AVIGNON 2013 : FOCUS SUR « VILLENEUVE EN SCENE »

vileneuve

LEBRUITDUOFF.COM / 11 juillet 2013

AVIGNON OFF 2013 Festival Villeneuve en Scène.

« A Avignon au mois de Juillet, il y a trois festivals en un. Le Festival que nous faisons [ndlr : le « IN »], le Off et Villeneuve en Scène ». La vision d’Hortense Archambaud est très juste, tant le lieu, la programmation et l’ambiance de cette manifestation s’éloignent de sa grande sœur outre-Rhône.

Depuis 10 éditions, la petite ville de Villeneuve-lez-Avignon (qui se trouve dans le Gard et donc en Languedoc-Roussillon) rend hommage aux théâtres en itinérance : tréteaux, chapiteaux, extérieur : tout est bon pour faire théâtre au plus près des spectateurs. « le théâtre est un foyer de la communauté humaine. » La citation de Vaclav Havel (le parrain du lieu) clôt l’éditorial du programme et résume bien la pensée de Villeneuve en Scène et de son directeur Frédéric Poty. Pas moins de 19 spectacles s’enchaînent et se bousculent du 4 au 24 Juillet. Vous pouvez vous rendre sur place par le bus, en vélo ou en voiture, tout à été pensé pour vous simplifier la vie. Entre 17 et 5€, vous pourrez prendre un abonnement (à partir de 3 spectacles) qui rend le festival abordable et permet de voir plusieurs propositions. Petit tour de notre sélection.

Les amoureux de Marivaux, Cie Les mauvais élèves.

Quatre jeunes acteurs proposent un spectacle autour de 5 textes de Marivaux auxquels ont été greffés des chansons du XXe siècle. Plutôt qu’un spectacle (dramaturgiquement construit et avec un réel parti-pris) on assiste ici à une présentation de scènes d’élèves. Cela serait encore supportable si le jeu outré et la mise en scène utra-conventionnelle ne semblait pas dater cette proposition d’il y a (au moins) vingt ans. Comme si Chéreau, Bondy, Bouté et consorts n’avaient pas ouvert un peu plus grand la focal d’explication de ces textes. Systématiquement, on force le trait, on tire le texte vers la comédie. Les acteurs fuient la sincérité le plus possible et en font des caisses, surtout dans les improvisations entre les scènes censées rajouter du liant au saucissonnage des extraits. Pourquoi ces extraits ? Qu’en retenir ? On ne sait pas, personne ne s’étant visiblement posé la question (la note d’intention se résumant à « nous avons choisi nos scènes d’amour préférées »). Heureusement, les quatre comédiens sont bons, bourrés d’énergie, chantent très bien et maîtrisent la technique vocale qui fait qu’on les entend, malgré le mistral qui souffle à tout rompre depuis plusieurs jours. Personne n’a pensé aux décors (est-il utile d’avoir des chaises, pourquoi certains accessoires et pas d’autres?), en revanche les costumes sont très bien trouvés, joliment faits et confèrent une esthétique cohérente au tout. Un spectacle qui n’en est pas un et qui laisse au spectateur un désagréable goût d’inachèvement.

Au détour d’un spectacle, vous pourrez aller siroter un verre au bar ou vous installer à la table du petit restaurant qui vous régalera de plats simples et peu onéreux. Le lieu, très espacé, permet aussi de se balader, entre les caravanes des artistes et les arbres centenaires. On vous conseille aussi d’aller visiter le village, sa fameuse Chartreuse (Centre National des Écritures du Spectacle) dont la librairie très fournie est ouverte toute l’année.

Le Temps Lyapunov, cie Machine Théâtre

Adapté des romans de Lazlo Krasznahorkai, dont on peut notamment connaître l’adaptation cinématographique du Tango de Satan, la compagnie Machine Théâtre met l’acteur au centre de son travail. Trois frères et une sœur se retrouvent auprès de la dépouille de leur père. Ces quatre là, qui se détestent autant qu’ils s’aiment vont devoir se partager l’héritage, dont une partie serait cachée quelque part. Chacun nous fait part de ses lubies, fantasmes et ce à quoi il se raccroche pour sauver le monde. Mais surtout, ils s’ennuient dans la maison lointaine qui pue la mort et la décomposition. Lyapunov, un ami du père qui viendra pour les aider dans le partage, est attendu comme le messie. Ou comme Satan.

Le spectacle montre des acteurs brillants (surtout les quatre enfants qui se chargent des milliers de pages de Krasznahorkai, comme s’ils allaient en exploser) dans un univers onirique et profondément concret. La scénographie, notamment une série de stores verticaux, comme des fanons de baleines, nous englobe dans l’univers de la metteuse en scène, Célie Massol, qui nous avale dans une avalanche de symboles et en images.

Malheureusement, l’œuvre de Krasznahorkai a du mal à tenir en 1h15 et la fable reconstituée avance trop vite, avec trop d’ellipses. On a l’impression de voir courir des acteurs là où ce temps romanesque devrait donner à attendre les personnages.

Sur le Chemin d’Antigone, agence de voyages imaginaires – cie Philippe Car.

Dès la première, le spectacle de l’ancienne compagnie Cartoon Sardine est complet. Valérie Bournet, sous les traits de son clown Séraphin, vient nous raconter l’histoire d’Antigone. Avec magie, brio et intelligence, elle incarne tous les personnages, aidée de temps en temps par les corps de deux acolytes musiciennes-manipulatrices. On ne s’ennuie jamais, on rit, on est ému et souvent impressionné par les trouvailles de costumes ou scénographiques simples et pourtant très inventives (un tissu sert de trône ou d’uniforme, un morceau de nez rouge devient personnage).

« La tragédie n’est rien d’autre que deux ou plusieurs forces égales en raisons. S’il y a inégalité, il y a mélodrame. » Même si Albert Camus ne parlait pas d’Antigone, la lutte entre Antigone qui croit à la justice divine, à une justice supérieure et intemporelle et Créon à celle des hommes sont normalement deux forces qui tiennent le spectacle en haleine. Ici, Antigone a raison dès le début et Créon n’est qu’un gros con. Cette simplification à outrance des enjeux philosophiques de la pièce réduit quelque peu le spectacle et effectivement, le tourne plus encore vers le mélo. Mais ce mélo est livré avec tellement de passion et de sérieux qu’on se laisse ravir avec plaisir.

Si vous êtes perdus, si vous ne savez pas quoi aller voir, n’hésitez pas à questionner l’équipe d’accueil, ils sont tous très souriants et à l’écoute de vos moindres désidérata. On sent qu’ici, salariés permanents et intermittents du lieu, mais aussi les très nombreux bénévoles, agissent dans un même but, faire de ce festival un lieu de qualité, de diversité mais avant tout populaire.

Les Folles soirées d’Entre 2 caisses

Les quatre chanteurs-musiciens d’Entre 2 caisses proposent un tour de chant sympathique suivi de quelques chansons tout aussi sympathiques auxquelles se rajoute la chanteuse Monique Brun (qui chante plus tôt dans la soirée). La dernière partie du tour est une carte blanche à un artiste invité. A la fin, tout le monde est invité sur la scène à venir boire un coup. Ce qui avait visiblement déjà été fait avant que les spectateurs n’arrivent… Quelques trous dans les chansons, quelques moments mal éclairés etc. où comment confondre ambiance bon-enfant et amateurisme.

Cette année, le festival attend quelques 20 000 spectateurs qui seront reçus par 200 salariés, artistes et bénévoles présent sur toute la durée du festival, le tout pour un budget de 400 000€ (saison à l’année + programmation d’été).

Bruno PATERNOT

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Comments
2 Responses to “AVIGNON 2013 : FOCUS SUR « VILLENEUVE EN SCENE »”
  1. LAURENT dit :

    Pas d’accord pour cette sévère critique de Marivaux! la Cie s’appelle Les mauvais élèves et à mon avis cela explique les outrances voulues et le jeu au 2nd degré. Quoique professeur de lettres j’y ai pris le même plaisir que celui, visible, des talentueux jeunes comédiens!!

    • Hugo Elby dit :

      D’accord avec vous. Vous lirez ma réponse sur ce site
      « Depuis toujours, l’affaire du théâtre,
      comme d’ailleurs de tous les autres arts,
      est de divertir les gens. »
      Nous dit Brecht dans son Petit Organon pour le théâtre. Nous avons fait nôtre cette maxime et dans une grande jouissance des plaisirs, nous tentons d’exposer notre vision de la vie pour partager ensemble, artistes et spectateurs, un peu du lait de la tendresse humaine.

      On peut découvrir sur le site de Soliloque Theatre, cette philosophie affichée, communiquée, affirmée par l’auteur de cet article.

      Mr Paternot enfourche la monture que lui réservent ceux qui le nourrissent.
      Ainsi en va t il de l’esprit mercenaire. Directeur de son théâtre, il affirme que la qualité se mesure au plaisir ressenti par le public. Mais promu critique pour le « Bruit du off » ( et grâce à ce fameux «effet de légitimité » que s’arrogent certains professionnels des milieux de la création) il obtient le droit d’encenser ou « descendre » celles et ceux qui créent et tentent de vivre de leur passions : ses confrères et consoeurs du métier. Et dans le cas des Amoureux de Marivaux, création vivifiante librement inspirée et qui, chaque soir, s’est terminée sous les applaudissements et les rappels (difficile d’y voir une quelconque convenance en ce lieu), Mr Paternot crie : Halte ! La maxime de Brecht m’est réservée ! Ainsi Mr Paternot convoque-t-il le grand homme à parrainer en exclusivité son propre théâtre. Cela aurait pu suffire. Mais non ! Mû par un soudain élan ésotérique, il appelle à la rescousse des pairs supposés ( Chéreau Bondy etc… ) pour l’aider à affirmer que tout a déjà été « fait et dit » quant à la visite de Marivaux.
      Ainsi en va-t-il de l’esprit institutionnel qui borne son pré carré de doubles fortifications et de puissantes casemates, au sommet desquelles flottent ( cousus par la main servile de ceux qui y vivent) de lourds étendards affichant la devise : « Nous sommes la référence».

      Il fut un temps où probablement, le jeune et ambitieux Paternot se promenait dans les douves du château, se demandant comment y pénétrer. Il y a apparemment trouvé une clé. Elle ouvrait UNE porte.
      D’autres cherchent ailleurs l’aventure, l’élan, la générosité et la rencontre avec le public.
      Depuis le haut des remparts, ils reçoivent parfois un carreau d’arbalète pompeusement tiré par un des gardiens de la forteresse. Ici l’auto-adoubé Chevalier Paternot. Et le trait blesse. Plus finement ajusté, il eût apporté sa contribution au progrès d’une jeune troupe.

      Mais qu’importe ! Aux âmes bien nées … N’est ce pas ?