Du chagrin des Ogres


Le Chagrin des Ogres – Cie Artara / ms Fabrice Murgia – La Manufacture – 14.40 h.

Sur un pitch à la Van Sant, soit le mal-être adolescent en pleine phase pré-suicidaire, doublé d’une métaphore de la séquestration, cette pièce plutôt bien roulée souffre néanmoins de plusieurs écueils, à commencer par une sur-signifiance un peu lourdingue, que vient souligner un symbolisme trop appuyé, pas franchement indispensable. Mais ne soyons pas chagrins : l’ensemble est très agréable, visuellement, d’abord, avec d’excellentes trouvailles, dont la web-cam en live qui retransmet les deux comédiens dans leur boîte, censées représenter, l’une une cave, l’autre une chambre d’ado. Ce dispositif novateur, même s’il est un tantinet branchouille, permet aux deux -très jeunes- interprètes d’exprimer toute une belle palette de jeu, dont l’émotion n’est pas absente. Dommage que le metteur alourdisse son propos en sur-ajoutant les effets et les formes.

En revanche, la comédienne qui accueille le public, très hard-core, post-punk, sur une lancinante boucle d’un conte pour enfant, est remarquable. La diversité de son spectre de voix, notamment, convient à merveille au(x) personnage(s) qu’elle interprète, tantôt dedans, tantôt au-dehors du spectacle, en simple modératrice, ou commentatrice du récit in progress. Un travail contemporain, que vient gâcher la surabondance d’effets, ou le parfois trop sur-joué des acteurs. Cette pièce gagnerait à plus de simplicité, de moyens comme de propos, une trame narrative plus serrée, pour une meilleure efficacité. De même, la quasi-frontalité de la mise-en-scène finit par lasser. Enfin, le manque de rythme se fait douloureusement sentir, dès la seconde moitié de l’oeuvre, dont on pourrait revoir la fluidité. Surtout, l’impression d’ensemble, flatteuse au prime abord, laisse tout de même un sentiment d’inachevé, comme si l’auteur était passé à côté de quelque chose d’essentiel. Un problème de maturité, à n’en pas douter, qui gâche un peu le plaisir. Et l’idée, prégnante tout au long du spectacle, d’avoir à faire à une oeuvre un peu trop adolescente. Mais peut-être s’adresse t-elle, avant tout, à ce public-là.

M.R.

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