AVIGNON OFF : LE JOUR D’APRES… (RETOURS D’UN CHRONIQUEUR)

LEBRUITDUOFF.COM – 28 juillet 2018.

AVIGNON OFF 2018 : Le jour d’après… (Retours d’un Chroniqueur du BDO)

Très curieuse impression que celle de se réveiller – comme après une nuit d’ivresse – encore habité par les lumières et musiques envoûtantes, les personnages fabuleux, les dramaturgies hors pair, les scénographies déboussolantes, les mots et les corps offerts dans une générosité éclatante, les récits mis en abyme renvoyant à notre condition d’humble humain – les pieds arrimés au sol et la tête dans les nuages – dévoré par une quête insatiable de poésie, d’absolu… Bien sûr dans ce paysage (trop ?) luxuriant du OFF, il y eut quelques rencontres qui n’étaient pas indispensables, mais si peu… Quand on a pris soin d’établir un pré-choix autour de critères simples (thème, compagnie, théâtre d’accueil, soutiens, bouche à oreille… et présélection établie minutieusement par les contributeurs du bruit du off !), on limite les risques de débâcles toujours possibles tant l’avidité des marchands du temple est aiguisée par le soleil anesthésiant qui brille sur Avignon, en ces juillets dédiés au Théâtre.

Dans ces conditions sur la vingtaine de spectacles que j’ai vus dans le OFF, l’immense majorité m’a comblé… en m’offrant le plaisir indicible d’ouvrir des brèches dans l’édifice construit, année après année, de mon identité de spectateur. Arrivé à surprendre, à faire perdre l’équilibre des assurances acquises, c’est à mes yeux la plus grande vertu d’une « création » qui en mérite le nom.

D’abord, sans s’y attarder trop (quoique)… une déception, Françoise par Sagan adaptée et interprétée par Caroline Loeb dans une mise en scène d’Alex Lutz. Tout sur le flyer la rendait pourtant séduisante… et la rencontre n’eut pas lieu, l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise vendue (sic) par une officine parisienne soucieuse de rentabiliser les retombées d’une nomination aux Molières – « Nomination 2018 Seul(e) en scène Les Molières », se détachant en couleur rouge et jaune sur fond noir. Le produit présenté sur papier glacé n’est que pâle reproduction de l’original, indomptable, sulfureux, scandaleux, un assassinat en règle d’une femme exceptionnelle de liberté à tous crins. Vouloir, pour plaire aux beaux esprits pétris de pensées comme il faut, en présenter une version « tout public » en mal du frisson déliciiiieux de l’encanaillement, est d’une vulgarité « intéressée » à fuir…

Voilà pour le coup de sang, ça fait parfois du bien de purger « Kant à soi » les mauvaises passions. Quant à Vertiges, de Nasser Djemaï, qui a rencontré son public, s’il est honnête dans le travail appliqué présenté et non sans pertinence dans le choix du sujet abordé, le traitement lisse qui en a été réalisé, à effets convenus, ménage trop peu de surprises pour que je le retienne.

Viennent ensuite sans transition les bonnes, voire les très bonnes rencontres. Le dernier Homme, de Julien Gelas avec Paul Camus ; A la renverse, Karin Serres / Pascale Daniel-Lacombe ; La Musica Deuxième, Duras / Baronnet ; Portrait Bourdieu, Guillermo Pisani avec Caroline Arrouas ; Le Mémento de Jean Vilar, Jean-Claude Idée ; La véritable histoire du cheval de Troie, Virgile, Homère / Cie Brozzoni ; La Putain Respectueuse, Jean-Paul Sartre / Gérard Gelas.

Puis, peut-être, les très très bonnes rencontres avant le bouquet final… Vania, une même nuit nous attend tous, Tchekhov / Julien Sabatié-Ancora ; Eloge de l’amour, Alain Badiou / Caroline Ruiz ; Plus grand que moi, Nathalie Fillion ; Les Années, Annie Ernaux / Jeanne Champagne ; Les Carnets d’un acteur, Dostoïevski, Shakespeare, Psaumes et Qohélet / Cie Alain Timar avec Charles Gonzalès.

Enfin le graal* de cette édition 2018, dans l’ordre de l’extase (je m’emballe…)… L’établi, Robert Linhart /Cie Du Berger ; La Géographie du Danger, Hamid Ben Mahi ; La mort (d’) Agrippine, Cyrano de Bergerac / Daniel Mesguich ; Le Maître et Marguerite, Mikhail Boulgakov / Igor Mendjisky ; et… Convulsions, Hakim Bah.

Voilà en toute subjectivité délibérément assumée, ce que je pourrais dire de cette édition du OFF 2018, à bien des égards, passionnante*. A suivre…

Yves Kafka

* Il s’agit bien sûr de l’avis personnel de notre chroniqueur, et n’engage nullement la rédaction du BDO (NDLR)…

Image : La Mort d’Agrippine, Daniel Mesguich, donné au Chêne Noir.

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