AVIGNON OFF, « LA COMPAGNIE DES SPECTRES » : FAMILLE JE VOUS AI

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LE BRUITDUOFF.COM / 13 juillet 2013

Avignon Off 2013 : La compagnie des spectres / de et avec Zabou Breitman / Chêne Noir – 18h00

D’après une libre adaptation du livre de Lydie Salvayre, Zabou Breitman nous propose au travers du récit de trois femmes une histoire de famille, ces fantômes qui hantent nos vies, cette transmission de la parole familiale qui se heurte aux barrières du quotidien et des générations.

Dans un petit salon sale et encombré, des objets hétéroclites créent instantanément l’ambiance. La narratrice habite seule avec sa mère, malade, un peu folle. Un huissier sonne, on vient les saisir. Dans un accès de colère, profondément perturbée par ses souvenirs de guerre, la mère va peu à peu nous livrer son passé, mélangeant époques et personnages, interpellant le Maréchal « Putain » et traitant l’huissier de collabo, béret vissé sur la tête tel le milicien Darnand…

Zabou Breitman nous livre ici une histoire complexe, celle de la transmission d’un lourd passé, de la mort du frère atrocement exécuté par deux frères miliciens durant la seconde guerre mondiale, deux « bas du front » soudainement portés par un pouvoir de violence sur un monde qu’ils ne comprenaient pas. Les récits sont imbriqués, la fille raconte l’histoire de sa mère, la mère son histoire et celle de sa propre mère. De premier abord le dispositif peut paraître complexe mais la force de conviction et les talents de l’actrice rendent tout cela très fluide. Sans cabotinage aucun elle transmet joie et émotion, nous livre ces fantômes qui hantent l’histoire familiale, l’incompréhension d’une fille vouée à la solitude et écrasée par le quotidien.

Dans un décor rappelant ceux chers à Mnouchkine, Jean-Marc Stehlé crée un univers où moults détails nous plongent immédiatement dans l’époque et dans le monde des personnages et évoquent dés le premier regard leurs histoires croisées.

Zabou Breitman offre un jeu clair, précis et drôle, parfois acide, le tout dans une justesse absolue. Les changements de personnages ne posent aucun problème de lecture. La mise en scène, souvent basée sur la répétition, pourrait alourdir le propos mais Zabou arrive, dans un moment poétique, lors d’une danse torride entre la grand-mère et le Maréchal Pétain, à redonner du souffle à la mise en scène et aux spectateurs.

Pierre Salles

Photo Pascal Gely

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