« IPHIGENIE A SPLOTT » : ATTENTION PEPITE ! LÂCHEZ TOUT ET COUREZ-Y !

Lebruitduoff.com – 15 juillet 2023
AVIGNON OFF 2023 – Iphigénie à Splott – Texte de Gary Owen – mes Georges Lini – avec Gwendoline Gauthier – 26 juillet 2023 à 10h20 – Le 11
On encaisse !
Attention, pépite, lâchez-tout, lisez ci-dessous !
Après avoir couru toutes les rues et théâtres d’Avignon à la recherche de la rumeur du fameux « coup de cœur » du festival, je peux vous dire que là, avec Iphigénie à Splott, au 11, à 10h20, vous en avez un de coup, au cœur, à l’âme, au jeu, au texte, à la musique, à tout…
Ce qui est singulier dans ce spectacle, c’est le titre déjà, en trompe l’oeil… Iphigénie à Splott faisait penser à énième version de Iphigénie et je dois dire que, pour cela, j’y allais à reculons, un peu de modernité que diable… et on verra plus loin que non. Il ne s’agit pas de cela, mais pas du tout. Iphigénie est le prénom de la protagoniste qui répond dans la pièce au surnom de Effie…
Ce qui est singulier aussi, c’est le texte de Gary Owen – et là, on tient un auteur ! Son âpreté, sa vulgarité (parfois), mais son intrusion dans le quotidien d’une certaine couche sociale et sa façon de le traduire leur misère en offrant une vision d’un monde qu’on nous cache et qui existe – chapeau aux traductrices Blandine Pélissier et Kelly Rivière d’avoir si bien donné le rythme de cette langue dans la nôtre.
Ce qui est singulier enfin, c’est Gwendoline Gauthier qui joue Effie et qui est du niveau de la comédienne française, toujours plus vraie que nature, Sarah Forestier (et c’est donc un compliment). Gwendoline est tellement toujours juste, engagée, précise et folle, puissante que dès la cinquième phrase, on est embarqué pour une heure trente d’un récit dont on ne sortira pas indemne.
Dans une scénographie minimaliste, entourée de trois musiciens, Gwendoline Gauthier n’utilisera que très peu le fauteuil club de cuir rouge callé entre les instruments de musique… Comme le disait Jouvet, elle attaque en falaise, car le texte lui commande de donner tout de suite une tonalité très agressive comme peuvent l’être ces jeunes désœuvrés dans les centres villes modernes. Ici, dans cette ville du pays de Galles, Effie est bourrée dès onze heures du matin. Pas loin d’elle, il y a Kevin qui a les cuisses inversement proportionnés à ses bras bodybuildés. C’est un autre paumé qui lui sert de copain – amant et puis Line, la coloc, qui ne doit pas boire que du lait ni sucer que des glaçons…
Ces jeunes, comme beaucoup d’autres n’ont rien à faire de leurs journées, de leur vie dans ces villes fantômes ou tout a fermé, où tout est fermé ! On est agressif avec les passants. Un soir, on sort. On capte le regard d’un gars… On fait vite à se débarrasser d’un compagnon gênant pour fondre comme une buse sur ce bellâtre… Pas de chance, il n’est pas tout à fait comme on l’espérait, attendait… Un soldat qui n’est pas sorti indemne de sa mission… On quitte la boite. On est étonnée d’être si bien traitée. On se donne à cœur perdu dans un corps à corps nocturne puissant… Moment qui laisse des traces et fait des petit(e)s…
Gwendoline donne corps (et à 10h20 du matin, ce n’est pas facile !) à toutes ces situations. La musique transforme cela en oratorio. Effie scande son histoire, son mal être, son bonheur, sa déception. Elle sera tour à tour une femme en crise, une femme qui en veut à la terre entière et qui passe par des cuites mémorables ses états, puis une femme amoureuse prête à tout pour conserver une chose à laquelle elle ne s’attendait pas, puis magnanime empêchant des jeunes, des vieux, des gens de mourir par un choix qu’elle fera… Alors Salope ou pas Effie… On vous laisse découvrir ce moment intense de théâtre… moi, je n’en suis toujours pas revenu !
Emmanuel Serafini

































Attention , une version plus modeste par l’ampleur mais tout aussi intense par l’interprétation fut donnée à Artephile en 2021 et 2022
Je reste sur ce souvenir puisque je n’ai pu voir celle du 11-bd Raspail , salle comble jusqu’au dernier jour !