De l’épuisement…

Le festivalier est fourbu, les compagnies lessivées, les « tracteurs » épuisés… Jusqu’aux restaurateurs qui semblent complètement vidés. Le Off s’achève, avec lui un marathon qui relève bien souvent de l’exploit physique, une course éfrénée sur trois semaines, qui mériterait une préparation d’athlète. Nuits sans sommeil, sur-consommation d’alcool, de tabac, d’excitants de toute nature et de mauvaises nourritures, chaleur caniculaire s’ajoutant au stress, voilà ce que le corps endure vaillamment pendant aussi longtemps… Or, bien souvent, ce corps est l’outil de travail. Ce corps, auquel on demande tant, le corps de l’acteur, est le vecteur indispensable de l’art, de l’émotion, de la pensée théâtrale. Paradoxe surmenage qui amène le comédien à lui demander plus que ce qu’il serait « raisonnable », et en même temps qu’il l’adore, le surveille, conscient de sa très grande importance, de son intense fragilité, le néglige comme jamais. Beauté, ainsi, de l’épuisement…

De l’épuisement, il en est question dans le coeur même du théâtre. Epuisement des formes, liquidation des idées, vacuité absolue de certaines réalisations, surtout, réitération mille fois des mêmes poncifs, multiplication des mêmes « marronniers » cent fois rejoués, chaque année, inlassablement… Le Off épuise ainsi son spectateur. Combien d’années certaines pièces sont-elles re-données, chaque festival, avec la même distribution, les mêmes comédiens désabusés en stakhanovistes du théâtre, la même communication parfois d’une année sur l’autre… Le Festivalier se lassera un jour de ces « fonctionnaires » du Off, sans imagination, sans envie, sans plus rien qui devrait faire la beauté du Théâtre, cette flamme, ce désir violent et brutal.

A cent fois remettre sur le tapis ces trucs sans âme, sans corps, épuisés déjà, joués chaque soir depuis dix ans avec la conviction d’un employé de préfecture, à reprendre les mêmes auteurs « à succès », les même oeuvres, que le voisin de chambrée, à ne proposer que le plus médiocre, comédies nouilles, solos au rabais, humour gras et nul, à vider de tout sens la notion même de théâtre, prenons-garde à ne pas définitivement liquider l’envie de Théâtre. Et le Off avec.

Eléonor Zastavia, ce 28 juillet

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