Le verdict de la Cour

Décidément, cette 64e édition est cruelle pour les spectacles donnés dans la Cour d’Honneur. Cet écrin majestueux qui symbolise si fort le Festival d’Avignon, est un ogre qui ne pardonne rien. S’y frotter consiste à en prendre au préalable toute la dimension, à en mesurer l’extraordinaire puissance. Entre un Papperlapapp chahuté par la presse et le public, et maintenant un Richard II que beaucoup s’accordent à trouver fade et par trop « classique », la Cour, cette année, n’a pas été ce révélateur formidable, qui eut pu autoriser toutes les espérances. Il est vrai que ce cadre incomparable ne tolère ni l’approximation, ni la tiédeur. Il lui faut de la force, de l’imagination, le talent bien sûr, le charisme de grands comédiens et, surtout, l’étincelle d’une mise en scène audacieuse, afin de goûter pleinement la magie du lieu. Y jouer un grand texte, fut-ce celui qui a inauguré le premier Festival d’Avignon en 1947, ne suffit pas.

La Cour d’Honneur est un mythe. Malvenu celui qui croirait que se contenter d’en arpenter le demi-hectare de son plateau, malcommode mais unique au monde, est une fin en soi. Il faut l’habiter, avec rage, avec colère, se battre avec ces quatre murailles multiséculaires et les faire vibrer d’un Théâtre absolu. Ce que comprennent parfaitement, pour rester dans le « texte », de grands metteurs en scène classiques, comme Sivadier, qui, il y a quelques années, nous y avait donné un Lear magistral. Ou encore, lui faut-il alors la conviction de l’innovation, et un grand artiste comme Castellucci, qui saura en révéler l’éclat absolu. Quoiqu’il en soit, l’on n’aborde pas la Cour s’en s’y être préparé, s’en en avoir mesuré la respiration, cette vibration si particulière qui enchante le public, on le comprend, lorsque le tour de force est réussi. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’un tour de force, une confrontation guerrière, rageuse, âpre, avec cette Cour mythique. Un affrontement sans merci, avec toute l’énergie, toute la colère, toute la tempête du Théâtre.

Sans cela, ce demi-hectare de planches reste un champ en friche, et ces murailles demeurent désespérément infranchissables. Sans cette énergie brute et cette conviction rageuse, point de salut, point de Théâtre. Ce que n’ont guère compris, hélas pour cette 64e édition, un Christoph Marthaler ou un Jean-Baptiste Sastre.

Eléonor Zastavia, ce 23 juillet

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