AVANT-PREMIERE OFF. « VOUS PARLER DE MON FILS », L’HOMOPHOBIE QUI TUE

AVANT-PREMIERE OFF 26. « VOUS PARLER DE MON FILS » – Matthieu Touzé – Théâtre Transversal, Avignon Off, du 4 au 25 juillet.
Des amours qui n’en finissent. pas. Il y a aussi celui pour un fils. Un fils mort d’avoir été trop harcelé. Comme un jeu. Pervers. Ignoble. Un fils mort à quatorze ans. Alors ce père qui parle. Ce père taiseux qui se débrouille avec ses mots pour dire cette impuissance. Cette douleur infinie. Il est là. Immobile. Mains croisées. Immense de douleur contenue. Longtemps comme ça. Il semble lire le texte. Il le dit. Il crée une musique de tristesse. Une douleur sourde et hypnotique. Mot après mot. Pas à pas dessine le douloureux paysage de l’absence. Du manque irrémédiable. L’histoire du fils. Terrible. Terrifiante. Et tous ces mots qui tuent. Petit à petit. Mathieu Touzé est allé à nouveau à l’essentiel du texte de Philippe Besson. À ce qui blesse. L’insupportable limite. Là où se fait la bascule. Le point de non retour.
Ici, à nouveau l’homophobie. Écoeurante. Imbécile. Cruelle et incompréhensible. La différence. Les préjugés. Tout ce fatras d’idées nauséabondes. Et la mort d’un gamin.
C’est le jour de la marche blanche. Et lui, le père, sans colère. Il nous dit Juliette la mère. C’est elle qui parle d’habitude. C’est elle qui parlera un peu pour remercier. Marche blanche. Chemise blanche. Écran blanc aveuglant de vérité. Et ces mots gigantesques. Tout à coup. Je vous déteste. Les mots du fils. Hugo. Hugo l’insulté. Hugo sali. Hugo humilié. Arthur Rimbaud le poète sur le mur de sa chambre. Et de la pop dans les oreilles.
Alors oui il y a quelques notes de musique. Parfois. Dans le lointain. Presque en sourdine. Comme une respiration. Comme ces fleurs sur la table du salon. Tristes et dérisoires. Des fleurs comme celles insupportables des funérailles de Luca Salieri. Ces cris de mouettes comme de petits cris de liberté dans le port de St Nazaire. Cette musique qui vient emplir l’espace comme une symphonie de silence. Un chœur païen pour exorcisme. Une marche blanche.
Il nous dit Enzo le petit frère. L’absence définitive. Il nous dit le jardin promis au petit frère. Mathieu Touzé nous dit un peu du lendemain.
Le récit est un moment très fort. À la fin un temps se passe. Applaudir. Oui. Bien sûr. Mais avec au ventre cette colère d’une bêtise crasse.
Au salut, Mathieu Touzé est visiblement ému.
Arthur Lefebvre





























