Un Führer peu convaincant


Mein Führer – ms H. Mariel – Le balcon 15h45

Henri Mariel nous propose « Mein Führer », une pièce tentant d’appréhender le « cas » Hitler, un peintre aux idées radicales, qui, à sa manière aura marqué son époque, c’est le moins que l’on puisse dire. Afin de comprendre et de tenter d’expliquer ce qu’aucun être humain sain d’esprit ne peut cautionner, un comédien décide de jouer « Hitler », en soi une gageure, décidant de s’approprier le personnage en cherchant « au-delà » de l’image publique du Reich, évoquant des pans entiers de la vraie vie du führer… Comprendre, essayer en tout cas, comment des millions de personnes ont pu adhérer à son délire…

Henri Mariel use d’un truc plutôt efficace, nous montrant un acteur en pleine recherche de son rôle, dans les coulisses, tentant coûte sur coûte d’appréhender le personnage. Peut être pour ne pas trop perturber le spectateur dans un solo trop complexe, le führer est représenté par un pantin, mu par un comédien qui donne la réplique. Illusion de premier abord, car ce pantin va par la suite prendre toute son importance dans le mécanisme schizophrénique broyant l’acteur. Deux autres comédiens illustrent et accompagnent les moments de cette vie peu ordinaire, et pourtant terriblement misérable… Un grand écart constant que ce double jeu, entre acteur et personnage.

La pièce oscille entre la description quasi-chirurgicale de la vie d’Hitler, et la spirale schizophrénique dans laquelle l’acteur sombre corps et âme. Une première partie un peu longue, trop complexe, trop confuse nous fait balancer sans arrêt entre ces deux univers. Le doute constant du comédien, happé par sa propre identification au personnage qu’il incarne, sa recherche d’une humanité supposée chez ce monstre, dans un dispositif narratif peu clair, troublent l’entendement. Un récit fondé sur le système des poupées russes, dans lequel Henri Mariel s’attache trop à vouloir l’immersion du spectateur. Ce principe vertigineux, mal maîtrisé, n’est guère cohérent. Au contraire, il disperse, nous laissant en chemin, devant le «trop plein» de sens. La seconde partie, plus sombre, ramène l’acteur vers sa réalité et son passé, vers le grand mal engendré par cette entreprise aventureuse. Quant au final qui prend le parti d’une vision psychiatrique, rajoutant à la confusion. il nous parait parfaitement dispensable.

Pourtant, les acteurs sont excellents, la scéno convaincante, mais il manque ce rien de distanciation, et une plus grande rigueur dans le déploiement du récit. Trop de foisonnement, trop de polysémie, dans une oeuvre qui aurait mérité un traitement plus simple, précis, ciselé. Peut être trop de pièces dans la pièce ?

Pierre Salles

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