Que la Fête commence ! ou la solitude du spectateur devant la vacuité du Off…

Bon, ça y est !!! La ville est tapissée de cadavres d’arbres en pleine croissance et j’ai enfin mon Programme du Off entre les mains (que j’ai dû aller me procurer, faute d’en trouver ailleurs, à l’Office du tourisme…). Je reste pantois devant cette avalanche de mauvais goût, qui s’expose au fil des rues sans vergogne : les programmations les plus stupides, vaines, dangereuses pour l’image du Théâtre s’étalent sans pudeur. Et AFC, une fois encore, cautionne cette diarrhée de solos débiles, d’humour à la Bigard, de « comédies » lourdingues qui font le miel des beaufs en goguette dans le midi… et qui ont l’impression, en courant voir de telles inepties, qu’ils « vont » au Théâââtre… « Faites l’amour avec un belge », « Couscous aux lardons », « Un gars, deux garces »… La liste est longue de ces fonds de chiottes que certains programmateurs nous vendent comme de la culture.

Mais passons, tant que AFC et son illustre président (professionnel du théâtre reconnu de toute la profession, véritable célèbrité, n’est-ce pas ?) n’auront pas le courage de couper court à cette pseudo utopie soixante-huitarde qui consiste à accepter TOUT sous prétexte de Liberté, les choses, hélas, ne s’amélioreront pas.
Le Festival d’Avignon, le Off lui-même, les Compagnies qui font un vrai travail de recherche, les spectateurs, tout le Théâtre… souffrent de ce préjudice quotidien infligé à l’honneur d’une profession, à notre intelligence.

L’immense Laurent Terzieff qui nous a quittés avant-hier détesterait cet affichage monstrueux, lui l’Homme de Théâtre -et de quel Théâtre !- par excellence… Nous sommes tous tristes avec lui. Mais lui, désormais, s’en fiche. Il est bien au-dessus de tout cela, de ce cloaque nauséabond.

La volonté des premiers créateurs du Off, en 67/68, était de se libérer de tous les diktats de la Culture officielle et bien pensante de l’époque. C’était non seulement légitime, mais nécessaire. Aujourd’hui, qui nous fera croire que cet étalage de connerie au niveau du slip contribue à l’émancipation du Théâtre ? Qui osera maintenir qu’une telle débauche de stupidité sert le Théâtre et la culture en général ? C’est exactement le contraire, la profession est en train de se tirer une balle dans le pied en tolérant ce type de programmateurs et de spectacles qui nuisent gravement à la santé de tous…

Enfin, de quelle légitimité disposent un Greg Germain et toute son équipe pour décider de ce qui doit faire le Off ou de ce qui ne le doit pas ? Il me semble que le précédent président d’AFC, André Benedetto, lui, possédait ce minimum de reconnaissance du milieu culturel comme homme de théâtre, trublion engagé, agitateur pour prétendre exercer une quelconque direction théorique et artistique à ce Off. Il ne l’a pas fait, car il croyait en un certain libertarisme, à une certaine idée du Théâtre (au moins défendait-il des idées, lui). Mais c’était un homme d’une autre époque, et celle-ci est bien révolue.
Les dernières années de sa vie ont sans doute été bien tristes. Dépassé par des appétits de pouvoir qui agrégeaient tous les gagne-petits de la profession autour de lui, instrumentalisé par deux ou trois sans-scrupules désireux d’accéder au « sommet » et à la reconnaissance professionnelle par tous les moyens, autres que leur propre talent théâtral désespérément aux abonnés absents, André Benedetto a laissé un héritage empoisonné, qu’une cohorte de vautours se dépèche de liquider.

Voilà, la mariée n’est pas si belle que cela, derrière ses atours affriolants, qui en font encore, et c’est tant mieux, rêver plus d’un…
Il nous reste, pauvres spectateurs, à dépiauter cet énorme pudding un peu ranci, pour en délivrer les pépites… Et elles existent !
Alors, ne soyons pas chagrin, que la Fête soit belle. Et elle le sera !

Eléonor Zastavia ce 5 juillet 2010.

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