Théâtre : le Kronope fait son malade imaginaire

Le Malade Imaginaire / le kronope au Chêne Noir

 

Certes, c’est un grand classique que nous propose le Kronope. Certes, Molière immortel n’a de cesse de nous amuser, parfois nous interroger. Mais l’essentiel est dans le traitement très Commedia qu’en fait la troupe, mettant en œuvre une scénographie improbable au service d’une mise en scène virevoltante, étourdissante, ne laissant aucun répit. Un show, au sens littéral du terme, où le jeu étonnant de maîtrise des comédiens est servi par un visuel ultra-baroque, qui nous replonge dans l’univers pétaradant de l’auteur. Molière aurait adoré cette version jubilatoire de son Malade.

Tout est démesuré, étonnant, déjanté dans ce Malade-là. D’abord la scéno : un lit immense occupe tout l’espace, bardé d’une multitude d’accessoires, dévorant, exponentiel, une grande machinerie levée et descendue à vue par un complexe énorme de poulies et de câbles. C’est là que trône bien sûr notre Argan, fabuleux Guy Simon, hypocondriaque virulent et pétant, ventre gorgé de lavements et de drogues, éructant comme une baudruche remplie de trop, trop-plein de chairs et de bouffe, bouffi de médecines et de présomptions.

Autour de lui s’activent Toinette la servante bonne pâte, Belline l’épouse cynique, Angélique la fille adulée qu’il veut marier de force et une cohorte de médecins, charlatans, prétendants et autres raisonneurs qui le désespèrent. Argan est ce Molière finissant, tout de théâtre nourri, nourrissant lui-même la bouffissure ultime du théâtre par lequel il crèvera, gorgé de ses oripeaux. Guy Simon en restitue l’arrogante superbe, tandis qu’à ses côtés Joëlle Richetta en Toinette ou Anaïs Richetta en Belline rivalisent d’outance et de cabotinage.

Car le Kronope est baroque, définitivement baroque. Ses masques et ses costumes, totalement Commedia dell’Arte, ses acteurs sur échasse, la palette incroyable des déguisements, accessoires, machineries et musiques constituent un catalogue délirant et jubilatoire. Une espèce d’opéra rock au pays de louis XIV, avec la joie communautaire de la troupe de Madeleine et Jean-Baptiste en prime, un foutoir dantesque où se côtoient les plus improbables des stéréotypes du théâtre à la Française. Pur jeu de formes au service de l’esprit fondateur du théâtre de divertissement.

Bouffonnerie, truculence rabelaisienne, fracas, cette comédie à la sauce Kronope dit bien le tourbillon de la fête-théâtre. La fête et le plaisir pur, même si la mort, cette grande salope, outrancière dans ses atours, éructante et vociférante comme le pauvre Argan sur son lit-trône, n’est jamais bien loin. Jean-Baptiste le sait bien qui en fit son dernier pied-de-nez.

 
site : http://www.kronope.com

 

 

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