« PAËLLA », UN OBJET LOUFOQUE ET AUDACIEUX, TOTALEMENT LIBRE ET LIBERATEUR

lebruitduoff.com – 18 juillet 2026

« Paëlla » – Création collective – mise en scène : Claire Faugouin, Aurélien Fontaine et Gabriella Rault – La Manufacture – Du du 4 au 21 juillet – relâche les 9, 16 juillet à 21h15  Durée : 1h20.

Dans la petite ville fictive de Gouzin, une salle polyvalente, cœur battant de la vie associative locale, est promise à la fermeture à la suite de restrictions budgétaires. Refusant de disparaître sans combattre, les habitués des lieux décident d’organiser un cabaret aussi improbable que joyeux pour convaincre élus et habitants que cet espace mérite de vivre. 

Il faut parfois accepter de laisser toute logique à la porte de la salle. Paëlla appartient à cette famille de spectacles qui préfèrent le grand écart délirant au ronron confortable, l’absurde à la démonstration et l’imagination à toute forme de réalisme. Gabriella Rault et son équipe transforment cette histoire de résistance en un immense terrain de jeu théâtral où tout devient possible.

Dès les premières minutes, le plateau semble vivre sa propre existence. Rien n’est à sa place, tout déborde, les personnages apparaissent puis disparaissent derrière des masques que la mise en scène détourne sans cesse de leur fonction habituelle en comédia avec d’élégant pas de coté. Ici, le masque n’est jamais une protection : il révèle au contraire les failles, le ridicule et l’humanité de chacun.

Les six interprètes se livrent avec une énergie folle. Leur sens du burlesque fait mouche et la salle éclate de rire presque en permanence, impossible de résister à leur énergie et à leur humour qui fait mouche systématiquement. Mais Paëlla ne se contente jamais d’être une machine comique et au détour d’une chanson ou d’un silence, une étrange douceur s’installe. Une mélancolie discrète, presque flottante, qui évoque parfois les univers de Philippe Quesne et de ses bras cassés de la vie qu’il est impossible de ne pas aimer.

Et puis il y a cette méduse, enfermée dans son aquarium, témoin impassible de cette agitation permanente. Présence aussi incongrue que poétique, elle observe cette petite communauté qui s’accroche à son lieu de vie comme on s’accroche à une idée de la fraternité. Elle finit presque par devenir un personnage à part entière, apportant au spectacle une dimension onirique supplémentaire.

On ressort de Paëlla avec le sentiment d’avoir assisté à un délicieux désordre où rien n’est laissé au hasard. Un spectacle libre, audacieux, drôle, parfois totalement lunaire, porté par une troupe d’un engagement remarquable. Une des pépites de cette édition du Off. Un tourbillon salutaire à découvrir !

Pierre Salles

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