TABLES D’AVIGNON : Celles qu’il faut éviter…

LA DESOLANTE TRISTESSE DES TABLES AVIGNONNAISES…

Tout le monde le sait, on mange très mal à Avignon… et fort cher. Les raisons, historiques, en tout cas factuelles, en sont multiples, la principale étant que nos chers restaurateurs font l’essentiel de leur chiffre d’affaire pendant le festival…Pour certains, cela peut même atteindre 80 % de leur bilan de l’année ! Pas étonnant après qu’ils délaissent leur clientèle « naturelle » locale, certains fermant même leur boutique six mois durant. C’est le cas, par exemple, de l’Epicerie, Place St-Pierre, pourtant l’un des plus acceptables du secteur. D’une manière générale, Avignon est un véritable temple de la malbouffe, qui plus est souvent à des prix défiant toute imagination. Une très mauvaise habitude, prise très tôt depuis que le Festival attire un nombre incroyable de visiteurs.

Même si c’est d’actualité, nous ne parlerons pas ici de ce Quick meurtrier, qui empoisonne allègrement ses clients dans la zone commerciale. Son gérant mérite la correctionnelle, point, et ce ne sont pas les dénégations de sa société mère qui y changeront quoi que ce soit : de toutes façons, Quick, Mc-Do, Flunch, même combat. Tous des empoisonneurs.

Au-delà de cet épiphénomène (malheureusement généralisé dans nos belles provinces et emblématique de la colonisation des gras et des sucres dans l’industrie gastronomique française), il y a, à Avignon, une réalité des (mauvaises) tables spécifique, hélas peu à son honneur. Petit tour du propriétaire :

Place de l’Horloge et Place du Palais : Là, on atteint les sommets de la restauration « touristique » : Steacks surgelés et mal cuits, pizzas réchauffées à peine décongelées, soi-disant « spécialités locales » comme au Mistrau, servies froides et mal-préparées, à 23 euros l’assiette ! La Couscousserie de l’Horloge, elle, continue de faire le plein de comédiens de passage. On se demande bien pourquoi ! Ne parlons pas du Forum de notre ami Mansour (un vrai professionnel !!!), dont l’addition pour une bouffe dégueulasse, est corrélative aux charges de son nouveau dada électoral. Il est vrai qu’une campagne aux Cantonales peut coûter cher… Reste La Civette, jadis haut-lieu du tout-Avignon « intellectuel » et artistique, qui a su, grâce à ses nouveaux propriétaires, renouer avec une cuisine basique certes, mais fort acceptable et abordable (le midi). La Fourchette (derrière la mairie) est pas mal encore, même si pas donnée, mais bon, pas de quoi casser trois pattes à un canard. De même que Le Moutardier, Place du Palais, dont la terrasse est effectivement assez agréable l’été (avec vue sur l’éléphant) et le menu sérieux (mais cher). A la Balance, l’incontournable Brunel fait encore les beaux jours des Avignonnais… Bof. Derrière le Palais, autre « institution », La Mirande. Franchement, ses cinq étoiles d’hôtel ne doivent pas être mises en relation avec la gastronomie de son restau : totalement hors-sujet, juste snob…

Et puis, et puis, « le meilleur » pour la fin de notre tour du quartier : Notre cher Christian Etienne, dont les deux « spécialités » (la tomate -l’été- et la truffe -l’hiver-) prêteraient à sourire, s’il ne les facturaient pas à un prix délirant (150 euros le menu truffe). Et voilà maintenant qu’il s’est découvert une vocation de « grand chef ouvert à la modernité » (!), en nous gratifiant de ses essais désastreux de cuisine moléculaire, à la suite de l’engouement des bourgeoises de sa clientèle pour l’invention du Chef barcelonais. Résultat : il vient en personne te servir ses billes de couleur (mais sans saveur) avec force démonstration, tout fier de te montrer combien il « maîtrise » l’azote liquide… Sait-il simplement ce qu’est chimiquement une molécule d’ailleurs, ce « chef » surmédiatisé (par ses soins) ? On en doute… Mais il est vrai que sa charge d’adjoint « éclairé » (fort commode pour les affaires) au tourisme (gastronomique), le dispense, pense t-il, de toute remise de l’ouvrage sur le métier.

Rue de la Ré et Rue Joseph Vernet :Rue de la République, autant le dire tout de suite, c’est partout l’arnaque. Du désolant Maître Kanter jusqu’à Hiely-lucullus, qui jadis (bien jadis) bénéficiait d’une bonne réputation, mais dont la qualité actuelle est indigne de ses récompenses usurpées… Un peu plus loin, Joseph Vernet, le Petit Bedon, un peu cher encore pour la pertinence de sa carte (même si il y a une quinzaine d’années, c’était pas trop mal). Demeure Le Cloître St Louis, très snob et hors de prix, mais efficace.

Place des Carmes et alentours : hélas, c’est devenu un haut-lieu de la restauration estivale. Autant dire que question foutage de gueule, c’est pas mal non plus. A sauver : Merci Tonton, qui a néanmoins tendance à se relâcher. L’Entrée des artistes se la pète grave pour une carte décevante et surrévaluée. A éviter absolument : le Pace et Salute, « tapas » corse, un haut-lieu de la malbouffe servi par une blondasse incompétente et prétentieuse… Quant au reste des Carmes, nous n’en parlerons pas par esprit de charité… Rue du Chapeau Rouge : Il y a quelques années, le Bazoo était pas mal, rapport qualité-prix, mais ça a beaucoup baissé. Reste Mimo, le pizzaïole qui n’a jamais fait l’effort de perdre son accent (mais dont la cuisine est excellente) et un bon Corse, un peu cher, mais authentique (Place Pignotte). Un peu plus loin, place des Chataîgnes, une jolie calade accueille une crêperie limite et un chinois dégueu. En poussant vers le Palais, une bonne surprise : La Vache à Carreaux, bon rapport qualité prix, accueil sympa et surtout ouvert très tard dans la nuit, contrairement à tous les autres… Enfin, juste devant le sublime portail de l’église St-Pierre, l’Epicerie, elle, reste à la hauteur de ses ambitions (bon foie poellé et excellente et abordable carte des vins).

Place Crillon : Je sais personne n’y va, trop loin, trop excentré. Honnêtement, à part l’excellent restau de l’Hôtel d’Europe, certes pas à portée de toutes les bourses, il n’y a pas grand chose : La Scène se la joue resto de commerçants avignonnais parvenus avec « cabaret » grivois, tout ça à un prix… adapté à sa clientèle de nouveaux enrichis. Quant aux autres, peut-être plaisent-ils aux touristes allemands ou japonais en mal d’exotisme local, mais ni la qualité de leur carte ni le service ne justifient leur « cote » usurpée.

Autour des Halles : A l’exception notable du Bain Marie, bon rapport qualité-prix pour une carte fort honorable, je ne vois rien qui vaille le déplacement : La Table du Blond est à l’image de ce qu’on pense des blonds… et en plus, excessivement surrévaluée. Chez Ripert, parce qu’il a un cadre agréable et quelques jazzeux en week-end, se la pète bistrot parisien, prix y compris. L’AOC n’est plus ce qu’il était… avec ses « planches » ridicules et sa sardine en boîte au prix du homard (et en plus, dorénavant il n’a plus de terrasse : bonjour le festival !). Quant à la rue de la Bonneterie, c’est la bérézina, avec cette Maison des fondues où seule la propriétaire l’est, fondue, car ses prix eux… Enfin, sur la Place Pie, ce ne sont que bistrots améliorés dont la « cuisine » est à la hauteur de leur accueil : Nulle.

Autour de St Didier et de la Place des Corps Saints : Autour de l’église, Nani, institution avignonnaise sur-cotée, demeure néanmoins une bonne adresse. Juste à côté, derrière la médiathèque,une librairie-restau dont j’ai oublié le nom, est un lieu sympa et convivial (bon choix d’ouvrages rares). En remontant Place de la Principale : autant vous le dire, le Basilic Citron ou le Arts & buffets sont deux adresses sans intérêt et prétentieuses. Tout comme le Caveau du Théâtre, un peu plus bas. Enfin, Place des Corps-Saints, c’est le spot bobo par excellence, avec ses mauvais restos qui se la jouent branchouille « cuisine de la maison » et autres snacks déguisés en gastro. A éviter.

Rue des Teinturiers : là, c’est le haut-lieu de l’arnaque estivale pendant le festival, et forcément ça se ressent le reste de l’année. Un couscous ou deux pas bons, un Couloir en corridor désert, l’Offset, spot à kékés qui a gardé le mauvais goût de son prédécesseur, plus les prix majorés, et voilà à peu près tout. Heureusement Le Zinzolin sauve la réputation de la rue (pour l’instant) : carte abordable et assez imaginative, accueil sympa et jazz le week-end. Enfin, au bout de la rue, l’inénarrable et snob numéro 75, dont la carte prétentieuse doit justifier les prix tout aussi ambitieux.

Voici en résumé le topo gastronomique de la ville, pas brillant brillant. Un inventaire certes non exhaustif, tout à fait partial, mais dont il faut retenir l’extrême pauvreté de l’offre et la cherté déplacée. Professionnels gâtés-pourris par un festival qui les a enrichis malgré leur pauvre talent, les restaurateurs avignonnais ont pris de sales habitudes, notamment celle de mépriser complètement le client et de ne pas respecter les plus élémentaires fondamentaux de leur « métier ». D’où ce constat déplorable, qui n’ajoute rien au peu d’attractivité de la ville hors-saison. Chefs, il va vous falloir un sacré effort avant de prétendre à la reconquête de la clientèle locale, et gagner l’approbation repue des quelques pauvres touristes égarés ici hors festival !

La Mie de l’Art

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