RIVIERA : UN MOMENT SENSIBLE AU CHENE NOIR

AVIGNON OFF 2012 : RIVIERA – mes : Gérard Gélas – Théâtre du Chêne Noir – 18h45.

Sur un texte d’Emmanuel Robert-Espalieu, Gérard Gélas met en scène la talentueuse Myriam Boyer, par deux fois lauréate du Molière de la meilleure comédienne, dans une création sur la vie de Fréhel, chanteuse réaliste de l’entre-deux-guerres.

Fréhel, déchirée par l’alcool et la cocaïne, adulée à ses débuts, finira seule dans le souvenir d’un Amour court et intense avec le jeune Maurice Chevalier qui fuira tous les excès de la petite « pervenche » dans les bras de Mistinguett. Gérard Gélas offre une Fréhel quasi errante, dans son appartement, décor sobre et sombre, parfois trop, hantée par ses démons et déchirures, le corps et le cœur en sang depuis son abandon par un Maurice Chevalier joué tout en justesse par le comédien Clément Rouault, fantomatique, éternellement jeune dans les souvenirs d’une Fréhel détruite par tous les excès d’un succès foudroyant.

Comment ne pas penser à Edith Piaf, qui comme Fréhel sont issues toutes deux des milieux les plus pauvres, ascensions fulgurantes et destins tragiques, femmes exceptionnelles de liberté et happées par la vie. Le jeu de Myriam Boyer reste sensible tout au long du spectacle et balance entre folie, résignation, et fulgurances lucides. Maurice est là, tout près d’elle. Toutes les nuits elle reste là, avec la peur de mourir, dans l’espoir qu’il l’emmène pour toujours. Une mort qui ressemblerait à une délivrance.

Myriam Boyer, malgré une première partie un peu trop sur la retenue, première oblige, joue avec sensibilité cette vieille dame, star déchue, aux cicatrices apparentes, aux blessures si vieilles et pourtant si vivaces. Elle n’attend que ça, partir sur la Riviera et son doux soleil au bras de son Maurice tant aimé, éternellement jeune dans ses souvenirs, l’aimant encore à la folie, passionnément, depuis toujours.

Seule fenêtre sur le monde réel, une jeune fille, fan depuis toujours, dont les apparitions contre-balancent la noirceur et la nostalgie du propos par des instants de fraîcheur. Tenu par Laure Vallès, le rôle aurait néanmoins mérité un jeu plus subtil, plus en accord avec la sensibilité à fleur de peau et la justesse de Myriam Boyer. Un beau spectacle, sensible et empreint de sentiments profonds.

Pierre Salles

Photo Manuel Pascual : Myriam Boyer dans Riviera mise en scène Gérard Gelas.

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