SANG & ROSES : Dans la Cour d’Honneur, un Guy Cassiers comme un mauvais « Son et lumières »

VU (hélas) : Sang & Roses, le chant de Jeanne et Gilles / ms Guy Cassiers / Tom Lanoye / Cour d’Honneur / Jusqu’au 26 juillet / 22 h.

Un public qui se défile en catimini dès la première demie-heure, un écran hyper-géant qui mange la muraille pourtant magnifique de la Cour, un plateau nu ou presque, sur lequel trônent quelques comédiens qui semblent perdus dans l’immensité, à l’image de ce dernier opus de Guy Cassiers sans chair ni idées… Jamais sans doute ce lieu magique, pourtant emblématique de l’excellence d’un Festival internationalement reconnu, n’aura accueilli une telle débâcle, oeuvre vide et prétentieuse digne d’un mauvais téléfilm d’Arte.

Deux heures et demi d’un ennui vertigineux où quelques -pourtant excellents- comédiens se débattent avec un texte (Tom Lanoye) tout juste bon à illustrer les cours d’histoire du primaire, écrasés par une technologie qui ne parvient pas à restituer quoique ce soit de leur inutile prestation. Un pitch linéaire, qui décrit platement ce moment des vies de Jeanne d’Arc et de Gilles de Rais, destins croisés de deux figures quasi-mythologiques, qui finiront tous deux sur les bûchers de l’inquisition…

Désincarné, sans vie, ce Sang & Roses est un objet vain, une coquille vide illustrative et décorative, dans laquelle rien, absolument rien ne se passe, pas plus que ne passe la moindre petite flamme qui pourtant éveillerait ce pensum fastidieux, évocateur du pire du théâtre des années 50, où sur ce même plateau, quelque metteur aussi peu habité et imaginatif donnait un énième classique vidé de sa substance…

On n’ose imaginer ce qu’un Castellucci, un Jan Fabre ou un Vincent Macaigne, ou même un Sivadier, auraient fait d’un tel thème, propice à des épanchements de sang et de feu, déployant la matière féconde de ce mythe en une tragédie shakespearienne, résurgeant toute la cruauté et la fureur sous-jacentes…

Mais Guy Cassier prouve là qu’il n’est qu’un petit metteur en scène sans imagination ni talent, parfaitement surévalué. Sa direction d’acteurs, tout juste correcte, ne rattrape pas la vacuité de sa mise en scène, statique, plate, désespérante d’ennui et de facilités. Aucune trouvaille, aucune idée, ne viennent troubler le fil tranquille de cette reconstitution historique sans saveur ni chair, un mauvais « Son & Lumières » dont même Le Puy-du-Fou ne voudrait pas.

Même la musique, pourtant fort belle, ne parvient pas à sauver cette défaite. Ces polyphonies du XVe siècle chantées a-cappella ne sont qu’un élément décoratif de plus, comme tout le reste de la partition de Guy Cassiers.

Quel gâchis que donner ce navet soporifique dans la Cour d’Honneur, dont Cassiers n’a voulu -ou pu, il y faut du talent- utiliser l’énergie extraordinaire que dégage ce lieu hors-normes, propice à un Théâtre magnifique. Une débâcle absolue, on vous l’a dit.

Marc Roudier

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Comments
12 Responses to “SANG & ROSES : Dans la Cour d’Honneur, un Guy Cassiers comme un mauvais « Son et lumières »”
  1. Henri LEPINE dit :

    Il semble bien, en ce qui le concerne, lui et d’autres que comme le chantait Georges Brassens, le temps ne fasse rien à l’affaire …

    • Damien dit :

      Wouah !!! H.L qui se fâche et se lâche …. Mes moustaches en frémissent. On dirait presque du Macaigne ! À quand le bain de sang ? Ne lisez donc pas ces critiques et contentez-vous des vôtres. Nul besoin de vous torturer en ce bel été !

      Moi aussi j’ai payer ma place monsieur henry et j’ai presque honte de vous l’avouer mais .. Pourtant fan de longue date du travail de Cassiers.. Je n’ai pas été sensible à son travail cette fois ci … Mais je ne vais pas m’étendre, sous peine de recevoir vos foudres.

  2. Henri LEPINE dit :

    Je pense que des spectateurs sont partis parce qu’ils avaient froid !

  3. Henri LEPINE dit :

    J’ai lu d’autres critiques et rencontré des spectateurs qui ont aimé ce spectacle… des gens compétents aussi ! Que votre critique sache faire la part de sa propre subjectivité qui ne lui donne le droit à aucun diktat… Pour ma part, j’ai fait aussi de la production de spectacles, et je sais trop le travail énorme que cela demande pour ne pas massacrer gratuitement un spectacle quel qu’il soit… Je ne parle longuement que de ceux que j’ai appréciés… Les autres, je préfère n’en point parler… Ma propre critique est sur le site http://www.latheatrotheque.com. Et je pense qu’elle vaut bien la vôtre ! Et la langue de bois dont vous parlez, je ne la connais pas ! Je vous précise que j’avais payé ma place comme tout spectateur lambda…

  4. benoit gregory dit :

    Tout a fait daccord avec la critique du bruit du off. De vrais acteurs qui donnent la chair de poule ne sont pas dans sang&roses.
    Nous avons tenu plus de 2h en attendant deseperement qqch…

  5. nous voyons ce spectacle demain mardi ! le seul du In que nous irons voir, nous gens du Off.
    Merci au Bruit du Off pour votre discours sans langue de bois, et droit au fait.
    Quand est-ce que vous venez découvrir nos Jolies Loques ? (à l’Esperluette à 18 h jusqu’au 31)… on est prêt à prendre tous les risques en vous invitant !
    bien cordialement

  6. Cette hargne méchante dans la critique me rappelle un autre blog…

  7. Henri LEPINE dit :

    Peut-on appeler cela une critique ? Certes, le spectacle est victime de son hyper technicisation ? Mais les comédiens sont excellents. Particulièrement les deux principaux rôles : Jeanne (Abke Haring) et Gilles de Ray (Johan Leysen). Certes, on peut émettre de sérieuses réserves sur la technique mais sur le plan du théâtre, c’est probablement l’une des pièces les plus intéressantes que j’ai pu voir… les plus bouleversantes aussi. Quand on se lance dans la critique, il faut savoir aussi et d’abord faire preuve de modestie !… Ce dont me semblent manquer singulièrement bien des chroniqueurs actuels…

    • Oui, c’est une critique, cher Henri, argumentée et informée. désolée, mais nous ne sommes pas la Presse Locale, où « tout est bon dans le cochon.. »
      Notre envoyé Marc Roudier, comme tous ceux qui travaillent avec nous, est suffisamment affûté au Théâtre pour ne pas s’autoriser à démolir un spectacle gratuitement…
      S’il le fait, c’est -et nous lui faisons confiance- que ce Sang & Roses le mérite certainement.
      ce n’est pas parce que l’on s’appelle Guy Cassiers, que l’on fait partie de la poignée de metteurs en scène « autorisés » et encensés par une certaine critique aveugle et parisianiste, que l’on doit se permettre tout et n’importe quoi.

      cordialement,
      Eléonor

    • et, désolée une nouvelle fois, notre chroniqueur, en l’occurrence ne se « lance » pas dans la critique, comme vous le dites avec malveillance : 20 ans au compteur, excusez du peu !

      Mais certes c’est un ton auquel vous n’êtes guère habitués, à La Marseillaise comme ailleurs…