« UN CADEAU HORS DU TEMPS », NOUVELLE CREATION DE GERARD GELAS

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LEBRUITDUOFF.COM – 12 juillet 2015

Un cadeau hors du temps – mes Gérard Gelas – Théâtre du Chêne Noir à 14h45 – Durée 1h10

Cette nouvelle création de Gérard Gelas sur un texte de Luciano Nattino est présentée avec pertinence comme un thriller psychologique à huis clos. La pièce est prenante et pleine de rebondissements, parfois drôles, parfois profondément émouvants.

Un curieux personnage, atteint de la maladie de Charcot, séquestre une jeune neurologue et lui offre un revolver pour le tuer. Les motivations du malade sont floues, complexes, parfois irrationnelles et contradictoires. On ressent avant tout un besoin impératif et urgent de parler, de faire savoir. L’action et les rapports entre les personnages évoluent progressivement. La neurologue, tout d’abord importunée, inquiète, s’intéresse à cet étrange malade qui va au-delà de ses connaissances scientifiques de la maladie, qui lui apporte un ressenti, un témoignage, un éclairage humain qu’elle a probablement négligé jusqu’à présent.

Le malade témoigne des souffrances et de la mort d’un ami atteint de la même maladie que lui. Le corps inerte, intubé et assisté devient dépendant. La gaité et l’espoir du petit matin qui subsistent parfois s’étiolent dès que les premières pensées s’éveillent. Son ami s’appuyait sur sa foi, lui ne l’a pas, ou plutôt il ne sait pas… Mais comment un esprit vif, sensible, doté d’une farouche envie de vivre et de communiquer peut-il se retrouver progressivement emprisonné dans un corps à la dérive qui s’éteint progressivement ?

La mise en scène, fluide et soutenue, souligne l’atmosphère inquiétante et étouffante de ce huis clos dans un décor qui nous plonge dans le réalisme froid d’un cabinet médical, écrasé par d’immenses toiles de Gérard Alary dont l’expressionnisme abstrait et puissant semble se faire l’écho de nos tourments intérieurs. Les acteurs sont remarquables de justesse. On retiendra la performance de Jacques Frantz, massif et fragile, parfois inquiétant, sensible, dans un jeu plein de retenue et d’émotion.

A priori cette pièce est celle d’un auteur, Luciano Nattino, qui propose classiquement un texte, un scénario et des personnages de fiction. Elle est sans doute beaucoup plus que cela. Gérard Gélas nous informe dans sa notice de présentation que l’auteur est lui-même atteint de la maladie de Charcot dans une forme avancée. Dès lors, même si l’auteur réfute tout aspect autobiographique, ce contexte donne aux mots une résonance particulière qui sonne juste, qui nous frappe de plein fouet. Le vécu se ressent et apparaît inéluctablement en filigrane à travers la fiction.

Quoi de plus fort, de plus intime et de plus sincère qu’un artiste qui met en scène avec courage et lucidité son chemin de croix et son issue fatale ?

Jean-Louis Blanc

Photo Manuel Pascual

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