AU CHÊNE NOIR : BIBI, LE SINGE SAVANT QUI EN REMONTRE AUX TRISTES ET AUX GRINCHEUX

AVIGNON OFF 2012 : Bibi, ou les mémoires d’un singe savant – mes : G. Gelas – Théâtre du Chêne Noir – 11h00

Création hivernale de Gérard Gelas, « Bibi » nous conte l’épopée extraordinaire et loufoque d’un orang outan de laboratoire, tour à tour majordome d’un vieil académicien, porteur de la valise de destruction massive du président de Franculie, singe de cirque ou cosmonaute.

Bibi, miroir de vérité sans compromis de l’absurdité de notre fausse Humanité, nous renvoie sans langue de bois toute la vacuité de nos sociétés soi-disant modernes. Il paraît par là-même la seule touche d’humanisme de cette pièce nous faisant passer au mieux pour de gentils ignares et au pire pour de sales bêtes de Panurge. Bibi n’aime pas l’ordre et, comme il le dit, « Mon sens à moi c’est le sens interdit ». Hymne à la liberté de pensée dans un monde de moutons et de pantins. Bibi est le seul être pur de cette pièce se permettant toutes les vérités, les bonnes à dire comme les mauvaises. Il se dit lui-même « anti-toutiste » mais ne soyons pas dupes, sous la plume d’Henri-Frédéric Blanc, cet étrange animal est surtout anti-toutiste de toutes les bassesses, de tous les faux-semblants.

Le texte d’Henri-Frédéric Blanc, auteur marseillais, nous plonge dans un univers déjanté, sans un brin de politiquement correct, avec la même folie salvatrice d’un bon Valetti, un Bibi aux accents de « Globul ». Tout lui est permis, il est le Maître du jeu, surfant sur la folie des hommes. Le verbe est cru, haut en couleur et universel.

Damien Rémy, acteur polymorphe, campe tous les personnages de cette fresque avec entrain, tour à tour drôle, touchant, élastique aux mains de ce texte et de la mise en scène. Il est Bibi, crédible et poétique. Il virevolte dans un jeu précis et efficace, sur un décor simple bien mis en perspective de lumières toujours bien léchées. La mise en scène, sobre, mise avant tout sur le Jeu de l’acteur et sur un texte dense, s’assurant de ruptures parfois hilarantes afin d’éviter le trop plein du texte.

Une pièce à découvrir au Chêne Noir, souvent drôle, acide, qui nous fait rire jaune, et sur le fond assez touchante.

Pierre Salles

Visuel : Damien Rémy dans Bibi, Photo Manuel Pascual

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