« OPA », BEAUTE FATALE SANS FATALITE

OPA

lebruitduoff.com – 27 juillet 2021

AVIGNON OFF 2021. « OPA »- Conception et jeu : Melina Martin – Collaboration artistique : Jean Daniel Piquet – Théâtre du Train bleu.

Hélène de Troie, la plus belle femme du monde, elle comprend pas trop pourquoi c’est elle mais ça la flatte que les hommes à quatre pattes derrière elle trépignent en fil indienne, un jour sur un balcon grec alors qu’elle fume une cigarette avec le soleil, Pâris bien baraqué débarque et l’embarque à Troie où elle sera violée chaque soir pendant les 10 ans de guerre qu’on mène pour la ramener alors autant choisir la seconde version de l’histoire dans laquelle amoureuse de son ravisseur elle effleure un peu plus de bonheur quand ne tombe pas la poudre magique d’Aphrodite jetée sur ses yeux – la troisième version n’y songez pas, elle vit en Égypte pendant qu’une poupée sexuelle fantôme est à Troie.

« On arrive à ma partie préférée (moi c’est mon spectacle préféré) donc si vous aimez (oui oui oui !) ce sera au-delà de toute attente » (rire des spectateurs, il y en a à foison pendant tout le spectacle) Musique, mariage, danse délicatement classique puis gracieusement effrénée, récitation d’un poème, tout ça en cette jolie robe blanche qu’elle ne parvient pas à fermer car son corps ne rentre pas dans l’image stéréotypée qu’on a du corps féminin, car ses épaules sont larges, épaules où pèse un poids énorme qu’elle nous fait oublier en les remuant sans cesse dans la joie.

Hélène a été enlevée mais elle se lève encore, toujours, debout sur une chaise même quand c’est la douche froide qui lave son triomphe, debout, assise, ou ballerine sur la pointe des pieds, pour raconter avec un ton aux couleurs variées, ingénu dans les yeux ou orgueilleux pour jouer, un ton qui fait comme un chant de sirène ; c’est qu’on on est au paradis, qu’on tombe en pâmoison devant celle qui passe du rire nerveux au silence subtilement cynique, qui pleure trois longues larmes sourire si pur aux lèvres avant de hurler corps raidi jambes écartées hurler et jamais cri n’a été aussi vrai.

On ne tombe pas amoureux d’une pauvre Hélène endolorie mais de cette manière qu’elle a de se révolter contre la douleur, sourire qui pardonne aux lèvres, qui pardonne sans s’excuser. Le féminisme de cette Hélène de Troie modernisée n’est jamais victimaire et s’il nous tire des larmes c’est pour qu’on puisse nous aussi tirer avec. Tirer avec elle, Hélène de Troie et Mélina Martin car les deux femmes portent le même visage et les mêmes convictions, tirer à coups de regards, de questions, de rires, de mains tendues, hop monter sur scène prendre la place de Pâris, et préférer – comme le suggère la traduction hellénique du titre – « admirer » la plus belle des femmes plutôt que de haïr un homme qui peut tout faire sauf ternir sa beauté.

Célia Jaillet

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