UN ANTIGONE REVISITE A LA FABRIK THEATRE

http://www.lebruitduoff.com / 19 juillet 2012

AVIGNON OFF 2012 : « Antigone » de Sophocle par la Compagnie Théâtre de la Mouvance / à la Fabrik Théâtre.

Concernant le spectacle d’Yves Sauton à partir du texte de Sophocle, Antigone, on peut véritablement parler de revisitation. Le sublime mythe antique est exploré à travers une esthétique orientale qui fait appel au kung-fu et au théâtre masqué. Une mise en scène très esthétique malgré quelques bévues.

Les premières minutes de la représentation sont révélatrices de l’ensemble : la gestuelle précède la parole. Le rideau s’ouvre sur le combat d’Etéocle et Polynice, les deux frères d’Antigone, qui se disputent le trône de Thèbes. Suivant une chorégraphie dense, leurs sabres et leurs corps tournés vers le public, ils s’entretuent.

Le masque de Polynice devient sur le plateau la métonymie de son corps privé de sépulture, selon l’ordre proclamé par Créon, nouveau roi de Thèbes. S’ensuit la désobéissance d’Antigone, le bras de fer entre la loi des hommes et celle des dieux, et la mort conséquente de la plupart des protagonistes, par châtiment ou désespoir.

Le texte passe au second plan dans cette mise en scène, parfois étouffé par une bande-son trop importante, surtout en début de spectacle. Ce sont davantage à travers les corps qu’est menée la réflexion sur le pouvoir, ces corps surmontés de masques plus ou moins convainquants. Seule Antigone, Hélène Péquin, reste le visage nu et nous offre la richesse de ses expressions.

Ce qui apparaît dans ce spectacle, est que le héros est moins celle-ci que Créon. C’est autour de lui que se réunissent le chœur antique et les Euménides, savamment représentés, c’est à lui que s’en remettent les gardes, bouffons qui apportent de la légèreté dans cette tragédie, c’est sur lui que s’acharne véritablement le malheur in fine.

Outre le masque de ce héros véritable, qui rappelle celui de Scream, ce spectacle nous offre quelques moments esthétiques saisissants. L’enfermement et la mort dansés d’Antigone, en noir et blanc, en est un qui suffit à lui seul à emporter l’adhésion des spectateurs venus jusqu’à la Fabrik’Théâtre.

Floriane Toussaint

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Comments
3 Responses to “UN ANTIGONE REVISITE A LA FABRIK THEATRE”
  1. lucienne lemoyne dit :

    j’ai beaucoup aimé le spectacle, mais je suis intriguée par la claudication de Créon: quelle en est la signification? merci de me répondre et un grand merci pour la qualité de votre spectacle.
    cordialement.

    • sauton dit :

      La claudication de Créon est une manière de montrer physiquement son incapacité à gouverner. Comment cela se traduit-il dans le corps. C’est la question que nous nous sommes posés au cours des répétitions, et la claudication nous a paru être le signe physique le plus distinctif pour montrer sa faiblesse. Merci pour votre commentaire. Cordialement

  2. sauton dit :

    Merci pour votre article. Il permet d’établir un débat, ce qui est, à mon sens, une bonne chose. Il est vrai que l’Antigone de Sophocle, au contraire de celui d’Anouilh, fait une plus grande part à Créon qu’à Antigone, ce qui parfois déconcerte certains spectateurs, qui ont souvent en mémoire celui d’Anouilh. Par contre, le texte me parait pas être au second plan, il est amené par la gestuelle, mais je souhaite qu’il soit entendu, et je l’ai gardé dans son intégralité, sauf pour le passage de la mort d’Antigone. Sinon, le texte est plutôt aéré, par ce qui faisait autrefois le théâtre grec, c’est à dire un mélange de danses, de chants et de passages plus légers.
    Sinon pour les masques, c’est un parti pris et je l’assume, comme l’ensemble de la mise en scène. En tous les cas merci pour cet échange.