Richard II ou un règne de platitude


La tragédie du roi Richard II – ms Jean-Baptiste Sastre – Cour d’Honneur 22 h.

Jean-Baptiste Sastre, acteur issu du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris et metteur en scène, nous propose sa «Tragédie du roi Richard II», pièce sur laquelle il travaille depuis 2005 (!) dans le cadre d’une réflexion sur le théâtre élisabéthain. La Tragédie du roi Richard II est une simple guerre de pouvoir opposant un roi Richard, faible et humain, au Duc de Bolingbroke, et qui, sous le prétexte de vouloir offrir à l’Angleterre une longue période de paix, va mener par ses errements et indécisions, le pays au chaos et à son enfermement.

Dès le « lever de rideau » la Cour d’Honneur nous paraît bien triste, un décor réduit à peau de chagrin. Une table représente le lieu de toutes les palabres, un gigantesque pieu à moitié calciné en diagonale de la scène, et voilà ! C’est tout. Non ! Egalement un énorme bloc noir sur le mur. Les murs de la Cour d’Honneur, noircis et vieillis artificiellement par un procédé vidéo, créent une atmosphère sombre, pesante qui est censée annoncer la déliquescence du Royaume. Les personnages sont là, assis sagement en rang, prêts à se mettre en place. La pièce commence.

Point de départ du spectacle, un chant de corbeau strident, une « musique » prompte à vous exploser littéralement les tympans. Peut-être André Serré, ingénieur du son, devrait-il de temps en temps sortir de sa régie, et prendre une place au hasard dans les rangs, comme tout un chacun ? Le fait est, à sa décharge, que le dispositif sonore, qui fonctionnait assez bien depuis quelques temps, a cette année changé à la demande de Sastre lui-même, lui substituant une « nouveauté » sortie des laboratoires de l’IRCAM, qui est supposée donner une « enveloppe spatiale » au son (entendu quelques heures avant le spectacle sur une radio, André Serré indiquait qu’il s’agissait simplement d’une nouveauté, et précisait qu’il fallait « faire un pas en avant, et quelque fois en arrière » afin de ne pas rester immobile…). Doit-on comprendre que ce dispositif n’est là que pour un festival ? Espérons-le, ne serait-ce que pour les bruits d’ambiance, et nos acouphènes en devenir, si de tels excès perduraient.

Sastre a pris le parti d’une nouvelle traduction de l’oeuvre méconnue de Shakespeare, confiée à l’écrivain Frédéric Boyer, de l’écurie P.O.L. Sans rien ôter de la verve de Shakespeare, cette version sonne juste dans la bouche de ces rois déchaînés par la haine, impliqués dans de constantes guerres de pouvoir. Shakespeare, quoi… Les acteurs sont présents, se démenant sur le plateau dans un éclairage sommaire, si ce n’est inexistant. Extravagant, pour un metteur en scène s’entourant constamment de plasticiens et performers ! « Sommaire » n’est-il d’ailleurs pas le fil conducteur de cette mise en scène, où tout évoque la vision qu’un metteur, un « régisseur » comme on le disait sous Vilar, pouvait avoir d’un théâtre d’avenir il y a 20 ans !…

Doit-on absolument s’irriter les yeux sur un sur-titrage insupportable, pour apprécier des propositions réellement novatrices ? Bien sûr que non ! Nombre de metteurs en scène, Français également, n’en déplaise aux vilipendeurs xénophobes du Festival, nous ont proposé une vision, grande, belle, moderne, d’œuvres pourtant plus difficiles… Sûrement pas Jean-Baptiste Sastre, qui passe à peu près à côté de tout : son, lumières, décors, déplacements. Seuls le jeu intrinsèque des acteurs, et une traduction indépendante, poétique de cette pièce, tirent le spectacle, et leur épingle du jeu, dans cette mise en scène triste, sentant la naphtaline et la lavande.

Denis Podalydès, coiffé de sa couronne fardeau, trop lourde pour lui, campe un Richard II convaincant, un homme faible, à la fois tyran pour les uns et pour lui-même, alternant les petits pas d’un petit homme, les excès de colère vite dissimulés, et les doutes incessants. Les autres personnages sont eux-aussi efficaces ; avec quelquefois, cependant, un problème de transmission optimale du texte, mais est-ce dû aux acteurs, au système sonore « novateur », ou au mistral ?

Une toute petite soirée Shakespearienne au sein d’une Cour légendaire qui, telle la couronne de Richard, fut ce jour-là un trop gros fardeau pour un Jean-Baptiste Sastre sans vision.

Pierre Salles, ce 24 juillet

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