Antonio Negro, le maestro


Musique : A voir dans le Off, à l’Attila Théâtre à 22.05 h.

Une fois n’est pas coutume, c’est de musique qu’il s’agit. Plus exactement de Flamenco, de vrai, pas un truc pour touristes… Antonio Santiago Negro appartient à cette espèce d’artistes secrets et profonds, qui lentement construisent leur musique comme l’on entre en religion, avec à la fois la ferveur et la foi profonde en ce qu’ils font et cette rigueur impitoyable qui mûrit leur pratique, faite d’humilité et de patience au service d’une passion unique : le Flamenco puro.

Guitariste doué, Antonio Negro l’est assurément. Son jeu puissant et musical, il l’a charpenté autour d’une conception absolue du flamenco puro. Chez lui, pas de concession à l’ornementation ou à la démonstration virtuose. Son talent réside justement dans cette retenue qui caractérise les grands tocaores de la tradition. Sa culture flamenca est celle de la grande histoire de cet art, il en connaît tous les tenants et aboutissants. Son respect extrême du compas en fait un des guitaristes les plus justes du flamenco, à l’instar des plus grands. A quarante-huit ans, Antonio Negro a presque quarante ans de guitare derrière lui, il en maîtrise tous les savoirs, toutes les subtilités. Né d’une famille gitane, le Flamenco s’est naturellement imposé à lui comme une évidence, dès son plus jeune âge. Ses oncles, ses tantes, toute sa famille baignait dans cette tradition. Nourri de cette culture naturelle, son art est le fruit d’une longue maturation à l’aune de son apprentissage familial et d’une fréquentation assidue des grands moments discographiques de la discipline. Son jeu évoque celui d’un Moraito Chico ou encore le Paco de Lucia des débuts, lorsque celui-ci accompagnait -avec quelle éblouissement- l’immense Camaron de la Isla. Mais la grande musicalité de son toque lui permet de transcender son savoir séculaire du compas pour en magnifier toute la substance, et l’écouter simplement seul, sans accompagnement ni cantaor, sur le plancher d’un tablao est un pur régal. Sa guitare devient alors polyphonique, l’explosion des sons sur la structure impeccable du compas est une expérience unique, un pur moment de grâce.

Assurément, le musicien gitan de Marseille sait se souvenir de ses profondes racines cordouanes, et l’attraction qu’exerce sur lui la terre de ses ancêtres est incontestable, comme l’attire le berceau pur du Flamenco qu’est Jerez de la Frontera, la terre andalouse des Terremoto père et fils et de cette manière très particulière qu’ont les jerezanos de pratiquer leur buleria au compas unique. Récemment d’ailleurs a t-il franchi le pas, retournant à Jerez se mesurer à ces artistes dont la pulsion flamenca fait partie de la vie quotidienne, naturellement inscrite dans leur sang et leur cœur comme la terre qui les a vus naître. De cette confrontation d’avec les jerezanos, Antonio Negro est revenu plein de cette ferveur qui désormais porte le duende à son incandescence. Antonio Negro aime la scène, l’authenticité des petites salles et des tablaos où il peut réellement communiquer avec son public. A force de “faire le tablao”, lui qui considère que là réside le véritable apprentissage du musicien flamenco, en se livrant aux aficionados exigeants qui constituent le public le plus averti de toute l’Espagne, Antonio Negro a mesuré toute l’importance de son implication absolue dans son art, et la sagesse qui consiste a toujours plus exiger de soi-même et de son jeu. Vers l’accomplissement.

Allez-voir ce superbe représentant de la guitare classique flamenca, de ce Flamenco Puro de grande tradition, un rare moment de grâce et de duende.

Marc Roudier
L’actualité d’Antonio sur son site :http://www.myspace.com/negroantonio

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