Big Bang, bonne déflagration


Big Bang – Philippe Quesne – Gymnase Aubanel 18 h.

Philippe Quesne revient cette année au Festival avec son « Vivarium Studio ». Créée en 2005, cette association-laboratoire permet à Philippe Quesne d’expérimenter en toute sérénité, entouré d’acteurs, hommes et femmes, fonctionnant ensemble et en toute confiance. « Big Bang » nous évoque, simplement, une origine du monde, une histoire des hommes en plusieurs tableaux, par petites touches visuelles. Difficile de résumer d’un pitch les pièces de P.Quesne tant leur forme n’est pas habituelle. Vivarium Studio ne travaille pas à partir de textes mais à base d’idées et d’improvisations, visant à créer des spectacles pouvant s’imbriquer, et coopérer ensemble. Ces oeuvres nous interrogent sans jamais dénoncer. Forte est l’envie de comparer la précédente pièce présentée au Festival (la Mélancolie des dragons) et celle-ci, mais ne serait-ce pas vain et inutile ? Comment éviter de chercher une évolution entre ces deux œuvres ? Justement ce que ne veut pas faire P. Quesne.

N’oublions pas que Vivarium Studio existe en dehors du Festival et nous propose depuis plusieurs années un jeu de lego théâtral à taille et à vision humaine. Sa forme théâtrale est unique et la connivence entre tous les acteurs et ce metteur en scène évidente. Comment ne pas tomber sous le charme de ces personnages, touchants de bienveillance, formant un groupe uni sans être à l’unisson, en écoute constante des propositions de chacun, en totale coopération même dans les aventures les plus improbables ?

Bien entendu nous retrouvons des bribes des précédentes pièces, la « voiture univers » de la Mélancolie, les spationautes « d’après nature ». Mais n’est-ce pas l’axiome de départ du travail de cette troupe ? Appréhender une forme théâtrale modelée à partir de chaque individualité dans laquelle Quesne, par légères touches et coups de patte, donne vie tout au long de ses propositions.

« Big Bang » histoire du monde et « Big Bang » mise en image d’une BD sur notre mode de vie mais aussi, comme le souligne Quesne, « Big Band », groupe d’acteurs à la formidable écoute, groupe de personnages à la zen attitude. Tout dans cette pièce n’est qu’un hymne à l’écoute de l’autre, n’en déplaise aux grincheux qui attendent du texte. Vivarium Studio nous démontre qu’il existe d’autres formes théâtrales, tout aussi efficaces mais nécessairement complémentaires, travaillant davantage sur l’imaginaire que sur le texte, proposant des scènes d’une incroyable poésie, faites de bric et de broc par une bande de Pieds Nickelés de la vie, personnages touchants. Nulle moquerie, pas de surenchère, Quesne pimente seulement ce plat d’un soupçon d’ironie, sans aucune méchanceté, nous mettant le nez dans nos propres dérives absurdes, mais sans nous plonger la tête sous l’eau, simplement, avec un sourire bienveillant. Laissons-nous enivrer de cette douce léthargie teinte d’images d’une indéniable poésie.

Les acteurs, formidables, donnent vie à cette entreprise, tels des funambules, toujours en équilibre entre un travail perpétuel, et une proposition convaincante. La connivence est si grande qu’il devient difficile de savoir où et quand commence et s’arrête l’objet théâtral.
Il est vrai que le sujet peut sembler moins « parlant » que ceux des précédentes créations, car cette fois la trame narrative est encore moins appuyée, et l’identification aux personnages quasiment impossible. Difficile de savoir si l’entreprise peut perdurer longtemps sous cette unique forme, et continuer de nous passionner dans les futures créations…

Jusqu’où peut aller Quesne et le Vivarium Studio, sans laisser les spectateurs sur le bas-côté, lassés peu à peu par ses trublions poétiques et lunaires ? Question difficile à laquelle nous n’avons heureusement pas de réponse. Mais le Vivarium Studio n’est-il pas, comme son nom l’indique, un laboratoire d’idées qui évoluera forcément vers d’autres formes de vie, et de recherche perpétuelle, ou disparaitra de lui-même, faute d’idées, de volonté, de désir ou de nécessité ?

Même si la forme peut dérouter, découvrez cet univers poétique si particulier, en quelque sorte Objet Théâtral non identifié, non antagoniste à d’autres formes plus classiques, mais simplement hautement complémentaire…

Pierre Salles

Publicités

Commentaires fermés