VILLENEUVE : Une seconde surprise de l’amour, en clin-d’oeil à Sophie Calle

VU : La seconde surprise de l’amour / Marivaux / Sophie Calle / A.Tobelaim / Villeneuve Colline des Mourgues (plein-air) / 21h15

C’est dans l’écrin du théâtre de verdure de Villeneuve-les-Avignon qu’Alexandra Tobelaim, de la compagnie Tandaim, donne cette Seconde surprise de Marivaux dans une mise en scène très actuelle, à l’image de ces sentiments si bien dépeints par l’auteur et qui renvoient à notre modernité. Un thème éternel auquel l’artiste Sophie Calle, à sa manière, s’était également intéressée, et dont Tobelaim s’est librement inspirée.

Une marquise, un chevalier, tout deux emplis d’un inconsolable chagrin d’amour vont faire pacte de s’épauler dans leur cocon de douleur au nom de l’Amitié, l’Amour naitra …

Inutile d’aller plus loin dans le pitch de ce Marivaux, l’écriture en est simplement délicieuse et Alexandra Tobelaim en tire une oeuvre alerte, d’une profonde et sincère unité. Les corps, le texte, la dynamique du jeu, tout ici se justifie. Sur ce travail du mécanisme du chagrin amoureux, et la complaisance narcissique que nous avons à nous y vautrer, Alexandra Tobelaim met en parallèle le livre de Sophie Calle «Douleur exquise», «l’avant» et «l’après», le chagrin infini et l’Amour renaissant, et ce thème si cher à Marivaux des rouages des sentiments amoureux.

L’Amour est souvent excessif. Et ici, dans cette oeuvre, les réactions des différents protagonistes le sont aussi, mais toujours avec justesse, jamais dans le pathos ou le ridicule. Le corps parle autant que la langue, et Tobelaim l’a parfaitement mis en scène, sur une scéno qui projette le spectateur comme un voyeur des âmes inconsolables, des quiproquos et des non dits, et des amours naissantes.

Au proche, le jeu est direct, sans apprêt. Et derrière, dans ces boites ouvertes sur le monde, face public, le jeu off des sentiments cachés, ce double jeu efficace, ne perturbe en rien ce qui se déploie à l’avant, ajoutant une belle densité à l’ensemble. Un monde à part entière.

Le piège qui peut consister à jouer dans un théâtre de verdure, en fait se retourne ici à l’avantage de la pièce. L’espace hors-scène étant utilisé efficacement, sans jamais parasiter la mise en espace initialement prévue, c’est en deux touches légères que Tobelaim fait de ce noman’s land, un lieu intemporel où tout se joue pour les protagonistes, laissant le centre symbolique représenter l’Amour.

Les comédiens, formidables, jouent leur partition à l’unisson. Harmonie parfaite et plaisir partagé font de ce Marivaux revisité une évidence. Une comédie grinçante parfois, où La Marquise, servie par le texte de Marivaux, superbement interprétée par Marie Dompnier, se joue de son rôle aux facettes multiples, à la fois légère et solide, agaçante ou attachante, en un mot, simplement humaine.

On suivra cette jeune troupe déjà aguerrie, terriblement vivante, dont ce beau travail augure bien de l’avenir.

Pierre Salles

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Comments
One Response to “VILLENEUVE : Une seconde surprise de l’amour, en clin-d’oeil à Sophie Calle”
  1. doudou mariolo dit :

    Ben voilà ! on en trouve des truc bien quand même ! regardons le verre à moitié plein !!!!!!