AVIGNON 2016 : ENTRETIEN AVEC GERARD GELAS

GERARD GELAS -

LEBRUITDUOFF – 9 juillet 2016.

ENTRETIEN avec Gérard Gelas, Théâtre du Chêne Noir

A la veille des 50 ans du théâtre du Chêne Noir, Gérard Gelas, son directeur artistique n’est pas content. « Comme d’habitude » diront certains, « un artiste qui est content n’en est plus un », répondront d’autres, à raison. Coupe budgétaire ou baisse de subvention, quelle que soit l’appellation qu’on lui attribue ; les subsides fondent et Gérard Gelas ne peut contenir une véritable angoisse : celle de préserver son équipe autrement dit ceux qui permettent les 500 levers de rideaux annuels. Alors que se dessine le festival cru 2016, il nous reçoit en son antre l’œil toujours malicieux certes, mais quelque chose a changé… Est-ce une certaine lassitude ou une colère froide ? Probablement les deux mais une chose est certaine : ce n’est pas sans danger pour les édiles !

Gérard Gelas, avant tout, parlons théâtre. Quel regard portez-vous sur la création d’aujourd’hui ?
Gérard Gelas : Curieux toujours ! Et là, pour le coup, je vais faire preuve d’un soupçon d’optimisme (rires). J’ai le délicieux sentiment d’une forme de renouveau, d’un quelque chose qui naît ou renaît. On a l’impression que le spectacle aseptisé, ultra-conformiste des 15 -20 dernières années est en train de se secouer les plumes. Crise d’identité, crise économique, crise politique ou crise tout court ; les bouleversements de ce foutu monde semblent être des sujets dont s’empare la création actuelle. Il était temps. Pour autant, je porte un regard très inquiet sur la jeunesse de notre société. Elle reste rivée sur ses « écrans à la con » et consomme ainsi ce que les décideurs, les faiseurs de pognon veulent : c’est très effrayant !

Pour ce Off 2016, vous reprenez « Histoire vécue d’Artaud – Mômo », un vrai pari ?
C’est surtout Damien Rémy qui prend le pari, que dis-je, le risque ! Voilà, ça, c’est un comédien, un vrai, un pur, un dur. Jouer tout le festival cette pièce si exigeante, si demandeuse d’une folle énergie : il faut être franchement secoué et doué surtout. Il donne tout, sort du plateau laminé et joue donc sa vie à chaque représentation. Cela me fait penser à Léo Ferré quand il disait : « Un artiste, ça pue des pieds ». L’image est parfaite et juste. Il y a peut-être dans la volonté de reprendre ce travail, celle de revenir à l’essence, aux fondements, à la source d’un théâtre de combat et le moment me paraît particulièrement bien choisi (sourires).

Comment définir la programmation du Chêne Noir pour ce Off 2016 ?
Ouverte, les bras du Chêne Noir sont grands ouverts, vous le savez bien ! En tout cas ouverts au monde, ouverts au texte, ouverts aux interprètes. Le Chêne Noir est un théâtre ouvert au théâtre, quoi ! Le public le sait mieux que personne et je ne doute aucunement de l’affluence que l’on va constater encore cette année. N’oublions pas la musique, toujours présente ici et puis en quoi la musique n’est-elle pas une forme de théâtre ? Une de nos salles est dénommée « Salle John Coltrane », ce n’est pas pour rien ! Plus sagement, nous avons concocté une programmation à l’image de notre travail de toujours : de la qualité, de l’exigence, cela va sans dire et de l’ouverture à la pensée, à la réflexion, à l’humanité.

Cette édition pourrait de nouveau être perturbée par un mouvement des intermittents. Qu’en est-il de Gérard Gelas à ce sujet ?
Vaguement désabusé. En tout premier lieu, je tiens à leur apporter tout mon soutien. Je le dis haut et fort, s’il faut fermer, on fermera, point final ! Pour autant, j’aimerais quand même que l’on m’explique quelque chose dans le fonctionnement de ce pays. Comment peut-on se retrouver chaque année avec les mêmes problèmes ! On nous a dit l’année dernière : « c’est tout bon, tout est réglé ». 10 mois plus tard, rebelote ! Franchement, mais qu’est-ce qu’ils foutent là-haut ! C’est donc cela la politique aujourd’hui, on règle les problèmes à très, très court terme. On ne les règle pas, donc, on les repousse. Ils s’étonnent après que nous aussi, on les repousse !

Passons aux problèmes que rencontrent les Scènes d’Avignon, donc le Chêne Noir avec la ville d’Avignon.
Et voilà ma colère qui remonte ! Comment dire… Il se pose quand même la question de la méthode. Quand Cécile Helle prend les clefs de la ville, on consent tous à faire un effort pour son premier budget, 2015 donc. Là où le bât blesse, c’est la façon d’opérer pour l’exercice 2016. Nous sommes alertés au dernier moment d’une nouvelle coupe alors que moi, j’ai bloqué mon budget bien en amont. Je ne voudrais pas donner des leçons de comptabilité mais cela ressemble un peu à de l’amateurisme. Je rappelle que le ministère de la culture considère qu’un établissement culturel est bien géré quand il atteint 18 % d’auto-financement alors que le Chêne Noir atteint les 48 %. Alors oui, on pourra toujours dire que cela peut justifier une baisse des aides publiques, sauf que ces petits malins oublient un détail, de taille : la billetterie du Chêne Noir est au taquet. Si je ne peux augmenter les recettes, je fais comment ? Et là, plus de petits malins, plus personne. Vous voyez, j’en suis à parler chiffres, comptabilité, bilan… Et voilà ma colère qui remonte ! Arrêtons là, allons au théâtre, allez au théâtre, enfin, s’ils sont toujours ouverts…

Propos recueillis par Vincent Marin

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Comments
One Response to “AVIGNON 2016 : ENTRETIEN AVEC GERARD GELAS”
  1. inesetmarion dit :

    Léo Ferré disait: « Un poète, ça sent des pieds ». C’était juste une précision.

Attention, nos commentaires sont modérés : pas d'auto-promo ou de pub déguisée, ça ne passera pas. Pas plus bien sûr que les insultes. Merci.

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