MORTS SANS SEPULTURE : UN SARTRE REVISITE AVEC BRIO PAR L’OMBRE NOIRE

AVIGNON OFF 2012 : Morts sans sépulture / d’après Jean-Paul Sartre / Compagnie l’Ombre Noire / Du 7 au 28 juillet 2012 / Théâtre au bout là-bas.

La pensée de Sartre remarquablement négociée par une jeune bande d’acteurs. Faire exister cette éthique de la liberté, voila le défi qui anime cette troupe !

Des moments émouvants, d’autres angoissants, plongent le spectateur dans un univers où la seule interrogation possible se pose : sommes-nous responsables de nos actes ? Une question existentielle explorée sous toutes ses coutures, et livrée avec toute sa densité. La mise en scène est subtile, le jeu des comédiens juste, ce qui confère à la pensée et aux propos de Sartre le maximum d’impact.

Le spectateur découvre un plateau divisé en deux parties. Deux tableaux, avec d’un coté les « résistants », de l’autre les « collabos ». L’angoisse se tient au milieu, comme témoin de la liberté humaine, qui pousse dans le dos chaque acteur, et autorise une dimension nécessaire à la parole. Parler non pas pour se déculpabiliser, mais parler pour comprendre ses motivations les plus enfouies.

Dés lors celui qui observe les comédiens suit mimétiquement ce mouvement, sans toutefois tomber dans le piège d’un espace psychanalytique. Il analyse d’une manière consciente son projet, pour voir jusqu’où celui va le mener, et comment le justifier aux yeux de l’humanité toute entière. La mise en scène pose subtilement ce regard implacable et dur qui ne laisse aucune place aux excuses, aux remords vains.

Lorsque Maude Bouhenic revient sur le plateau, souillée par le viol, elle a des mots survoltés mais si intelligemment posés, que l’on comprend ce que Sartre entendait par « l’homme est condamné à être libre ». Situation paradoxale où finalement l’homme n’a pas d’autre possibilité que celle de se soumettre humblement à une liberté qui s’impose à lui de l’extérieur. L’autre condamne, mais il donne également la possibilité d’être libre. Les comédiens de ces deux tableaux incarnent cette lutte des consciences ou chacun veux faire valoir sa liberté sur l’autre.

Certes Sartre agace car avec lui il n’y a pas de concession, mais justement, ce qui est formidable ici c’est que cette pièce ne concerne pas du tout les puristes de cette écriture aussi bien philosophique que littéraire. Elle parle plutôt à tous ceux qui se demandent aujourd’hui s’il est possible d’être éthique, et si oui comment ?

Quentin Margne

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