Avignon : Capitale du risque et capital riskers (le billet de f. glatigny)

On le sait, Avignon, « capitale mondiale » du théâtre, est aussi, de fait, la capitale des créations. Et donc la capitale du risque … Risque pour les compagnies, bien sûr, qui investissent souvent l’intégralité de leurs fonds dans la location d’une salle, qu’il s’agisse des petites subventions arrachées, à l’agonie, après de longues pages de dossiers dûment remplies (à ce propos, il n’est guère étonnant que les compagnies les mieux « placées » obtiennent lesdites subventions), des emprunts à la famille encore soucieuse de leurs chances de réussite ou des trois francs et six sous épargnés sur un job quelconque et déjà peu rémunérateur ; le plus souvent, les trois à la fois…

Risque aussi pour les spectateurs car évidemment, et bien que le festival demeure une vitrine pour tous les professionnels, diffuseurs, programmateurs et autres, c’est avant tout pour eux, le public, que le théâtre existe. On a un peu tendance à l’oublier et c’est regrettable.
Avignon accueille 150 000 festivaliers et je me refuse à croire qu’il n’y ait parmi eux que des professionnels ! Vous aussi ? Nous sommes donc d’accord… Et si le public se déplace en masse en prenant le risque d’assister à un spectacle parfois médiocre en toute connaissance de cause, pourquoi n’en ferions-nous pas autant ? Cela exige un peu d’humilité et de compréhension ; ce n’est pas facile, je sais, mais cela peut se montrer très productif et c’est à nous de défricher le terrain, pas d’en interdire l’accès.

Pour beaucoup de ces compagnies, le retour sur investissement est plus qu’hypothétique – on estime à 20 % celles qui s’en sortent, le reste se partageant entre mort lente et disparition instantanée – et pourtant chacune d’entre elle aurait pu présenter un « Avare » de plus ou se lancer sur un « one man show », limitant ainsi soit les risques, soit les dépenses. Chaque création est un bout d’œuvre inaboutie et chacune se nourrit de ses représentations pour arriver à maturité. Chacune est porteuse de tout l’espoir de passionnés qui ne demandent qu’une chance d’exister. Il m’a été donné d’assister à dix représentations du même spectacle et de ne jamais voir le même. Gardons-nous donc des avis arrêtés. Il est certes des cas désespérés, pour les autres et tant qu’il y a de l’espoir, laissons leur une chance !

Franck Glatigny

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Comments
2 Responses to “Avignon : Capitale du risque et capital riskers (le billet de f. glatigny)”
  1. Pierre dit :

    Démolir ou ne pas démolir une pièce ? Il est vrai que le mot est fort et il est évident que personne ne pas s’abroger le droit de détenir la vérité universelle sur ce qui est bon, beau, fort … soit

    Mais il ne faut pas oublier de dire et redire aux lecteurs qu’un critique n’est qu’une personne donnant un avis public, les spectateurs doivent eux aussi prendre distance par rapport à ce qu’ils lisent (dans le théâtre et bien ailleurs …).

    Apprenons aux spectateurs à prendre seulement une température relative dans la lecture d’une critique mais à ne pas hésiter à un petit plongeon même si quelque fois l’eau peut s’avérer bien froide … elle est parfois si chaude.

  2. LEPINE Henri dit :

    Tout à fait d’accord avec le contenu de cet article, et aussi sur sa forme… Je fais de la critique que j’essaie de rendre constructive… Mais j’ai été aussi dans la production et je sais ce que çà implique de temps, de patience et d’argent… Aussi je suis contre le fait de démolir un spectacle en quelques phrases et ce que cela peut entraîner… Je suis absolument pour l’extrapolation du « principe d’incertitude » et pour Lucien Guitry – je crois – qui disait que certains soirs le public avait été très mauvais !…