Le Grand Soir

On y est. Le Festival ouvre ses portes. Et pas avec n’importe qui : Christoph Marthaler est l’un des metteurs en scène les plus importants de notre époque. Cette année non plus, le Festival n’a pas joué la facilité, ni la démagogie. Cette année encore, le Festival d’Avignon ne cultivera pas le populisme degré zéro de la Culture made in « populairement correct ». Et c’est tant mieux. Gageons que certains lui reprocheront son « manque » de répertoire de Théâââtre, bref ce que les esprits chagrins, obtus et rétrogades reprochent habituellement à une programmation qui les dérange. Parce qu’elle les fait vaciller et que l’époque n’est pas, en effet, à la mise-à-plat de nos fondements. A la titubation. Pourtant… Quoi de plus beau, de plus VIVANT que la vacillation ? Demandez à Rimbaud, à Artaud, à Julian Beck, ce qu’ils en pensent, depuis leur forteresse céleste ? Non, Ceux-là, les chagrins, les aigris, les obturés au Monde, ceux-là ne tituberont jamais. Ils n’en ont ni l’envie, ni la trempe. Laissons-les hurler avec les chiens. Blablabla… Papperlapapp… Ils sont, finalement, les vrais laissés-pour-compte du Monde, de la vie ; ils sont les hépathiques de l’Art, les mutilés de l’émotion. Il ne leur reste qu’à se réfugier chez Jean-Claude Drouot ou aller savourer les dernières merveilles de la programmation de J.L. Benoît à la Criée…

Le Festival d’Avignon se doit de montrer l’exemple. Sinon, qui le ferait ? Qui, quelle manifestation d’envergure aurait les moyens, le courage, les moyens du courage de montrer cette Création Contemporaine, dans la meilleure acception du terme ? Quel Festival de Théâtre peut se permettre de programmer autant de Danse, de Poésie, de Performance ? Rendons grâce à ses deux directeurs artistiques de le faire, sans ostentation mais sans tiédeur, sans orgueil mais avec panache… Agrégeons-nous à Michelangelo Pistoletto pour affirmer : la contemporanéité : une distance sans délai…

Donc, le programme. Parlons-en, du programme. Voici le lieu où tout se joue. Voilà l’endroit où le jeté de dés sur le plancher brut de la Cour d’Honneur évidemment jamais n’abolira le hasard… Ce programme est une construction lente et signifiante. Chaque chose a sa place. Chaque entrée a son sens. Pour sa part, Le Bruit du Off y voit une multitude, un Univers. Un hâvre de liberté et de beauté que chacun peut avoir envie d’habiter. Le temps d’un Festival ou d’une vie. En tout cas, un parti-pris auquel nous adhérons pleinement, qui est l’affirmation engagée d’une esthétique, d’un rapport au monde. D’une Politique, au sens noble du terme. Et que nous partageons entièrement. C’est faire honneur à ses fondamentaux, à son créateur, à son histoire que de placer le Festival d’Avignon sous de tels hauts auspices.

Cette année, nous y verrons beaucoup de danse, donc, et c’est tant mieux : Quoi de meilleur qu’Anne Teresa de Keersmaeker, Alain Platel… pour signifier la force singulière du corps, de notre corps, individuel, sociétal, mortifié dans un système asynchrone, désorbité, qui court, qui vole à la dislocation ? … De même, quoi de plus Juste que la réification de la langue pour dire la dérilection des corps et la Planète Affolée ? Quoi de plus introspectif que ces plongées dans l’abîme sublime de la Poésie que nous font partager Olivier Cadiot, Angèlica Liddell, Massimo Furlan ?

Voilà. Nous y sommes. Faisons honneur aux poètes qui ont su faire de ce Festival une page indéfectible de l’Histoire des hommes. Ceux qui ont imaginé ce grand vaisseau comme un rempart délicieux à la tumultueuse Tempête, aux ténèbres hurlantes et au déferlement formidable du monde. Et qui n’ont pas plié. Avec eux, pour eux, ne plions pas.

Marc Roudier ce 7 juillet.

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