LE TOP DU OFF 2011 : Urgent Crier, Philippe Caubère

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URGENT CRIER, un superbe Philippe Caubère, émouvant et inspiré, autour des écrits d’André Benedetto… Dont nous avons vu la dernière ce 30 juillet au Théâtre des Carmes. (Cf NOTRE ARTICLE)

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BLOODY SUNDAY… Si, si, on est bien là pour se faire engueuler !

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VU : Les règles du savoir-vivre dans la société moderne / Noam Cadestin – Laeticia Mazzoleni / Cie On est pas là pour se faire engueuler/ Théâtre des Carmes – André Benedetto / 11h00

Lagarce… Jean-Luc Lagarce. Jardin bien balisé s’il en est, « auteur contemporain le plus joué en France » qu’il est. Huit fois sur ce seul festival dont trois fois « les règles du savoir-vivre ».

Ce texte est un bijou de décalage et de cynisme, ciselé d’arabesques, d’entrelacs de renvois et de mises en apposition. Un texte ardu qui, sans le sel et l’ironie qu’il contient, passerait pour une lecture du code civil tant la syntaxe en est rébarbative.

Une promenade de santé pour la Compagnie « On n’est pas là pour se faire engueuler » qui depuis quelques années est habituée aux créations audacieuses, de Picq à Visniec en passant par Lagarce, écrivant parfois ses propres textes et animant les hivers avignonnais autant que le festival.

Mais là, c’est l’accident… en tous cas, le créneau manqué… il est vrai qu’un dimanche matin, ce n’est jamais facile. Devant un public dont la moyenne d’âge frôlait les 80 ans puisque la marge basse avait veillé jusqu’à pas d’heure, il fallait rester prudent. Or après une ouverture douillette au son d’une berceuse espagnole, dans la lumière tamisée, voire feutrée de la scène où apparaissait un décor prometteur, la lumière ne fut pas… Problème technique ? Peut-être.

Il semble que Philippe Caubère ait connu le même hier soir. Soit. Ironie du sort ? Lui qui interpellait les régisseurs-lumière en rappelant que « si la lumière sauvait le spectacle, c’est qu’il n’y avait pas grand-chose à sauver » semble s’en être bien sorti.

Et c’est là que le bât blesse. On pourrait écouter ce texte les yeux fermés s’il le fallait ; on imaginerait Laeticia Mazzoleni énumérer ces règles de bienséance en s’amusant. Cette fois-ci, la rapidité avec laquelle a été dit le texte n’a laissé que peu de chance à la finesse et à la subtilité, et on s’épuise à en saisir le sens premier.

Peut-être qu’une introduction moins longue, quoique la berceuse soit agréable, une projection vidéo plus concise, quoique le film soit amusant (une bonne trouvaille) ou bien un final moins étendu, quoique Brel soit génial, aurait permis à la comédienne de nous laisser savourer le texte de Lagarce comme il se doit. Il n’en fut rien. Dommage…

Mais les représentations se suivent et ne se ressemblent pas. Une deuxième chance est méritée.

Franck Glatigny

AVIS DE TEMPETE ! Lear et son fou au Théâtre des Carmes…

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VU : Lear et son fou / Jean-Claude Drouot/Serge Le Lay / Théâtre des Carmes – André Benedetto / 15h30 (Relâche le 14 juillet)

C’est un roi comme n’importe qui. Tout le monde est roi… sauf les fous.
A bord d’un improbable char à voile que pousse son fou, le roi traverse la lande.
En son propre royaume, déchu, Li n’est plus roi, il n’est plus que son propre fou.

Oublié de tous, vieux, usé et en guenilles, il demande pitié, il réclame justice. Fo, son fou, seul encore à le suivre dans sa déchéance, demeure le dernier balancier qui le maintienne en équilibre précaire au bord de la raison. Précaire, en effet, car « le vieux sanglier a vu ses défenses se tourner contre lui et pénétrer son cerveau ».

Répudié par ses deux filles aînées, qu’il avait faites ses héritières au détriment de la benjamine, Li revient se venger, prêt à déchainer les tempêtes, les ouragans et le feu du ciel sur ses filles. Hélas ! malgré sa fureur, Li ne déchaine rien et les seules craintes qu’il suscite sont celles de Fo pour sa santé.

Avec l’espoir, c’est la raison qu’il perd et la folie qui le gagne. Lorsqu’il arrive tel une Parque dans la robe mortuaire de sa défunte femme pour juger et condamner, c’est son procès qui commence.

Jean-Claude Drouot s’empare du texte de André Benedetto pour le prendre à bras le corps, s’en imprégner complètement et le faire sien ; et de fait il est possédé, il est la folie, il est la colère, il est la fureur… la douleur aussi. La force de son jeu vous cloue une heure et demie durant à votre siège, admiratif. Il place la barre très haut et son partenaire, Serge Le Lay, est à la hauteur du challenge. Il renvoie la balle avec légèreté, stoïque face au maelström.

La mise en scène, d’une redoutable efficacité est appuyée par des lumières et un habillage sonore d’une rare qualité qui donnent au décor minimaliste une profondeur étonnante.

Lear et son fou valent décidément le détour par la place des Carmes, c’est une leçon !

Franck Glatigny

AVIGNON OFF. De circonstance : Urgent Crier !

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VU : Urgent Crier / Caubère joue Benedetto / Théâtre des Carmes – André Benedetto / 20h00 (Relâche le 19 juillet)

Philippe Caubère incarne ici l’acteur, l’auteur, le metteur en scène et l’ami. Il revient ainsi sur près de cinquante ans d’histoire du Théâtre et de l’un de ses piliers, André Benedetto.

Il en évoque les racines et sa condition d’acteur méridional, nourri de soleil, de mer, de vent, de joutes et de taureaux. On sent le bouillonnement du sang, la force et la passion ; la passion et ses vicissitudes, de l’amour et du plaisir à la haine, la déception et la colère qui le pousseront à s’engager sur la voie du théâtre politique et à fonder le Off.

D’anecdotes en digressions savoureuses, Philippe Caubère nous entraine à la rencontre d’Antonin Artaud et Bertold Brecht, entre lesquels André Benedetto avait trouvé sa place, mais aussi de Jean Vilar et de Maïakovski.

Sur fond d’images d’archives et de musique tantôt psychédélique, tantôt andalouse, jusqu’à « The End » des Doors (jouée par Jérémy Campagne, brillant lui aussi), il ponctue cette narration de textes forts et poignants, de clins-d’œil aux régisseurs, il s’interroge, il interpelle, on se régale !

Franck Glatigny

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