Un objet théâtral lynchien : riz soufflé

Riz Soufflé / Riverbed Théâtre

C’est un OVNI que nous présente le Riverbed Théâtre, une troupe Taiwanaise dont le thème de prédilection est le riz, aliment autant que vecteur philosophique d’une culture profondément ancrée dans l’inconscient de tout un peuple. Ce Riz Soufflé là, ni pièce de théâtre, ni chorégraphie au sens strict du terme, est une œuvre étrange, profondément Lynchienne, qui explore le subconscient en plongeant le spectateur dans une léthargie surréaliste très proche d’un rêve à demi-éveillé. Un drôle d’espace mental où un théâtre de la cruauté et de l’absurde est servi par un jeu d’acteurs sur le fil, sans paroles et sans effets ou presque, à la limite du coma.

Une pièce bizarre, très proche de la performance et des arts visuels, dans laquelle le spectateur s’embarque une petite heure pour explorer un drôle de continent onirique. De surprenants comédiens muets, inquiétants et borderline, quasi absents, une lenteur cinématographique, une suite de plans à première vue sans queue ni tête nous racontent l’accouchement, la mort, d’étranges saynettes surréalistes où l’on se gorge de liquides improbables et où l’on se trousse les jupes. Beaucoup de sexualité et de mort sous-jacentes et une manière élégante et inquiétante, à la limite du malaise. Une matière très fluide, mais instable, où le temps semble s’être figé, très imprégnée de la rhétorique des songes et décidément cet arrière-goût d’un David Lynch expérimental, qui fascine littéralement.

On serait tenté de considérer cette œuvre comme une pièce d’art contemporain, tant elle est visuelle et peu cinétique, toujours à l’orée de l’effondrement. Et peut-être n’aurait-on pas complètement tort, tant cet objet est étrange. De petites chansons tristes, fluettes, à la limite de l’audible percent l’espace, juste entrecoupé de ces micro-tableaux incongrus dont les surprenants effets visuels, très proches du cinéma d’animation des pays de l’est, affleurent, laissant le champ libre à toute interprétention.

Au final, l’on sort de cet ovni tout remué, avec un certain malaise, pas désagréable vraiment, juste interrogeant, ne sachant exactement quel fonds obscur cela a remué chez nous. Les acteurs sont impressionnants de retenue, et l’on sent une communion d’esprit réellement palpable, au bord de l’initiatique ou de la société secrète. On ne sait d’ailleurs quel rituels obscurs les unissent et ce qu’ils préparent réellement, ce qui achève de nous déstabiliser. L’espace du jeu est lui même traité en trompe l’œil, cloisons coulissantes, arrières plans et contreplans mystérieux. Le metteur en scène a joué la carte de la sobriété absolue, même si les nombreux effets sonores ou visuels se succèdent comme dans un puits vertigineux. Quand au côté très artisanal du décor ou des animations et costumes, il surajoutte à l’effet subconscient de l’ensemble, comme un rêve inachevé, et inassouvi. Un très bel objet incongru et surprenant.

MR / Avignon Off 2008

site : http://www.riverbedtheatre.com

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