« COEUR SERRÉ », QUAND LE THÉÂTRE PARLE -AUSSI- DE LUI-MÊME

Lebruitduoff.com – 25 juillet 2025
AVIGNON OFF 25. « Coeur serré » – Cie Libre d’Esprit – mes Nikson Pitaqaj – Théâtre L’épiscène à 11h20.
Bien sûr, cette pièce montée par Nikson Pitaqaj sur un texte de Valérie Durin évoque l’emprise à tous les étages : depuis la sphère privée -amoureuse, familiale- jusqu’à la sphère professionnelle, en l’occurrence ici l’univers d’une troupe de théâtre dirigée par un metteur en scène fantasque et tyrannique.
L’emprise psychologique donc, ce « marronnier » de la psychologie universitaire et des « Closer » en tout genre, est au centre de cette création : on ouvre sur le domaine familial, avec une mère visiblement dominante et une soeur acariâtre… Puis on passe au grand méchant, l’amoureux, un sale type égocentré qui harcèle moralement notre « héroïne », une comédienne un peu paumée, pas sûre d’elle… et, naturellement on glisse vers l’univers professionnel d’Armelle, où sévit un autre sale type, metteur en scène de son état, donc. Sur cette trame, Nikson Pitaqaj développe le fil de sa narration chorale. Huit personnages qui ont trouvé leur auteure s’expriment frontalement au public et filent leur histoire individuelle et collective à la fois, pourrie par cette toxicité trouble de leurs harceleurs psychologiques. On est au coeur -serré- du sujet.
Mais au-delà de ce thème hélas de tout temps d’actualité, « Coeur serré », met en place un subtil effet de miroir -quasi une auto-critique- du rôle ravageur d’un chef de troupe -on pourrait l’étendre à celui d’un directeur de théâtre- et c’est cet aspect-là qui nous a paru très intéressant : le théâtre qui se regarde lui-même, sans complaisance et sans pitié. On pourrait développer à l’infini, tant l’univers théâtral est gangrené par la figure du « maître » et dictateur avéré, qui terrorise et martyrise ses « sujets » avec délectation… Un univers impitoyable et des symboles toxiques de l’autorité -patriarcale bien souvent mais pas que- que Pitaqaj connaît évidemment sur le bout des doigts…
Sur une mise en scène sobre et une scéno astucieuse, les huit comédiens -plutôt bons d’ailleurs- parviennent à nous entrainer à coeur ouvert dans les tréfonds de leur trouble face à cette emprise permanente qui les assaille et les dérègle. Jusqu’au final où notre héroïne semble enfin ouvrir les yeux sur sa propre inaptitude à gérer émotionnellement sa vie privée, comme professionnelle.
Un théâtre de proximité, concernant, qui nous amène au coeur de la perversité humaine qui, depuis la nuit des temps, a su créer et faire prospérer ces harceleur(se)s, figures récurrentes des rapports sociaux.
Marc Roudier
Photo copyright MOTRA

































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