Simples Mortels / Alain Timar – Théâtre des Halles


Photo Manuel Pascual 2010

En avant-première au Théâtre des Halles, la création 2010 d’Alain Timar.

Adapté d’un roman de Philippe de la Genardière, Simples Mortels la nouvelle création d’Alain Timar aux Halles dresse un portrait à chaud de notre monde contemporain, de l’absurdité du mouvement irrépressible qui l’entraîne dans une fuite éperdue. Situant son action dans le tournant des années 90/2000 jusqu’à l’avènement du 11 septembre, cette œuvre nous interroge directement. En confrontant l’histoire très récente, celle qui nous est contemporaine, à la mesure que nous prenons d’un monde qui s’affole comme une horloge déréglée, la pièce est un palimpseste sans cesse renouvelé, un mur sur lequel s’écrit et s’efface en temps réel notre propre histoire de simple mortel déboussolé et autiste.

Car que comprenons-nous réellement de ce qui nous agite et nous dérègle? Quoi, de la mise-à-bas du Mur de Berlin à l’effondrement des tours jumelles, nous permet de relier ce dérèglement affolé de la planète, à nos vies semble t-il passives devant un tel chaos inintelligible ? De cette matière palpitante, quasi-charnelle, Alain Timar a tiré une pièce lunatique, un rêve cru qui nous est cruel.

La scénographie, magistrale, comme souvent chez le metteur-en-scène, sert parfaitement ce ballet halluciné où les voix off contrepointent le travail remarquable des comédiens. La musique de Bruckner participe de cette ambiance lourde, épaisse, annonciatrice de catastrophe. Comme à son habitude, Alain Timar dirige vraiment, sa direction d’acteurs est précise mais fluide, un travail rigoureux, quasi-musical, qui n’entrave en rien l’émotion qui affleure ça et là. Le texte, écrit par et pour la voix, est un lien puissant qui relie et connecte ce mouvement ad libitum des acteurs, des tableaux et des effets qui tisse un chantier « in progress » , comme une vague hallucinatoire. Une incantation à notre modernité disparue…

Marc Roudier / Juin 2010

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