« MON NOM EST ROUGE » d’APRES ORHAN PAMUK : THEATRE DE PAPIER PAR LA COMPAGNIE PAPIERTHEATRE

mon nom est rouge

AVIGNON OFF 2013 : « Mon nom est rouge » / Caserne des pompiers / Compagnie Papierthéâtre – 11h – durée 1h30.

Comme l’indique le nom de la compagnie, Mon nom est Rouge relève du théâtre de papier. Ce genre hybride, proche des marionnettes, convient particulièrement à l’adaptation d’un roman aussi foisonnant que celui d’Orhan Pamuk. On a là un spectacle très fin, qui conduit dans les méandres de l’Istanbul du XVIe siècle.

Mon nom est Rouge est un texte composé de multiples intrigues entremêlées, dont le point de départ est la mort mystérieuse d’un peintre miniaturiste, le Délicat, œuvrant dans les Ateliers du Sultan. Cet événement s’accompagne du retour de Le Noir à Istanbul après des années d’absence, rappelé par son oncle, lui aussi miniaturiste. Celui-ci travaille à une commande toute particulière du Sultan, qui soulève plus d’une interrogation quant aux différences entre l’art oriental et l’art occidental.

La conception orientale de l’art, étroitement liée à l’islam, considère qu’un dessin qui n’est pas l’illustration d’un texte est considéré comme un blasphème. L’oncle a pourtant procédé de façon inverse par rapport à la tradition, et a dessiné avant d’écrire une histoire. Une de ses œuvres est notamment à l’origine des complots qui l’enserre : il s’agit du portrait du Sultan, inspiré par l’art occidental mais condamné par la religion.

A ces intrigues s’ajoute une histoire d’amour entre Le Noir et sa cousine, la fille de son oncle, qui attise le désir de tous les hommes qu’elle croise. L’ensemble prend place dans la ville d’Istanbul, de part et d’autre du Bosphore.

Sur le plateau, se trouvent trois comédiens et un musicien, qui colore les différentes scènes grâce à plusieurs instruments, et produit quelques effets de bruitage particulièrement envoûtants. Accompagnés par lui, deux hommes et une femme manipulent une quantité impressionnante de personnages de papiers et de cadres, qui transportent le public jusqu’à la Turquie. Grâce à des dessins fins et nets, les nombreux personnages impliqués dans cette histoire apparaissent tous. Les principaux, extrêmement identifiables par leur costume et leur posture, sont déclinés sous plusieurs formats, qui créent une forme de proximité avec eux.

Le processus de narration est toujours changeant, sans cesse diversifié. Elle est ainsi entrecoupée par de courtes histoires du conteur, qui offrent de jolis intermèdes sur des sujets variés, toujours liés de plus ou moins près à l’histoire principale. La progression sinueuse qui promet d’atteindre la résolution des intrigues, permet quant à elle de multiplier les ressorts. Les ombres chinoises des petits personnages sont particulièrement séduisante, tant par leur mobilité que l’expressivité de ceux qui leur prête leur voix, aux accents orientaux.

Bien qu’ils restent la plupart du temps dans l’ombre, en retrait par rapport aux personnages qu’ils animent, le talent des trois comédiens ne fait aucun doute. Il est même largement confirmé par les rares moments où ils redoublent physiquement le mouvement et les sentiments de leurs personnages, pris par le jeu.

C’est un véritable voyage, duquel on ressort des images plein les yeux, toutes plus élégantes les unes que les autres. Si parfois on se perd un peu dans ce roman, la rêverie n’est à aucun moment entamée. Cet art enchanteur se prête extrêmement bien aux histoires en général, mais tout particulièrement à celle-là, qui traite précisément d’art et de miniatures.

Floriane Toussaint-Babeau

 

 

Publicités

Commentaires fermés