Guyotat, la puissance

Une lecture de Pierre Guyotat, donc, ce 20 juillet, dans la cour du Musée Calvet. D’emblée, l’homme qui s’asseoie, sans un mot, devant son public qui attend, fixe les yeux vers le ciel, vers le haut, alors que la modératrice présente ce qui va advenir, surprend par la puissance qui émane de lui. Une force inquiète, qui le statufie, lui confère cette présence habitée, palpable. Puis, la lecture commence. Et l’on découvre cette voix musicale, une basse intime, presque familière. Et le texte, superbe, qu’il va déployer plus d’une heure durant, sans interruption ou presque, plongé dans la masse liquide des mots qui cognent, ce « remugle », qui revient si souvent dans ce bel extrait de son dernier opus, « Arrière-fond » (Gallimard 2010).

Et c’est dans cet arrière-fond, justement, que l’on retrouve toute la langue de Guyotat, qui fouille, creuse, la chair même du récit, en tire le substantifique sexe, roule les mots comme des vagues et les emmène très loin depuis leur obscurité jusqu’à la lumière, aveuglante. Un Guyotat qui est là dans une langue sage, apaisée, presque classique, mais dont le fond cogne de toute force la guangue des mots, lève la pâte du récit jusqu’à l’éclat noir qui éclabousse, explose, tansfigure. Une langue transfigurante. Un diamant noir.

Ce Guyotat là, pourtant éloigné de ce que l’on a aimé quand on l’a découvert, subjugé par Eden ou le Tombeau, ce Guyotat-là vous envoie sa chair de mots à la figure. Il happe son auditoire dans son récit, l’entraînant très loin dans le corps même de l’écriture, qui dit si superbement le corps, la souffrance du corps, qu’il emporte tout, ravage tout. Pénétrer cette langue brûlante qui fouille, triture, jusqu’à l’épuisement.

Superbe musicalité de cette langue explosive, en fusion, dont il extirpe le récit jusqu’à la lie, s’accompagnant de cette main qui fait des vagues, un roulis ou un battement d’ailes, qui en cadence l’expulsion. Comment alors résister devant ce flot, cette régurgitation qui submerge, hypnoptise ? Comment ne pas se faire emporter par une telle déferlante ? Un très rare moment de beauté brute que cette lecture en immersion totale.

Marc Roudier

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