LES ORANGES : UNE BELLE SYMPHONIE

AVIGNON OFF 2012 : Les Oranges – Direction : Laurent Hatat – Théâtre du petit Louvre 15h05

Sous le soleil d’Alger, un homme conte l’Algérie, «son» Algérie, celle des senteurs, du sang chaud et des guerres. Serment fait à une orange traversée par la balle du premier Français foulant le sol d’Algérie en 1830, il jurera d’enterrer cette balle «le jour où tous les gens de cette terre d’Algérie s’aimeront comme s’aiment les oranges».

Ce texte d’Aziz Chouaqui transpire de poésie, de beauté et de souffrance, et évoque une Algérie parfois légère, souvent grave, aux parfums suaves et aux doux rayons de soleil effleurant les jambes des jeunes filles. Ses bars, ses potins, cet autre «Marseille», miroir méditerranéen aux âmes très semblables et à la langue également haute en couleur.

Azeddine Benamara, en parfait conteur charmeur de serpent, félin, crie son amour et son incompréhension pour un peuple dont l’histoire est souvent synonyme de souffrance, là où tout pourrait être joie. Il parvient, à l’aide de ruptures efficaces et malignes, à faire basculer son public en un clin d’œil des larmes aux rires, parvenant à faire ressentir grâce à son jeu subtil, le doux soleil d’Alger caresser sa peau au matin iodé d’un front de mer paisible.

Mais le conte, comme le pays, n’est pas que thé vert sucré et doux. Un pays colonisé et écrasé par ces penseurs et philosophes français, juste à côté de la plaque, au mieux parfois juste ignorants et au pire indifférents, excusant toutes les barbaries. Et ce peuple, trompé par ses propres frères, pour finir abusé par des représentants religieux aveugles. Chouaqui nous parle de tout sans faux-semblants, FLN , FIS, pieds-noirs, tous des enfants d’Algérie. Tout y passe, entre rage et amour, rage envers cette infinie violence et sa terre abreuvée du sang des enfants d’Algérie.

Le récit, parfois dur, est contrebalancé par la voix douce et chaude de «Mounya Boudiaf», évoquant sans cesse la douceur de ce pays. Elle est le sucre de ce conte, par petites touches, à la fois la mère, la sœur, les femmes, les senteurs.

Ces deux comédiens offrent à leur public un très beau moment de poésie, lui laissant un très beau goût d’orange, amère comme l’histoire de ce peuple.

Pierre Salles

LABEL OFF ® : spectacle recommandé par lebruitduoff.com.

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