confia en el hombre, un projet d’alphabétisation

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Angélica Liddell nous a donné un superbe Maldito sea el hombre que confia en el hombre, un projet d’alphabétisation, dans la ligne de son impressionnant Casa de la Fuerza de 2010.
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VOIR UN EXTRAIT VIDEO :
http://www.theatre-video.net/video/swf/ylbcfJM7

Photos : Christophe Raynaud De Lage

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LE MEILLEUR DU FESTIVAL 2011 : Au moins j’aurai laissé un beau cadavre

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Un splendide Vincent Macaigne, tout en fureur et en folie. Le très shakespearien Au moins j’aurai laissé un beau cadavre se jouait au Cloître des Carmes jusqu’au 19 juillet.
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Photos : Christophe Raynaud de Lage

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LE MEILLEUR DU FESTIVAL 2011 : Sur le concept du visage du fils de Dieu (vidéo)

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Un magnifique Romeo Castellucci, Sul Concetto di volto nel figlio di dio, (extrait)…
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SUL CONCETTO DI VOLTO NEL FIGLIO DI DIO : Un Castellucci du tonnerre de Dieu

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VU : SUL CONCETTO DI VOLTO NEL FIGLIO DI DIO / Romeo CASTELLUCCI / Festival d’Avignon 2011 / Opéra-Théâtre / 26 juillet 19 h. (dernière).

Sans Castellucci, le théâtre probablement n’aurait pas la même puissance. Castellucci, cet artiste magistral, couillu, habité, invente chaque jour le théâtre d’aujourd’hui, le poussant encore et encore dans ses derniers retranchements. Son nouvel objet, à la frontière des genres comme toujours, est un magnifique acte de foi, au sens littéral du terme. Ode à l’amour, à la perte de soi et au délitement, ce Concetto est une pure merveille d’humanité. D’où le visage du fils de Dieu, terrible de douceur et de force, contemple, pour l’éternité, notre misérable et si ténue condition d’êtres perdus dans un troupeau égaré qui file, têtu et tête baissée, vers le néant.

Que des Chrétiens ultras lors de sa dernière, aient voulu perturber ce chef-d’oeuvre de déclaration d’amour à Dieu dépasse l’entendement… Que quelques obtus, animaux à sang froid sans chair ni passion, n’aient pas saisi le terrifiant -et cependant si bienveillant- miroir que nous tend Castellucci prouve bien que, souvent hélas, la nature humaine est à désespérer.

Sul Concetto est une expérience intense d’humanité, un moment comme vous n’en vivrez que fort peu, d’une beauté sans rémission. Un acte incandescent comme une comète dans l’obscurité du temps. Imaginez quarante minutes d’une scène insoutenable, en même temps empreinte d’une douceur et d’un amour sans égal, où un fils d’un dévouement illimité nettoie et lave sans relâche, le corps usé d’un vieux père qui se vide littéralement de toute sa substance…

Une expérience limite et universelle, éprouvante mais belle, qui va puiser aux tréfonds de chacun de nos êtres de chair et de sanie, de merde et de pourriture. Un chant paradoxal à la vie, à l’amour et à la beauté, et une performance extraordinaire de ces deux comédiens…

Mais ici on est au théâtre, et rien que cela. Si cette première partie de l’oeuvre évoque forcément les performeurs extrêmes des années 70, comme Otto Mühl et ses Actionnistes viennois, dont certains n’hésitaient pas à s’émasculer en public, l’on est bien ici dans un espace de représentation du monde, où le Théâtre conserve toutes ses prérogatives.

Un théâtre qui épuise les sens, n’hésitant pas, comme toujours avec Castellucci, à forcer les limites, à bousculer les bienséances, à inventer un théâtre plus proche encore de l’expérience du vivant. Mais un théâtre qui connaît ses codes, son histoire, sa culture et puise sa force dans l’extrême intelligence du monde.

Car Sul Concetto est aussi -en quelque sorte et à sa manière- une tragédie. Avec sa merde barbouillée à la face de Dieu, avec sa vie qui palpite férocement sous le regard d’une douceur infinie du fils de Dieu, cet Antonello de Messina qui occupe tout le fond de scène, magnifiquement vivant, et que l’on se surprend à surveiller et à en observer le moindre frémissement…

Et avec ces enfants, qui, dans la seconde partie, pratiquent l’iconoclasme comme un jeu libérateur, bombardant la face du fils de Dieu sous l’impassibilité du vieil homme maintenant anéanti, définitivement vidé, défait.

Jusqu’au final castelluccien, un happening d’une puissance inouïe qui viendra définitivement violer l’image de Dieu, n’en conservant qu’un squelette fiévreux, sculpture lumineuse d’acier électrique, qui avec la rage d’un arc de foudre, libère cette ultime injonction : you are (not) my shepherd*.

Marc Roudier

*tu es (ou non) mon pasteur.

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LA LIGNE de GIULIETTA # 11 : Sul concetto di volto nel figlio di Dio

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LA LIGNE de GIULIETTA # 11 :

UNO SCHIAFFO IN PIENO VOLTO…
Du théâtre vrai. Aussi dérangeant qu’essentiel. Bouleversant.

Sul concetto di volto nel figlio di Dio / Romeo Castellucci / Opéra-Théâtre 26 juillet.

MADEMOISELLE JULIE : Un Nicolas Bouchaud très présent, dans une petite mise en scène de Fisbach

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VU : Mademoiselle Julie / August Strindberg / ms Frédéric Fisbach / Lycée Aubanel / 18h00

A nouveau invité par le Festival, Frédéric Fisbach monte dans la série «Lutte des classes et jeux de l’Amour» cette pièce d’August Strindberg. S’entourant de Nicolas Bouchaud, star actuelle et homme à tout faire du théâtre français et de Juliette Binoche, star actuelle et femme à tout faire du cinéma français.

Une veille de Saint-Jean, Julie, fille de comte, invite son valet Jean à danser. S’ensuit un jeu de séduction durant lequel Julie va séduire Jean. Lui résiste, conscient du fossé social qui les sépare, puis va finir par céder, enivré par ce mélange acide d’arrivisme et d’Amour. Pour Julie, la chute n’en sera que plus brutale.

Cette oeuvre d’August Strindberg a été représentée pour la première fois en 1888, mais Frédéric Fisbach préfère recentrer l’oeuvre à notre époque, Julie passant plus pour une jet-setteuse tropézienne que pour une noble, et c’est peut-être en ce sens que Juliette Binoche correspond bien au rôle. Il est facile d’imaginer Nicolas Bouchaud en simple homme de maison, tentant de prendre de la hauteur sur une Juliette «Julie» en star du grand écran. Difficile cependant pour autant d’adhérer à cette transposition… Toujours présente, mais sur un autre terrain, la lutte des classes n’est plus ce qu’elle était… Peut-être est-ce une illusion, mais le fait est que certaines sentences sonnent vraiment anachroniques dans ce contexte.

Côté plateau, les deux personnages évoluent dans un grand loft qui n’a de nordique que le blanc immaculé. La scéno, quoique classique, est astucieuse, nous plaçant comme réel spectateur et voyeur de l’intérieur de l’héroïne. Est-ce une mode cette année au festival ? («Le Suicidé» et «Seconde surprise de l’Amour»…) mais la ficelle fonctionne et nous les épions avec intérêt.

Au premier plan, la cuisine-salon, véritable lieu de l’intrique, et au second, le plateau à nouveau scindé par des portes vitrées, lieu de débauche de la fête de la Saint-Jean, où les « petites-gens », invités de la fête impromptue organisée par Mademoiselle Julie, se trémoussent, lieu de tous les mélanges sociaux et culturels, et espace de permissivité aux yeux de Julie.

Plus pragmatiquement, les grands battants des portes vitrées empêchent souvent de voir les visages, et les sièges «bancs» ajoutés à la hâte par le festival juste au premier rang -et donc nécessairement à la même hauteur- occultent là encore les têtes des comédiens, lorsque ceux-ci évoluent côté «salon» …

Nicolas Bouchaud est une fois de plus réellement dans son rôle, et Juliette Binoche se contente d’une honnête prestation… Mais la différence flagrante de charisme théâtral, les inégalités de niveau entre les deux comédiens, se font cruellement sentir. Et il est difficile de détacher son regard de Nicolas Bouchaud …Même pendant le monologue de Julie, durant lequel Jean arpente les murs du loft…

Nicolas Bouchaud est là, presque animal, on le sent prêt à tout, transpirant, et elle si fragile entre ses mains. Le rôle de la cuisinière, pieuse vraie-fausse fiancée de Jean, est campé par Bénédicte Cerutti. Sa prestation est plutôt réussie, mais un problème de voix, de timbre ou de sono, empêchent souvent sinon toujours de l’entendre, au du moins d’en comprendre avec clarté le texte !

Le parti-pris de représenter la fête en arrière-plan sonore -subtilité de la palette des sons-, l’intrigue en premier plan (avec ce semblant de voix off lorsque Jean et Julie sont dans la fête) est plutôt risqué… Au final, l’écoute globale est souvent compliquée de surcroît par l’impossibilité de voir vraiment les comédiens.

Les deux se démènent néanmoins pour nous offrir sur un plateau cette lutte des classes version Strindberg, mais la sauce a tout de même du mal à prendre, tant la transposition à notre époque parait saugrenue.

Qui s’offusquerait aujourd’hui qu’une star, jet-setteuse ou aristo se fasse son valet ? L’on peut voir cela tous les jours, ici ou là, et personne n’en a que faire. Et comme dans toute tragédie, tout est exposé en entame de l’oeuvre, “la chienne de la noble Julie est partie avec le chien du gardien et cela s’est fatalement mal terminé…”

Au-delà de l’oeuvre, la vie même d’August Strindberg sera marquée par cette même tragédie, et l’identification de Strindberg en Jean, plausible à l’époque de sa création, paraît encore une fois bien plus complexe à appréhender, du fait de la mise en scène de Fisbach… Cela en dépit d’un Nicolas Bouchaud qui nous livre un Jean misogyne et manipulateur, amoureux surtout de lui-même.

Au final un «petit» Mademoiselle Julie avec un Nicolas Bouchaud constant, une Juliette Binoche télégénique, dans une petite mise en scène de Fisbach.

Vue également dans la foulée, à la TV, la captation théâtrale qui n’en est pas une… Et cela passe bien mieux ! Magie du montage ou de la prise de vue ? Ou du travail sonore ? Le fait est que cette Mademoiselle Julie est bien plus agréable comme téléfilm, qu’en tant que pièce de clôture (!) du Festival d’Avignon, même au Lycée Aubanel.

Pierre Salles

LIEUX du FESTIVAL : L’Opéra-Théâtre

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L’Opéra-Théâtre d’Avignon, un des lieux du Festival… Ici le 26 juillet, lors de la dernière de Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci, que Le Bruit du Off a vu pour vous…

Ce 26 juillet : Clôture du 65e Festival d’Avignon

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Clôture de ce 65e Festival d’Avignon ce soir 26 juillet, que nous irons fêter avec Romeo Castellucci à l’Opéra-théâtre, pour la dernière de son Sul concetto di volto nel figlio di Dio

Une édition 2011 plutôt réussie dans l’ensemble, et quelques spectacles inoubliables qui nous laisseront un excellent souvenir de ce 65e Festival. Ces quelques éclats dans la nuit magique d’Avignon, qui auront marqué de manière indélébile le public qui aura eu la chance de partager ces très grands moments de théâtre, expériences magnifiques et inédites, comme nous aimerions qu’elles soient plus fréquentes et plus nombreuses :

Vincent Macaigne et son sidérant Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, Angélica Liddell toujours superbe, et son émouvant Maldito sea el hombre que confia en el hombre, les excellents Sophie Perez et Xavier Boussiron, avec leur Oncle Gourdin déjanté, mais aussi avec leurs deux petites formes données pour la 25e heure : Faire Mettre et Ecarte la gardine, tu verras le proscénium… le très bon Suicidé de Patrick Pineau dans le cadre sublime de la Carrière Boulbon, l’affûté Tino Sehgal et son extraordinaire et très zen happening This Situation

Et aussi Cyril Teste, William Forsythe, Xavier Le Roy, Wajdi Mouawad, Anne Teresa de Keersmaeker… Voici ce que nous retiendrons de ce très bon cru 2011. Une cuvée délicieuse, dont nous nous souviendrons durablement.

Vive le Festival d’Avignon, qu’il demeure ainsi, riche de découvertes multiples, fort de ce goût de l’innovation et habité de cet esprit de partage avec un public qui le lui rend bien.

Eléonor Zastavia

Photo : Au moins j’aurai laissé un beau cadavre de Vincent Macaigne (DR)

ANGELICA LIDDELL : La Casa de la Fuerza

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En ce jour 26 juillet
, où le Festival va clore ses portes, évoquons Angélica Liddell qui nous a donné un des quatre ou cinq meilleurs spectacles d’Avignon 2011 (avec Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, Oncle Gourdin, entre autres…) : Maldito sea el hombre que confia en el hombre… (NOTRE ARTICLE&). Déjà l’an passé, au Festival 2010, Angélica Liddell nous avait sidérés -le mot n’est pas trop fort- avec cette magnifique Casa de la Fuerza. Extrait.

DES FEMMES : Wajdi Mouawad au coeur de la Tragédie

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VU : Des Femmes / Wajdi Mouawad / Carrière de Boulbon / Festival d’Avignon / Dernière ce soir 25 juillet 21h30

Plébiscité durant le festival d’Avignon 2009 pour les représentations du quatuor «Le Sang des promesses» : «Littoral», «Incendies», «Forêts» et «Ciels»… et après un bref passage en Avignon avec «Seuls», Wajdi Mouawad est à nouveau invité par le Festival pour nous donner sa vision personnelle de l’une des bases même du théâtre, les tragédies de Sophocle.

Wajdi Mouawad n’a jamais caché lors de ses interviewes la passion sans mesure qu’il voue à ce théâtre, mais, comme il le précise lui-même, il s’agit ici d’une passion toute personnelle et sans prosélytisme : «Vous pouvez aimer vous promener dans nombre de jardins… Cependant il y en aura toujours un parmi tous que vous préférerez…».

L’ambition de Mouawad reste de monter les sept tragédies de Sophocle mais, cependant, sans en respecter l’ordre chronologique. Le jeune metteur en scène préfère axer son travail autour d’un thème, et surtout d’une «équipe». Il nous donne donc cette année «Des Femmes» avec «Les Trachiniennes», «Antigone» et «Electre».

Au cœur de la carrière, un plateau, plutôt chargé, couvre tout l’espace visuel. Ici, nulle utilisation de la rude minéralité pourtant si grecque de la carrière. Mais peu importe… La magie du cocon minéral et de la voûte étoilée opère.

Wajdi Mouawad ouvre ce bal poétique par Les trachiniennes, récit de la mort pathétique d’Héraclès, héros célébré tout au long sa vie, et mort misérablement sans même pouvoir combattre, assassiné involontairement par sa femme Dejanire qui, voulant sa reconquête et usant d’un philtre offert par le centaure Nessos agonisant, empoisonna son époux …

Une fois encore, le metteur en scène a pris le parti de la modernité. Comment lui en tenir rigueur sur ces textes de Sophocle, immuables cris d’amour, de résistance et de désespoir d’une actualité criante ?

La musique rock de Bertrand Cantat apporte un appui, un silence ou une respiration. Le choryphée «Cantatique», tant décrié, arrache le cœur par tant de poésie. Cette voix cassée, si terriblement touchante de Bertrand Cantat, à la fois empreinte d’amour, de résistance et de résignation, sonne parfaitement avec la poésie de Sophocle et la violence de la mise en scène.

La magnifique traduction du poète Robert Davreu, ajoute à la modernité voulue par le metteur en scène, sans jamais enlever à la beauté des mots de Sophocle. Quant aux comédiens, bien que tous une fois encore formidables, ils butent encore sur quelques mots, perturbant ainsi notre attention sans que cela soit une réelle gêne.

La deuxième pièce, Antigone, résonne là encore avec une extrême modernité. Résistance face à la tyrannie, devoir de désobéissance au nom de la Justice… Moins d’effets et de très belles images, entre autres l’emmurement d’Antigone sur scène, disparaissant peu à peu derrière un mur de pierre… Là encore l’utilisation de la poésie de Cantat et des effets sonores est parfaite.

La troisième oeuvre, Electre, semble la plus longue, le froid et l’heure tardive, tendant à nous dissocier du récit, servi par une mise en scène faisant une part bien trop grande au verbe de Sophocle…

Une fois de plus, Wajdi Mouawad a su proposer une vision convaincante de l’un des piliers du théâtre moderne. Comment imaginer que ces textes nous proviennent d’un passé de plus de 2500 ans et que leur poésie, leur force, leur profonde humanité, leur imprégnation d’un sens certain du politique et de la résistance, s’offrent à nous ainsi avec autant de justesse et de modernité ?

Comment monter autrement ces textes pour les recentrer sur notre époque sans en enlever toute la poésie, et mettre ainsi en exergue l’universalité du dramaturge grec ? Voilà bien le pari réussi de Wajdi Mouawad.

Pierre Salles

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SANG & ROSES : Dans la Cour d’Honneur, un Guy Cassiers comme un mauvais “Son et lumières”

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VU (hélas) : Sang & Roses, le chant de Jeanne et Gilles / ms Guy Cassiers / Tom Lanoye / Cour d’Honneur / Jusqu’au 26 juillet / 22 h.

Un public qui se défile en catimini dès la première demie-heure, un écran hyper-géant qui mange la muraille pourtant magnifique de la Cour, un plateau nu ou presque, sur lequel trônent quelques comédiens qui semblent perdus dans l’immensité, à l’image de ce dernier opus de Guy Cassiers sans chair ni idées… Jamais sans doute ce lieu magique, pourtant emblématique de l’excellence d’un Festival internationalement reconnu, n’aura accueilli une telle débâcle, oeuvre vide et prétentieuse digne d’un mauvais téléfilm d’Arte.

Deux heures et demi d’un ennui vertigineux où quelques -pourtant excellents- comédiens se débattent avec un texte (Tom Lanoye) tout juste bon à illustrer les cours d’histoire du primaire, écrasés par une technologie qui ne parvient pas à restituer quoique ce soit de leur inutile prestation. Un pitch linéaire, qui décrit platement ce moment des vies de Jeanne d’Arc et de Gilles de Rais, destins croisés de deux figures quasi-mythologiques, qui finiront tous deux sur les bûchers de l’inquisition…

Désincarné, sans vie, ce Sang & Roses est un objet vain, une coquille vide illustrative et décorative, dans laquelle rien, absolument rien ne se passe, pas plus que ne passe la moindre petite flamme qui pourtant éveillerait ce pensum fastidieux, évocateur du pire du théâtre des années 50, où sur ce même plateau, quelque metteur aussi peu habité et imaginatif donnait un énième classique vidé de sa substance…

On n’ose imaginer ce qu’un Castellucci, un Jan Fabre ou un Vincent Macaigne, ou même un Sivadier, auraient fait d’un tel thème, propice à des épanchements de sang et de feu, déployant la matière féconde de ce mythe en une tragédie shakespearienne, résurgeant toute la cruauté et la fureur sous-jacentes…

Mais Guy Cassier prouve là qu’il n’est qu’un petit metteur en scène sans imagination ni talent, parfaitement surévalué. Sa direction d’acteurs, tout juste correcte, ne rattrape pas la vacuité de sa mise en scène, statique, plate, désespérante d’ennui et de facilités. Aucune trouvaille, aucune idée, ne viennent troubler le fil tranquille de cette reconstitution historique sans saveur ni chair, un mauvais “Son & Lumières” dont même Le Puy-du-Fou ne voudrait pas.

Même la musique, pourtant fort belle, ne parvient pas à sauver cette défaite. Ces polyphonies du XVe siècle chantées a-cappella ne sont qu’un élément décoratif de plus, comme tout le reste de la partition de Guy Cassiers.

Quel gâchis que donner ce navet soporifique dans la Cour d’Honneur, dont Cassiers n’a voulu -ou pu, il y faut du talent- utiliser l’énergie extraordinaire que dégage ce lieu hors-normes, propice à un Théâtre magnifique. Une débâcle absolue, on vous l’a dit.

Marc Roudier

WAJDI MOUAWAD : Entretien avec Marie Thérèse Fortin

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Alors que se jouent à la Carrière Boulbon les dernières de la trilogie de Wajdi Mouawad, Des femmes, diversement appréciée par ceux de nos chroniqueurs qui l’ont vue, un extrait de l’entretien que l’artiste a réalisé avec Marie Thérèse Fortin…

AVIGNON 2011 : Anne Teresa De Keersmaeker / Fase

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FESTIVAL 2011 : Anne Teresa De Keersmaeker / Fase / cour du Lycée St Joseph / du 24 au 26 juillet / 22 h.

Première ce soir 24 juillet de cette belle pièce de De Keersmaeker… Extrait vidéo.

TINO SEHGAL : This Situation

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VU au Festival / Tino Sehgal / This Situation / Salle Franchet / Lycée St Joseph / de 14 à 18 h.

Un happening comme une respiration dans ce Festival 2011… L’art de la Conversation mis en oeuvre dans cette belle pièce de Tino Sehgal est une expérience intense de subtilité et de sérénité…

Créée en 2007, This Situation est donnée par des “joueurs” qui enclenchent à intervalles régulier une conversation, faite de bribes minuscules, de réflexions provenant de philosophes, de poètes ou d’artistes, de petites pensées fugitives sur l’infra-mince de la vie, ces petits rien du quotidien, comme de grandes questions autour de la mort ou de l’engagement politique, de la guerre ou de l’état du monde.

Une mécanique subtile en forme de ronde dans laquelle le regardeur s’immerge, à la fois témoin et vecteur de cette aérienne conversation, légère comme un vent frais… Chaque nouveau visiteur de l’oeuvre in process déclenche une situation, et lui-même est d’ailleurs accueilli par un This Situation choral que les joueurs lui adressent en guise de bienvenue…

Montée en une boucle circulaire et infinie, l’oeuvre se nourrit de ces situations, que chaque joueur commente ou illustre d’une réflexion puisée dans le fonds culturel commun. Chaque moment, chaque situation, est unique et libère ainsi sa propre énergie, qui viendra ensemencer la suivante. Un dialogue au sens platonicien, intemporel et universel.

Et une oeuvre dans laquelle on se sent bien, quelque chose de l’ordre d’un bonheur simple. Un happening zen et infiniment agréable, qui converse sans bavardage, à sa manière bienveillante, empathique et douce. This Situation déploie ainsi toute la complexité du monde, sans heurt et sans brutalité, dans un lent mouvement fascinant et libérateur.

Marc Roudier

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