« WELCOME », FORMIDABLES HAÏKUS VENTRILOQUES

lebruitduoff.com – 18 juillet 2023

AVIGNON OFF 23. Welcome – Théâtre du train bleu, à 17H – Chorégraphie et interprétation : Joachim Maudet avec Pauline Bigot et Sophie Lèbre.

Trois interprètes, tee-shirt jaunes aux torses, quasiment immobiles, visages suspendus dans l’expression figée d’une incrédulité constante, se mettent à parler, lèvres entrouvertes, voix naturelles, ventriloques surprenants au talent indéniable. D’emblée, le décalage entre les traits figés qu’ils affichent et leurs paroles décontractées les rend indéniablement amusants. Ce comique se poursuit par une rupture assumée du 4ème mur : les trois trublions, écarquillés, se mettent à nommer les personnes présentes dans la salle, dont moi, commentent les tenues vestimentaires, devinent des âges, souhaitent des anniversaires : sans jamais remuer. Cela ressemble à un exercice d’improvisation, à des rires de gargouilles, à un deux trois soleil, à des jeux d’enfants où le collectif prime dans le travail de déformation du sens et des formes.

De la même manière que leurs déplacements sont quasiment imperceptibles – et qu’on ne les voit jamais cligner des yeux -, les images et les sons glissent au fil du spectacle avec fluidité, liquidité. Le joyeux anniversaire bascule en chant mystique, puis en vrombissement d’avion : les bruits se creusent et s’enfoncent sans aucun heurt, dort / dehors / dire / ordure, tout se métamorphose sans que rien ne soit abandonné ou inventé et on se retrouve quelque part sans remarquer qu’on y est allé. C’est à mon sens une réflexion pertinente qui se trouve ici développée : comment passer d’un état à un autre au théâtre, où les corps dans leur plus grande vulnérabilité ne cessent de trembler, saccadés ? Comment rendre le mouvement limpide pour orchestrer un grand spectacle où la causalité est reine, curieusement disséquée ? Et quelle valeur théâtrale possède ce qui s’enchaîne, se poursuit, sans jamais faire sursauter ?

L’intérêt de cette fluidité tient au décalage dont elle est empreinte : le comique peut s’y développer parce que d’un côté le corps est fixe et de l’autre le texte s’emballe, se réjouit. Les interprètes semblent être situés au deuxième degré d’eux mêmes, interprètes enfermés mais non moins excellents. Au fur et à mesure que le ralenti s’accélère, le spectacle gagne en intensité. La batucada fait sortir les langues, bouger les têtes : à la fin du spectacle, on atteint un paroxysme épileptique d’impétuosité, le déchaînement repousse perpétuellement ses limites, alors on rit, par jouissance ou par malaise, avec les dents, la langue sortie, et en sortant on a la certitude que ces tableaux nous laisseront longtemps un goût de sourire dans la bouche.

Célia Jaillet

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