Festival d’Avignon : la mauvaise polémique cache un serpent venimeux

Et voilà ! Une de plus ! Comme chaque année depuis que le Festival existe, une nouvelle polémique enfle sur Avignon. Ce 64e Festival n’échappe pas à la règle, donc, et suscite toutes les controverses. Rien de très neuf sous les remparts : Anciens contre modernes, tenants d’un théâtre de répertoire contre partisans d’un théâtre défricheur et novateur, ouvert, trans-disciplinaire, traversé de tout ce qui fait notre post-modernité… Le fait est que les deux spectacles de la Cour, n’ayant pas été vraiment à la hauteur des espérances, cette programmation 2010 a amplifié les critiques usuelles, et les défenseurs nostalgiques d’une vision « classique », toujours prompts à se dresser contre la contemporanéité, rempilent de plus belle, quelques « arguments » de plus , pensent-ils, dans leur besace…

Il se trouve que l’un des spectacles qui a le plus souffert de la critique, voire de l’anathème, est bien le représentant d’un théâtre à « l’ancienne », un texte classique dans une mise-en-scène convenue, avec des comédiens, bons, certes, mais qui n’ont pas réussi à transfigurer l’oeuvre de Shakespeare…

La réalité est que les deux directeurs de ce Festival, depuis le début de leur mandat, subissent l’ire des uns et des autres, pour peut-être de plus mauvaises raisons que leur programmation : motifs politiques, comme le suggèrent René Solis et Gérard Lefort hier dans Libération ? Simple jalousie de prétendants écartés ? Péché de trop grande jeunesse, comme il leur en a été fait le reproche très idiot au début de leur missionnement ?…

Pour notre part, nous voyons dans cette nouvelle polémique, artificiellement gonflée, la volonté de certains d’exclure le couple de la direction de ce Festival, pour de bien plus obscures motivations que la santé de celui-ci, excellente au demeurant. Que leur reproche t-on exactement ? Un manquement supposé à leur mission, alors qu’ils l’ont remplie plutôt brillamment ? Une mauvaise gestion ? tout le monde sait que ce n’est pas le cas… La qualité de leur programmation ? elle est remarquable, car risquée et « couillue »… Le rayonnement de ce Festival dans le monde entier ? Celui-ci est indiscutable, et le couple Archambault-Baudriller a largement contribué à l’amplifier.

Que recèle de pas très clair cette mauvaise polémique ? Qui, quel groupe de pression se cache derrière cette controverse, et l’alimente sournoisement ? Quel lobby a intérêt à déstabiliser le couple de directeurs ? Quel jeu mène réellement une certaine presse, dont les papiers enflammés descendent systématiquement les contenus audacieux de ce festival ? Que pense réellement le Ministre, peu versé, il le dit lui même, dans le Théâtre, et peu au fait, visiblement de ses enjeux ? Quelle est sa position ? Autant de questions auxquelles il va bien falloir répondre un jour…

Pour notre part, nous pensons que le Festival d’Avignon est beau, particulièrement depuis le mandat de ses actuels directeurs. Chaque année nous apporte son lot de découvertes extraordinaires, de moments de grâce, une jubilation rare… Bien sûr, quelques ratés, quelques approximations peuvent décevoir. En ne tentant rien, certes, l’on risque peu de se planter. L’immobilisme, la nostalgie, la tiédeur n’ont jamais fait une programmation. Une vision, qui interroge le sens du monde, et le sens de l’art… C’est ce que nous demandons à ce Festival, que perdure cette manière forte de nous bousculer, de nous titiller, de nous questionner. Et c’est pourquoi nous soutenons pleinement l’idée d’un troisième mandat de ses programmateurs, pour que vive ce Festival, encore plus beau, et toujours à l’avant-poste de notre contemporanéité.

E.Z. ce 25 juillet

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Comments
2 Responses to “Festival d’Avignon : la mauvaise polémique cache un serpent venimeux”
  1. Pierre dit :

    Il est en effet « dérangeant » de vouloir changer des statuts sous prétexte qu’ils ne conviennent pas à un instant donné. Malgré toute la bienveillance que j’ai pour cette équipe qui nous a offert de fabuleux moments, nul doute que le théâtre ne s’accommode pas de trop de stabilité et même si moi aussi je peux regretter cette équipe, comment accepter un penchant souvent reprocher aux « petits tyrans » directeurs artistique ad vitam.

    Les directions artistiques ont toutes apporté un souffle différent au festival, celle là comme d’autres, et nous pouvons espérer que les suivants en feront de même pour peu qu’ils ne soient pas là juste pour le poste, entre deux TGV et un théâtre privé parisien ou à la main d’une politique culturelle sans aucune vision, mais pour effectivement porter au plus haut ce moment qui sait être quelque fois si magique, pour savoir entendre autre chose que les échos de spectateurs et de la presse sans jamais les oublier, pour savoir ouvrir, sans les forcer, nos visions théâtrales, pour proposer sans imposer de nouvelles formes, de nouveaux objets.

    Le festival IN ne doit pas tomber dans le grandguignolesque triste que nous sert tous les jours la direction donnée au OFF, se gargarisant de sa propre turpitude pseudo-artistique tel un sphinx gardien d’un noir dessein culturel et d’intérêts privés, pacha du mauvais gout.

  2. Jean Vilarignon dit :

    Une petite précision concernant votre édito sur la reconduction des directeurs du Festival d’Avignon. Si je trouve très riches les 7 années de Vincent Baudrier et Hortense Archambault à la tête du Festival, il est une règle statutaire que de ne pouvoir occuper cette direction que 2 mandats consécutifs. L’année 2011 serait donc la dernière année de ce duo qui a fait avancer considérablement le Festival tant au niveau de la découverte d’univers artistiques peu connus du grand public, que par son implication locale, son ouverture auprès des publics, son désir de production et sa fréquentation (95% de remplissage).
    Une question se pose donc. Faut-il changer les règles dès lors qu’elles ne conviennent pas ? Je pose cette question à laquelle j’ai un peu de mal à répondre en tentant de l’élargir au delà du Festival. Il est notable que sur le plan politique on ne s’embarrasse pas de ce genre de question, une règle dérange, on la change ou on la contourne !
    Dans le cas qui nous intéresse, espérons tout de même que cette règle pourra évoluer vers 3 mandats aux vues du travail accompli et des projets mis en chantier.
    Si je voulais polémiquer, j’ajouterais qu’à Avignon il existe une association qui a la charge de la communication du OFF et dont le Président s’est installé (et sûrement pour longtemps !) en dépit des règles démocratiques et pour un résultat pour le moins contestable. Espérons donc que le bons sens permettra la réalisation d’un 3e mandat à l’équipe de direction du Festival et que le OFF saura se « ressaisir ».