AVIGNON OFF : « Le Tartuffe nouveau », mis en scène par Gérard Gelas

TartuffeNouveau2 301 (93)

LEBRUITDUOFF.COM / 6 juillet 2014.

Le Tartuffe Nouveau / mes Gérard Gelas / théâtre du Chêne Noir / jusqu’au 27 juillet à 15h30

Directeur du Chêne Noir, Gérard Gelas reçoit en 2013 ce « Tartuffe nouveau » de Jean-Pierre Pelaez, adaptation contemporaine du Tartuffe de Molière. Si les alexandrins sont là, J-P. Pelaez, inspiré par le souffle irrévérencieux de Molière, a transposé l’œuvre de Molière à notre époque.

Un intérieur bourgeois Parisien. La famille Boyard héberge sous son toit Krüger (Tartuffe), bienfaiteur de l’Humanité, chantre de toutes les grandes causes, adorateur de la misère et surtout homme de télé, beau parleur, se servant allègrement du « charity business » afin de monter aux plus hauts sommets de l’Etat. Le plus dupe de la maison est François Boyard (Orgon), l’Homme de la maison, sorte de bouffon écrasé par une mère dominatrice et trompé sous son toit par sa femme dans les bras de Krüger.

Gelas opte pour un esprit de troupe, à la Molière, en costumes d’époque. Il nous décrit ces nouveaux tartuffes, toujours prompts à amener un sac de riz en jet privé pourvu qu’il y ait des caméras à l’arrivée. Ceux-là sont bien éternels, ces pique-assiettes de la misère, et l’adaptation de J-P. Pelaez est bougrement bien faite. On reconnaît là toute l’impertinence de Molière, auteur souvent monté de nos jours dans le ronron culturel de théâtres ouatés et pourtant bien des fois interdit en son temps. Mais l’irrespect et la clairvoyance sont bien toujours présents et l’auteur comme le metteur en scène nous les montrent d’une belle manière.

Gérard Gelas s’est entouré de fidèles partenaires, toujours l’esprit de troupe. Damien Rémy, excellent F. Boyard et Guillaume Lançon, conseiller de Boyard (Cléante), tous deux impeccables. Jean-Marc Catella, nouveau venu dans cette pièce dans le rôle de Krüger, est parfait dans ce rôle, charmeur, vicieux à souhait, faussement larmoyant, un plus par rapport à la distribution initiale qui pouvait souffrir d’un manque de charisme dans ce rôle éponyme. Au milieu de ces dupes, une bombe virevoltante, Théodora Carla, interprétant le rôle de « Consuelo » (Dorine). C’est elle qui mène le jeu et va démêler le vrai du faux. Elle campe énergiquement son rôle, toujours avec justesse et un indéniable sens du comique et du rythme qui nous donne fortement envie de la revoir très vite sur scène dans différents registres.

Un bon moment de théâtre, léger et impertinent, qui peut aussi montrer à tous que l’esprit de Molière n’est pas mort et que malheureusement, les travers de l’Homme retors sont toujours d’actualité. A montrer aux ados pour leur démontrer que Molière peut être associé à autre chose qu’à des costumes sentant la naphtaline ou à certaines cérémonies vieillottes de la télé et que son goût pour dénoncer les malfaisants est toujours d’actualité.

Pierre Salles
.
le-tartuffe-nouveau

Publicités

Commentaires fermés