UN ENTRETIEN AVEC LA COMEDIENNE PAULINE MEREUZE

Entretien avec Pauline Méreuze, comédienne pour Alain Timar / Bonheur titre provisoire / Théâtre des Halles.

Une rencontre avec Pauline Méreuze, qui joue actuellement et jusqu’au 28 juillet « Bonheur titre provisoire » de et avec Alain Timar et Paul Camus, au Théâtre des Halles à 16.30h. Une belle oeuvre que nous avons chroniquée, et qu’il faut aller goûter.

– Pauline, quel est votre parcours ?

– Pauline Méreuze : J’ai grandi à paris, j’ai fait plusieurs cours privés. Avec une copine de théâtre, j’ai rencontré François Tanguy, je travaillais avec lui une fois par mois. Ensuite, j’ai passé les concours, j’ai eu l’ERAC, et je suis restée trois ans dans cette école, deux ans à Cannes et un an à Marseille.

– Comment votre rencontre avec Alain Timar s’est-elle produite ?

– Je savais qu’il cherchait une comédienne pour un projet autour de Robert Misrahi . Je l’ai contacté, j’ai parcouru l’œuvre de Misrahi, et Alain est venu me voir jouer dans Les Acteurs de bonne foi à Marseille, mis en scène par Jean-Pierre Vincent. On s’est rencontré comme cela.

Avec Paul Camus et Alain nous relisions les textes de Misrahi par Skype tous les trois jours, l’on s’est également vus à la table autour de la conférence de Misrahi. Nous avons cherché ensemble ce qu’il y avait autour de cette pensée car il n’était pas question de faire une deuxième conférence, il fallait la nourrir, comprendre la pensée de Robert Misrahi. C’est une rencontre réelle, elle a mis du temps. Nous avons travaillé ensemble pour cela, en collégialité.

– Vers quoi cette recherche s’est-elle plutôt orientée ?

– Lorsque tu travailles comme cela sur des notions philosophiques comme celle du bonheur, tu n’as pas le droit de tricher, tu es contraint à la probité. Pour pouvoir faire exister ces notions abstraites, il faut une rigueur et une honnêteté intellectuelles. C’est un projet qui engage les êtres, dès lors tu ne peux pas simplement te cacher derrière un texte. C’est un travail qui s’est fait ensemble avec cette quête de dire au spectateur ce que l’on fait, tout en faisant en retour ce que l’on dit.

– Comment se sont dessinés vos rapports avec Paul Camus dans ce « Bonheur » ?

– Nous sommes tous deux des chercheurs du bonheur. Au départ, Alain Timar avait l’idée que ce spectacle exprime une relation entre un père et une fille qui soit en crise. Le père aurait été là pour l’aider à affronter les méandres de la vie. On a repris cette idée de marasme, puis on a laissé de côté les rapports pére/ fille parce qu’on ne rentrait pas vraiment pas dans cette case-là, ce qui nous a permis d’explorer d’autres choses. Ce qui est intéressant, c’est que les gens se racontent ce qu’ils veulent. Sur un plateau les gens s’identifient, donc tu n’as pas à dire, ma relation avec Paul, c’est ça et pas autre chose…

On a essayé de créer un espace assez libre où chacun peut projeter ce dont il a envie. On est deux chercheurs du bonheur, deux voies de la même pensée libre. A chacun de concevoir ce dédoublement comme il l’entend. Le fil conducteur, c’est le mouvement de la pensée Misrahi avec ces temps distincts : crise, conversion, autonomie où tu découvres que tu es libre, où dans ce moment-là tu découvres ta capacité créatrice et celle de pouvoir faire des choix. Puis la réciprocité de concevoir autrui comme également créateur et libre.

Après, tu as l’amour comme ouverture au monde, qui s’insère dans un rôle politique. Pour aller au bonheur, selon Misrahi, tu dois suivre ce trajet, crises, conversion, autonomie, réciprocité, amour, et enfin le politique. Cependant, on n’a pas essayé de coller strictement à cette pensée, on a pris nos distances pour l’interroger théâtralement.

– Au cours de cette recherche, est-il apparu un espace solide pour le bonheur, où se situer comme chez Le Clezio dans une forme de pérégrination dans le désert, à l’image de ces nomades errant dans l’infini désertique ?

– Pour moi, le bonheur est une recherche permanente. C’est dans le partage de cette quête que se situe le bonheur. C’est le lapin qui représente dans notre spectacle cette figure, avec cette distinction entre « le bonheur » et  » du bonheur ». Cette figure s’est dégagée lors des improvisations, elle est une invitation au partage et à la réciprocité. Le bonheur ne se situe donc pas dans l’errance solitaire. Le bonheur c’est du partage, de la générosité et de l’écoute,

Le plateau représente cela. Le plateau est là pour être pris, puis offert. Le bonheur est pour moi contenu dans cet acte de comédienne. Mais également dans cette réciprocité avec Paul et Alain.

– De quelle manière vous insérez-vous à l’intérieur du tableau d’Alain Timar ?

– Ce tableau nous propose des rendez-vous, c’est tellement jouissif de savoir qu’à un moment donné je vais me trouver sur ce carré bleu avec ces fleurs, ça me nourrit… Je m’insère, puis je me trouve à l’intérieur et je le vis tout simplement. Je prends un grand plaisir à faire les choses, à m’appliquer à être là et pas ailleurs.

Propos recueillis par Quentin Margne,
Juillet 2012

LABEL OFF ® : spectacle recommandé par lebruitduoff.com.

Photo : Pauline Méreuze dans « Bonheur » d’Alain Timar / Copyright Vincent Marin 2012

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