Marc Hologne l’Illuminé


Au Chêne Noir à 11H.

Marc Hologne se met en scène dans le rôle du Chevalier de Casignac, dans un improbable dialogue entre la réalité du jeu sur la scène et la projection vidéo. Une prouesse technique toute en fluidité, qui nous fait justement oublier cette incroyable machinerie, servie par des acteurs formidables, tant sur l’écran que sur le plateau.

Marc Hologne incarne avec justesse ce Chevalier de Casignac, qui tente coûte que coûte de transmettre au roi un manifeste, sur le danger que représente pour le futur de l’homme, la prolifération des machines à vapeur. Ces fameuses « pompes à feu », qui en quelque sorte inaugurent l’idée très -moderne- de croissance effrénée et incontrôlée, conduisant à la destruction de la symbiose animale liant l’homme à la terre, et aux plus simples joies de l’imprévu. Ainsi de ce dialogue : -« Vous voulez dire que les machines pourront prévoir l’avenir ? » -« Non », rétorque Casignac, « mais elles supprimeront l’imprévu ». Une petite poésie distillée tout au long de cette pièce, qui l’anime subtilement. Cette thématique de la modernité n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de « l’homme sans qualités » que Guy Cassiers a mis en scène pour le Festival d’Avignon, d’après le roman éponyme de Musil. Quelque chose dans l’air du temps… Peut-être en écho à la crise que nous vivons ? A la sacro-sainte recherche de croissance comme seul but, et à la peur la plus élémentaire de l’Homme sentant que tout lui échappe…

Hologne nous offre un jeu à l’italienne, dans une intrigue rappelant dans la forme, les comédies de Molière sur fond d’intrigue amoureuse. Le jeu est clair et précis, le montage live vidéo obligé a rarement été aussi bluffant. Il virevolte sur les mots d’un texte ciselé entre images irréelles et jeu de plateau, sans jamais lasser. Le format, relativement court, ne laisse pas le temps d’entrevoir certaines répétitions de style, qui font mouche à chaque fois, tant elles sont rapides, et les trouvailles nombreuses. Un petit mot sur Rufus qui, à l’écran, campe un juge hors-norme, tout en finesse de jeu, et une Mathilda May, en ex-amoureuse convaincante. Les autres rôles sont à l’avenant, très bien campés.

Même la peur d’être happé par l’écran, ressentie en début de spectacle, s’estompe très vite, et laisse vite place à un spectacle fluide, entier, et très agréable. A ne pas rater, donc. Attention, le bouche à oreille va très vite… N’oubliez surtout pas de réserver, la salle était archi-pleine.

Pierre Salles

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