ROUGE PUTE, PUISSANT ET INDISPENSABLE 

lebruitduoff.com – 5 juillet 2026

ROUGE PUTE  – De Perrine Le Querrec – Mise en scène Perinne Maurin – Théâtre du Train Bleu – Du 4 au 23 juillet à 16h05 – Relâche les 10 et 17.

D’abord un long silence dans la lumière blanche. Et son regard. D’une infinie tristesse. Rouge pute. Deux mots qui claquent. Rouge violence. Rouge pour les lèvres des putes. C’est cela qu’elle dira à la fin. 

« Au début tu n’as pas peur. Tu vis avec un homme que tu aimes. Et qui t’aime. » C’est ce qu’elle dit dans la lumière blanche. Avec le souffle du saxophone qui vient doucement. Presque comme une caresse. Illusoire caresse. 

Au début. Elle le dit et le dit encore. Au début. Au début. Manière de préciser les choses. Manière de ponctuer. Tout ce qui adviendra désormais dans cette violence cachée. Redite des mots comme à chaque coup porté. À chaque insulte crachée. Comme pour exorciser  toute cette violence. Du quotidien. Habituelle. Sourde. Banale. Sécrète. Chaque mot dit choisi. Avec sa force. Sa douleur. Son impuissance.

Et la musique éclate. Quand il est déjà trop tard. Quand l’engrenage. Quand l’emprise. Les excuses. Les pardons. Les belles paroles . Et tout ce semblant d’amour qui repart. Alors le saxophone se déchire. Déchire l’espace. Les sons tordus. Éraflés. Grattés comme des écorchures. Les rythmes comme des pulsations. Battements de cœur. Battements de coups. Les mots. Les sens. Elle toujours le regard bleu. Dans la lumière. Ou les ténèbres d’une immense solitude. Et ses mots qui disent. Qui écorchent eux-aussi, Son rouge de pute qui suinte à travers eux. Son corps qui tremble. Qui danse. Une danse presque macabre. Syncopée. Hachée. Disloquée. Elle fardée pour oublier un visage tuméfié. Et les mots répétés. Encore et encore. Coups portés. Coups reçus. Cinq sur cinq. La peur. La fuite. Le combat. Le combat. Désespérance. Partir ? Le trou noir. Partir ou rester. Impossible choix. La mort si présente. « Tu choisirais quoi toi ? » mauvais choix. Plaider indéfiniment coupable. Quand les nuits sont profondes. Inquiétantes. Comme peuplées à tout jamais d’inévitables cauchemars. Achève-moi. Dit-elle. Elle chantonne. Et la musique comme une vague salvatrice et bienfaisante. Comme une renaissance. Possible. Peut-être. Elle part tranquillement. Rouge pute. Du rouge pour les lèvres. Un possible sourire. Magnifique.

Elsa Pion, actrice, Antoine Arlot et Romain Aweduti musiciens live sont tous trois magnifiques. Le spectacle est d’une grande puissance. Beau. Émouvant. Juste. Le texte de Perrine Le Querrec dit avec force et poésie une réalité difficile. La mise en scène de Perrine Maurin est d’une grande sobriété. Ensemble ils donnent à l’art cette fonction essentielle de nous parler du monde.

Arthur Lefebvre 

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